Du Pop-Art, il a pris les couleurs flashy et l’inspiration de la culture populaire ; du Street Art, les compositions et les lettrages. En dix ans, Jisbar a bâti une œuvre et une image. Il y a du Warhol chez ce garçon mais son moment de célébrité durera bien plus qu’un quart d’heure !
Par Christian Charreyre

Il en a fait du chemin, le petit Jean-Baptiste Launay qui, à Val d’Isère, âgé de sept ou huit ans, « volait les pinceaux » de sa maman peintre. Aujourd’hui, à 31 ans, Jisbar est un artiste urbain, reconnu, exposant dans le monde entier – Malmö, Abu Dhabi, Santa Cruz, Londres – et bankable, collaborant avec des marques aussi prestigieuses que le chausseur J.M. Weston, BMW pour les vélos, Giorgio Armani, Casio pour les montres G-Shock ou, dernièrement, le constructeur de motos Ducati au bénéfice de la lutte contre le covid. Retour sur un parcours sans faute.

Double héritage revendiqué

Quand il se définit, Jisbar utilise le terme de PopStreet-Artiste. Une manière de reconnaître les deux courants qui l’ont influencé et permis de se construire. Le Street Art, Jean-Baptise le découvre lorsqu’il vient vivre à Paris, à l’adolescence. « J’ai instantanément été transporté dans la culture urbaine quand je me suis mis à pratiquer le skateboard. L’art était partout : dans les magazines, sous les planches de skate, dans les shops, dans les endroits où je ridais. La musique en parlait et même les fringues que je portais avaient des visuels Street Art… Je me suis tout de suite senti dans mon élément. J’étais totalement admiratif de ce que je voyais. Dans les rues, il y avait une diversité incroyable : du pochoir, du sticker, de l’affiche, du tag, du graff, des installations… de quoi laisser libre cours à l’imagination de chacun. J’ai été émerveillé par plusieurs artistes comme Mr Chat, Chanoir, Jeff Aerosol, Blek, Cope2, Space invaders, Obey, Tilt et plein d’autres. En parallèle, je me suis construit une culture artistique dite conventionnelle avec des artistes comme Pierre Mathieu, Andy Warhol, Keith Haring, JM Basquiat, Peter Blake, Jasper Johns, David Hockney, Roy Lichtenstein… ».

Naissance d’un style

Entre 16 et 17 ans, Jisbar trouve donc son style en s’inspirant des deux courants artistiques. « Je m’inspire du Pop Art pour les couleurs flashy et l’iconographie ; du Street Art pour les messages plus engagés. Depuis cette période, j’ai sans cesse essayé de faire évoluer mon style vers le mélange parfait des deux, en essayant de mettre en valeur les points forts de chacun ». Son processus créatif est assez particulier. « Mon objectif est de réunir sur la toile de nombreux éléments : plus on s’en rapproche, plus on y découvre les différentes couches ». Une véritable lutte pour que les gens ne se lassent pas. « Quand je peins, j’écoute de la musique ou la radio et, souvent, ce que j’entends apparaît dans mes toiles. En général, il me faut trois jours pour réaliser un tableau et le résultat représente une «photographie» des trois jours vécus dans mon atelier : s’il y a une fille qui me parle, je le note ; quand j’ai changé de numéro de téléphone, pour ne pas l’oublier je l’ai écrit sur mes toiles, comme mon code wifi… C’est pour cela que je décris mes œuvres comme des instants de vie ». À l’image des adeptes du Pop Art, Jisbar intègre dans ses tableaux des icônes de la culture populaire, des stars de la musique comme Freddy Mercury, de la mode comme Karl Lagerfeld, mais aussi des personnages Disney comme Mickey ou Picsou ou des super-héros des univers D.C. et Marvel. Le jeune artiste, qui s’est forgé une solide culture en fréquentant les musées, a revisité les grands tableaux de l’histoire de l’art, comme le Déjeuner sur l’herbe de Manet, la Jeune fille à la perle de Vermeer, American Gothic de Grant Wood, sans oublier La Joconde de Léonard de Vinci, « une œuvre à laquelle tout le monde peut s’identifier, homme, femme, blanc, noir, vieux, jeune… Elle est mystique ».

