Serait-ce pour démocratiser l’art que l’artiste malaguène Julio Anaya Cabanding déplace les chefs-d’oeuvre de l’histoire de l’art sur des murs délabrés ou des supports inhabituels comme des cartons de récupération ? Des versions en trompe-l’œil peintes à la main jusqu’à leur encadrement ouvragé, en conversation avec l’espace inhospitalier mais aussi d’autres graffiti, qui bousculent les codes élitistes traditionnels, nous obligeant à repenser la place de l’art dans notre quotidien, reconciliant avec talent tradition et modernité.
Par Gabrielle Gauthier

 

Comment avez-vous découvert l’art ?

Très jeune, je dessinais déjà sur n’importe quoi. Mes parents, constatant mon intérêt, m’ont inscrit dès l’âge de 6 ans dans une école de dessin et de peinture.

 

Que souhaitez-vous explorer en reproduisant des chefs-d’œuvre classiques sur des murs ?

J’utilise les chefs-d’œuvre de la peinture pour deux raisons : d’une part, parce que je les aime ; d’autre part parce que ce sont des œuvres que toute la société accepte et identifie immédiatement comme une œuvre d’art. J’utilise ces peintures comme des signes de l’art. Je peins ces tableaux avec leurs cadres dorés dans des lieux détériorés, anciens et abandonnés afin de faire réfléchir le spectateur sur l’idée même de l’art, le lieu d’action de l’art, l’institution… Ces tableaux pourraient-ils être n’importe où ? Je m’intéresse également au concept de trompel’œil car la tromperie visuelle montre que, malgré l’image, la peinture n’est qu’apparence.

 

Comment sélectionnez-vous les œuvres originale que vous reproduisez… et les lieux ?

Comme je l’ai déjà dit, ces toile sont immédiatement identifiées par tous comme une œuvre d’art, même par ceux qui ne s’intéressent pas à l’art. Quant aux lieux, ce sont les espaces habituels du monde du graffiti, des lieux inhospitaliers, abandonnés, périphériques où personne ne vient volontairement. Le contraire d’un musée !

 

 

Comment instaurez-vous le « dialogue » entre le tableau et son environnement ?

J’essaie de faire le lien entre l’image et l’endroit : je peins un port maritime dans un port maritime, Ophélie de Millais sur une rivière, La Laitière de Vermeer dans une cuisine…

 

Parlez-nous de notre technique ?

En ce qui concerne ma technique, j’ai toujours été un peintre très académique, un peintre d’atelier. J’ai toujours peint à l’huile, mais désormais, j’ai appris à peindre à l’acrylique parce que, dans la rue, cela ne peut être autrement. Après un long moment, j’ai réalisé que les peintures que je peignais ne pouvaient plus être faites à l’huile, cela prendrait des mois. L’acrylique me permet donc de réaliser des choses impossibles à faire à l’huile. Une autre chose que les gens trouvent intéressante est que j’utilise une palette limitée puisque je n’utilise que les trois couleurs primaires, du blanc et du noir.

 

A voir

Julio Anaya Cabanding présentera des œuvres spécialisement réalisées pour l’exposition collective « Carton », tout comme Jef Aérosol, Jace, Laurence Vallières, Speedy Graphito, Herakut, Jorge Rodriguez-Gerada et Icy&Sot.

Du 20 septembre au 12 octobre 2019
Galerie Mathgoth
34 rue Hélène Brion 75013 Paris
www.mathgoth.com