Lancée en 2016 par Camille Cohen et Michaël Le Goff, deux passionnés d’Art Urbain, la Happy Gallery voulait se démarquer des galeries traditionnelles. Un changement de nom et l’ouverture d’un espace parisien plus tard, la volonté de rendre l’Art Urbain accessible à tous reste aussi forte.
Par Christian Charreyre

Dès la création de la galerie, Camille Cohen et Michaël Le Goff ont adopté une approche différente des autres galeries déjà implantées sur le marché de l’art, souhaitant décomplexer le public en rendant l’art plus accessible grâce notamment à des solutions de financement plus adaptées, tout en proposant aux artistes un accompagnement particulier, les poussant à produire des œuvres sur d’autres supports afin de diversifier leur travail et les amener à étendre leur univers créatif.

Comment est né le projet Happy Gallery ?

Nous nous sommes rencontrés dans la sphère professionnelle il y a près de six ans maintenant, et nous avons rapidement décidé de nous mettre à notre compte et de nous orienter vers une activité correspondant davantage à nos attentes. Happy Gallery a été créée fin 2016 par notre troisième associé, dans le but de proposer aux artistes et collectionneurs la réalisation d’éditions d’art sur tous supports afin de sortir de la toile et développer de nouvelles choses. Les éditions étaient ainsi vendues sur notre plateforme en ligne et présentées lors de pop-up shows à Paris. Forts de cette expérience et de notre relation privilégiée avec les artistes, nous avons décidé d’aller au-delà de l’édition d’art et de développer une galerie afin de proposer également des œuvres originales.

Pourquoi avoir changé de nom ?

Nous avons alors redéveloppé la communication de la galerie et intégré de nouveaux artistes. La première exposition qui marque ce tournant est le pop-up show organisé fin 2018 avec Chris RWK, Jef Aérosol, Pez, Speedy Graphito et The London Police, qui regroupait des éditions sur papier et sur bois, des sculptures et des œuvres originales. Le changement a fini par s’imposer de lui-même puisqu’à l’origine Happy Gallery avait été créée dans l’objectif de faire de l’édition d’art en ligne, et qu’à coté de cela elle produisait également des éditions à vocation muséale ou destinées à la vente dans d’autres galeries. Avec le développement de l’activité de galerie en 2018, il est apparu nécessaire de différencier nos deux activités d’éditeurs d’art et de galeristes. Nous avons ainsi conservé Happy Gallery en tant que maison d’édition d’art à part entière et créé Cohle Gallery pour l’activité de galerie.

Quels étaient votre positionnement et vos objectifs ?

La différenciation s’est faite dans un premier temps par l’édition d’art et ce positionnement en ligne peu développé à l’époque. Nous essayons également de proposer une ligne artistique différente en recherchant toujours de nouveaux artistes. Avec les pop-shows et désormais avec notre galerie à Pigalle, nous essayons de proposer une approche qui
nous correspond. Une galerie est pour nous un lieu de découverte libre d’accès et c’est ce que nous essayons de transmettre aussi bien à nos proches, aux visiteurs qu’aux collectionneurs. Nous avons également énormément travaillé sur l’accessibilité immatérielle pour permettre au plus grand nombre de visualiser le travail de nos artistes, quelle que soit leur localisation géographique. L’acquisition d’œuvre d’art, il est vrai, n’est pas à la portée de tous, en revanche, elle est source d’enrichissement pour tous et c’est en cela que nous essayons de faire en sorte que le plus grand nombre passe la porte des galeries.

Pendant les premières années, votre activité était principalement sur le Net. Était-ce important d’ouvrir un lieu physique ?

À l’origine, ce n’était pas nécessairement une finalité puisque l’activité en ligne était parfaitement complétée par l’organisation de pop-up shows à intervalles réguliers. Cependant, cela a fini par s’imposer à nous en raison des demandes récurrentes de nos collectionneurs qui souhaitaient tout simplement pouvoir nous rendre visite plus facilement, notamment à nos collectionneurs étrangers. En revanche, nous avons fait le choix d’ouvrir un espace à taille humaine car nous souhaitons maintenir l’organisation de pop-ups en France et à l’étranger, pour faire découvrir nos artistes au plus grand nombre et cela dans une ambiance différente de celle proposée en galerie.

Quelle est aujourd’hui la part des ventes en ligne dans votre activité ?