Un sens aigu du marketing

Pour bâtir une carrière, il faut du talent, une motivation sans faille et une grande capacité de travail. Des qualités qui, à l’évidence, ne font pas défaut à l’artiste. Mais il faut aussi de la chance et le sens de la communication…
qui ne lui ont pas manqué non plus. Le premier coup de pouce du destin, c’est d’avoir compté parmi ses premiers clients le youtubeur Norman. « Il était au tout début de sa carrière, et on voyait ma toile en arrière-plan de sa vidéo.
Ca m’a permis de trouver des galeries ». Cette notoriété lui ouvre la porte des galeries et lui a probablement montré la voie du personal branding, ou l’art de se mettre en scène comme sa propre marque, en utilisant la notoriété de personnalités. Au fil des années, Jisbar a ainsi personnalisé un sac de la collection de la rappeuse Cardi B et collaboré avec DJ Snake. En 2016, alors qu’il participe à une exposition dénonçant la montée du racisme et de l’antisémitisme au Musée de l’Histoire de l’Immigration, il présente sa réalisation au président de la République de l’époque, François Hollande. En 2018, une conseillère de Donald Trump fait l’acquisition d’une de ses œuvres représentant le président des USA sous forme de caricature disposant de cornes et d’imposantes cernes bleues. Jisbar travaille aussi régulièrement avec des marques prestigieuses.

Fabuleux coup de com’

L’année dernière, Jisbar fait parler de lui en envoyant La Joconde dans l’espace ! À l’occasion du 500e anniversaire de Léonard de Vinci, un version revisitée de sa Punk Mona a ainsi effectué un voyage de 1h30 autour de la Terre à 33,4 km d’altitude en pleine stratosphère, le 11 décembre 2019, suspendue à la nacelle d’un ballon d’hélium
biodégradable. « L’idée est venue plus d’un désir de sensations et d’émotions fortes que de défi… J’avais envie de donner une nouvelle dimension à la Punk Mona Lisa, de lui offrir un voyage hors temps et hors cadre en forme de lévitation dans le cosmos. Mona Lisa est une peinture iconique universelle qui représente parfaitement l’image
de la femme de son époque. C’est une peinture captivante devenue intemporelle avec une histoire incroyable. C’est pourquoi il est important de garder cette mémoire tout en la transformant en quelque chose de plus contemporain », explique l’artiste. Pour ce projet, baptisé First Painting in Space, plusieurs contraintes techniques ont du être
surmontées. « C’est complètement à l’opposé de mon projet artistique, qui lui est très libre. C’était millimétré. Les conditions météorologiques sont extrêmes à cette altitude. La température peut atteindre -73°C et les vents sont extrêmement forts. La première condition pour que le vol se passe bien était le poids de l’œuvre : faire une toile de moins de 1 kilo a été un défi pour moi ». Il a aussi fallu remplacer ses pastels secs par des huiles en stick utilisées normalement pour la sidérurgie et résistantes à des températures extrêmes. Avec ce projet, Jisbar a voulu rendre un hommage à Léonard de Vinci, « un artiste mais avant tout un inventeur de génie. Il a toujours eu cette envie de voler et d’aller voir ce qui se passe au-dessus de nous. L’espace est un domaine que l’art n’a pas encore complètement acquis. Ces choses vont devenir de plus en plus récurrentes. Je ne serais pas surpris de voir la première vente aux enchères depuis l’espace ». En attendant la réalisation de cette prédiction, Jisbar a obtenu une superbe couverture médiatique. Chapeau l’artiste !

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