Forte du succès de sa première édition, District 13 – International Art Fair revient à Drouot. Galeries, artistes, maisons de ventes aux enchères et d’édition de livres d’art dressent ainsi un portrait pointu de l’art urbain à l’échelle internationale. Olivier Lange, directeur général de Drouot Patrimoine nous en dit plus.
Par Gabrielle Gauthier

Quelle est la genèse de District 13 ?

Lorsque j’ai rencontré Mehdi Ben Cheikh, nous avons rapidement eu l’idée d’associer le Street Art, dont il est un acteur incontournable, et Drouot, une institution centrale du marché et de l’histoire de l’art en France. Les événements précédemment organisés par Mehdi à Paris – l’exposition collective La Tour Paris 13 en 2013, le musée à ciel ouvert Street Art 13 dans les rues du 13e arrondissement et les fresques monumentales sur les berges piétonnes de la Seine – m’ont convaincu de la qualité de la foire que nous organiserions à Drouot. La première édition a été à la hauteur de nos attentes, largement saluée par les artistes, les professionnels du milieu, les collectionneurs et le grand public.

Comment la maison Drouot aborde-t-elle l’art urbain ?

L’art urbain est une spécialité qui existe depuis plusieurs années à Drouot avec des ventes régulières dédiées au Street Art. Participer activement à l’émergence de ce mouvement dans le marché de l’art répond à la volonté de Drouot de se positionner comme une place de marché invitant les collectionneurs à découvrir des artistes. Accueillir District 13 est également un moyen de faire découvrir Drouot à un public différent de nos habitués, plus jeune et qui ne connaît souvent pas ou peu le milieu des enchères. L’enjeu réside dans la façon de communiquer auprès de ce public exigeant et ultra connecté. Les réseaux sociaux occupent une place essentielle dans le monde du Street Art. Ils sont pour les artistes un vecteur promotionnel, et pour les acheteurs une source importante d’informations sur l’art urbain. Drouot étant très présent sur les plateformes sociales, cette stratégie commune génère une émulation amplement ressentie pendant la foire l’année dernière.

La Maison Drouot renoue-t-elle ainsi avec sa tradition d’acteur de l’histoire de l’art ?

S’associer durablement au Street Art et soutenir un marché mature s’inscrit dans la continuité de l’histoire de Drouot qui a accueilli les premières grandes ventes d’art impressionniste et moderne telles que la vente Durand-Ruel en 1875 (Monet, Renoir, Morisot, Sisley, encore peu connus) ou, en 1914, la vente de la Peau de l’Ours (Matisse, Picasso, Derain, Van Gogh). Pendant District 13, Drouot dépasse sa nature de place de marché et devient le centre névralgique d’un mouvement d’art contemporain. Des dizaines d’artistes se déplacent sur la foire pour rencontrer le public et communiquer, à travers le cycle de conférences notamment, leurs processus créatifs, leurs valeurs, leurs engagements…

Quelle est aujourd’hui la place de l’art urbain dans le marché de l’art ?

L’art urbain croît de façon exponentielle sur le marché de l’art. La demande de plus en plus forte des collectionneurs a fait naître de nombreuses galeries à Paris et les ventes aux enchères dédiées se multiplient. L’art urbain séduit une nouvelle génération d’acquéreurs dont le pouvoir d’achat évolue parallèlement à ce marché.

Et la place de Paris sur ce secteur ?

Paris est l’épicentre du marché du Street Art grâce à Mehdi Ben Cheikh, très impliqué depuis 15 ans et très actif sur des projets outdoor dans le 13è arrondissement, sur les berges de la Seine et grâce à qui des artistes du monde entier viennent réaliser des fresques sur des murs dans Paris. Les multiples projets monumentaux, les parcours organisés dans la capitale, les foires d’art urbain qui y ont vu le jour et les grandes ventes spécialisées organisées par Digard Auction et Artcurial notamment, l’illustrent parfaitement. L’attrait artistique de Paris du début du siècle est toujours d’actualité. Des street artistsde toutes nationalités se réunissent à Paris. La Tour Paris 13, en 2013, avait réuni 108 artistes de 18 nationalités. Autre exemple : plus de la moitié des galeries présentes l’année dernière pour la première édition de District 13 étaient étrangères (États-Unis, Grande-Bretagne, Italie, Espagne, Suisse, Hong Kong, Tunisie, Chili). L’édition 2019 réunira encore plus de nationalités différentes. Nous avons d’ailleurs souhaité illustrer ce positionnement résolument tourné vers l’international en demandant à Swoon d’être l’une de nos ambassadrices, ce qu’elle a accepté.

Quelles sont les spécificités par rapport aux secteurs plus traditionnels sur lesquels opère Drouot ?

Accueillir une foire à Drouot est une nouveauté. Nous nous sommes toujours positionnés comme un lieu culturel – des expositions, des tables-rondes, des conférences y sont régulièrement proposées – mais la conjugaison du premier (galeries) et du second marché (enchères) dans un même événement est un parti-pris audacieux. District 13 propose un concept nouveau offrant une approche à 360° du marché de l’art urbain : découvrir, comprendre, acquérir des œuvres de gré-à-gré ou aux enchères.

Que ne faut-il pas manquer dans cette deuxième édition ?

Les artistes ! L’édition de 2018 ayant été marquée par la présence significative des artistes, la proximité et l’échange se sont inscrits dans l’ADN de la foire. Cette année encore, un cycle de conférences – Marcelo Gonzales, Hush et D*Face prendront notamment la parole –, des signatures d’œuvres et de livres et un atelier pour enfants ponctureront l’événement qui sera clos par la vente aux enchères. Cette année, la foire accueillera quatre galeries de plus qu’en 2018, soit 27 galeries au total.

En pratique
Du mercredi 25 au dimanche 29 septembre 2019
Hôtel Drouot
9 rue Drouot 75009 Paris