Étant donné notre forte implantation digitale depuis la création de la galerie, la part des ventes en ligne reste importante bien que nous ayons ouvert un espace physique. Et au regard de la situation actuelle, il est vraisemblable que cela reste ainsi encore de nombreuses années. Sachant que nous avons ouvert la galerie à Pigalle fin septembre, que le confinement a débuté en mars, et que nous avons eu les grèves entre temps, il est assez compliqué cette année de faire une réelle étude de l’évolution. Mais notre implantation physique permet bien entendu de toucher un nouveau public et de développer davantage la galerie.

Comment choisissez-vous les artistes que vous présentez ?

Nous sélectionnons nos artistes parce que nous aimons d’abord leur travail et, au-delà, parce que nous pensons
qu’ils apportent quelque chose et se différencient de bon nombre d’autres artistes. L’affect joue également un rôle
important ; nous avons de bonnes relations avec tous nos artistes et c’est quelque chose que nous souhaitons conserver.

Et comment vous choisissent-ils ?

Répondre à cette question est plus compliqué… Il faudrait leur demander. Nous pensons néanmoins que la confiance en notre vision et le travail que nous réalisons au quotidien est pour beaucoup dans leur choix. Notre ligne artistique joue également un rôle prépondérant pour rassurer les nouveaux artistes qui intègrent la galerie et avec lesquels nous développons, dans la majorité des cas, une belle amitié, aussi bien professionnelle que personnelle.

Sur quels critères proposez-vous des expositions individuelles ou des expositions collectives ?

Les expositions individuelles et collectives sont assez complémentaires ; il n’y a pas de règles particulières dans le choix de l’une ou l’autre. Nous avons débuté par des expositions collectives en raison de notre implantation en ligne et nous avons toujours apprécié cette approche. Elles permettent de présenter le travail de différents artistes et de faire découvrir de nouvelles choses aux collectionneurs qui viendraient pour un artiste en particulier. L’accrochage joue un rôle spécifique car il faut réussir à assembler des styles variés, tout comme les collectionneurs le font chez eux avec leurs différentes œuvres. Les expositions collectives nous permettent également aujourd’hui de démarrer une collaboration avec un artiste. Nous avons démarré les expositions personnelles seulement en mars 2020 avec l’exposition « Jaune et Joli » d’Ador, suivie par celles de Ludovilk Myers, Poes et Fenx. Et la prochaine est celle de MonkeyBird qui aura lieu au mois de novembre. Le solo show est un exercice totalement différent. Avec les expositions individuelles, nous essayons de plonger les visiteurs au cœur de l’univers de l’artiste en accompagnant les œuvres d’installations au sein de la galerie.

Comment se porte le marché de l’Art Urbain ?

À notre sens et depuis la création de la galerie, c’est un marché en croissance mais qui est de plus en plus exigeant malgré le nombre croissant d’artistes sur le marché, ce qui suppose une sélection de plus en plus pointue et un travail de tous les instants. Aujourd’hui, l’Art Urbain est à un carrefour, de nombreuses valeurs montantes ont commencé à s’affirmer pour intégrer et être davantage représentées dans le marché de l’art contemporain alors
que d’autres cherchent encore leur place.

Qui sont les collectionneurs et acheteurs de la galerie ?

La gamme de prix est assez large, d’autant plus si on compte les éditions d’art. La galerie s’adresse ainsi aux primo acquérants tout comme aux collectionneurs réguliers. Nos collectionneurs ont des profils finalement assez variés, qu’il s’agisse de jeunes cadres, de professions libérales, d’entrepreneurs…

L’activité d’édition est-elle complémentaire ou différente de la vente d’œuvres originales ?

C’est une activité différence en ce sens qu’elle suppose des connaissances et un savoirfaire totalement différent de celui nécessaire lorsqu’on vend des œuvres d’art ; nous pensons notamment aux aspects techniques, à la production. D’un autre côté, ce sont deux activités complémentaires puisqu’un certain nombre d’éditions sont vendues par
la galerie, par exemple des sculptures en acier de Speedy Graphito.

Proposer des artistes connus et reconnus est-il un moyen de faire aussi découvrir des artistes émergents ?

L’équilibre entre artistes émergents et artistes établis est très important et c’est une alchimie qui est au cœur de la construction et du développement de notre galerie. Les artistes établis permettent de faire découvrir un certain nombre d’artistes émergents à des collectionneurs qui n’auraient peut-être pas eu un intérêt immédiat pour ces derniers. Cela explique en grande partie pourquoi nous avons un intérêt tout particulier dans l’organisation d’expositions collectives qui nous permettent aisément de présenter des artistes émergents aux côtés d’artistes plus établis.

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