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PORTRAIT

L’art en courbes et en couleurs de NOÉ TWO

Cet artiste – très – discret s’est imposé comme une figure incontournable de la scène internationale depuis plus de deux décennies. Ses animaux et ses portraits séduisent par leur précision, leur énergie et l’humanité qui s’en dégage.
Par Christian Charreyre

Né en 1974, ce street artiste parisien a grandi à deux pas du terrain vague de la Porte de la Chapelle, l’un des hauts lieux du graffiti, où il fait ses premières armes avec un collectif qui marquera de son empreinte l’histoire de l’école française : RAW pour Real Authentik Writa. Son pseudonyme fait évidemment référence au célèbre patriarche de la Bible, résonnant avec ses trois thèmes de prédilection, la nature, les animaux et l’humain, mais également avec son approche de sa pratique artistique. Comme dans la célèbre arche, Noé Two accueille différentes techniques graphiques et picturales dans des compositions originales, faisant de lui un des artistes les plus complets de sa génération, capable d’explorer d’autres champs d’expression : abstraction, modélisation en 3D, montages photographiques, vidéos…

Un style haut en couleur

Immergé dans la culture urbaine, passionné de musique, nourri de ses voyages et de ses rencontres, Noé Two n’a jamais cessé de créer et d’explorer. Actif depuis la fin des années 80, il a développé un style immédiatement reconnaissable, mélange de pop et de classicisme, d’originalité et de références culturelles, de réalisme avec une pointe d’abstraction. De ses longues heures passées à arpenter les villes du monde entier pour peindre des fresques impressionnantes, il a acquis un savoir-faire et une maîtrise technique remarquables. En alliant composition graphique, jeu de formes et de courbes, et mélange de couleurs éclatantes, Noé Two réalise des tableaux d’un réalisme saisissant. Si celui-ci transparaît dans ses portraits, il est peut être encore plus troublant dans ses animaux, à l’image de son sujet fétiche, le gorille Yaoundé, aux expressions presque humaines, qu’il peint souvent un cigare à la bouche. Le passage du mur à d’autres support, à commencer par la toile, s’est fait naturellement. Dans son atelier de banlieue parisienne, il peint debout, avec la même énergie issue du graffiti.

Infatigable voyageur

Rapidement, Noé Two a voulu explorer le monde, pour laisser sa trace et ses couleurs, tout en impliquant les habitants lors de sessions de peinture dans les rues. Son langage universel parle à tous. Il a ainsi participé à des manifestations en Europe et aux États-Unis, mais aussi dans des endroits plus en dehors des sentiers battus, comme la Chine, la Thaïlande ou le Brésil en 2019, à l’occasion du festival Meeting of Favelas. Une incursion au cœur des quartiers populaires de Rio pour partager un moment créatif avec les Cariocas. On peut même trouver une trace de son passage à Cuba, pas franchement une destination Street Art courue des artistes internationaux. Yaoundé orne une magnifique porte ancienne d’une rue de La Habana Vieja, la partie historique de la Havane.

Reconnaissance internationale

Noé Two est aujourd’hui l’une des figures emblématiques du graffiti français, peut-être plus reconnu à l’international que dans son propre pays. C’est en tout cas l’un des artistes les plus cotés, d’autant que sa
production n’est pas aussi importante que d’autres. En 2016, chez Artcurial, lors d’une vente aux enchères proposant également des œuvres d’Invader et de Futura, son Yaoundé The Last Hope, estimée à 30.000 euros, s’est finalement arraché à 68.000 euros (87.300 euros frais inclus), après un duel acharné entre deux acheteurs. Mais ce succès ne monte certainement pas à la tête de ce banlieusard qui préfère rester à l’abri de la lumière, pour continuer à observer le monde et à peindre, toujours et encore, afin de mettre de la couleur dans nos villes, sur nos murs et dans nos vies.

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