L’artiste britannique explore les thèmes et événements liés à l’actualité. Sur les murs ou sur les toiles, son oeuvre est un récit social contemporain invitant subtilement le public à se questionner.
Par Joséphine Duncan

 

Basée à Londres, Helen Bur est une grande muraliste urbaine qui oeuvre dans le monde entier depuis plusieurs années. Dans ses interventions publiques sur un grand nombre de projets, l’artiste évoque des thèmes sociaux toujours liés à l’histoire contemporaine de l’humanité, obligeant le spectateur à s’interroger. Ses oeuvres sur toile, qu’elle crée dans le cadre d’expositions traitent des mêmes sujets : les difficultés liées au récit social contemporain. Née à Cardiff, au Pays de Galles, sa passion de la peinture et de la photographie, alimentée par une visite à la Hayward Gallery en 2007 où elle fut subjuguée par « The Painting of Modern Life », la mène sur les bancs des Beaux-Arts de la Cardiff School of Art. À peine diplômée, l’artiste cofonde, avec Sam Worthington, tous deux membres du collectif « Modern Alchemists », The Abacus, un lieu créatif dans l’ancienne gare routière de Cardiff, situé au centre de la capitale du pays de Galles, doté d’un espace d’exposition et de résidences artistiques. Tout au long de cette aventure, qui a duré deux années intenses, elle a également créé le festival d’art urbain « Empty Walls ».

Un récit social contemporain

Au travers de ces médiums variés, l’artiste explore et embrasse le rôle et la capacité de la peinture à tisser une narration sociale contemporaine. Son travail affiche un style réaliste et captivant, plein de textures et d’émotions. Ses personnages, souvent représentés en mouvement et capturés en pleine action, sont saisis dans des moments d’action tranquille, occupés dans un effort apparemment sérieux ou figés au milieu d’un événement préoccupant. Ses figures ont le pouvoir magique de créer un lien instantané avec le spectateur, l’infectant avec les outils qu’Helen utilise pour peindre : sensibilité, empathie et subtilité. À travers ses oeuvres, l’artiste transmet habilement bien plus qu’une simple représentation de chair et d’os. Elle a participé à de nombreux festivals d’art urbain : du prestigieux Nuart dans la ville norvégienne de Stavanger, à Upeart en Finlande, du Festival de la Vision Urbaine en Allemagne au projet I Be Lady O au Sénégal. Ses murs autant que ses toiles invitent à considérer l’âme des personnages. « Mon oeuvre fournit un récit social contemporain, c’est comme regarder dans un miroir pour voir ce qui se passe dans le monde qui nous entoure, la façon dont il est présenté notamment par le prisme des médias sociaux. Un bombardement d’images et d’informations qui nous laisse dans un état de confusion ou de déconnexion où nos propres récits sur notre réalité se forment inconsciemment, parfois bien loin de la réalité ».

Des questions de société

En atelier, elle travaille avec les techniques traditionnelles d’application de l’huile sur toile ou sur lin, au couteau et au pinceau, et de l’aquarelle ou du crayon sur du papier, tout en coexistant dans le milieu urbain avec la réalisation de grandes fresques murales. Dans la rue, elle utilise alors pinceau, rouleau et peinture de maçonnerie pour créer ses oeuvres. À travers ces différents médiums, elle explore et embrasse le rôle de la peinture et sa capacité à discuter avec délicatesse des questions de société. « Le jeu entre l’information et l’absurde, le commentaire et la narration, la figuration et l’abstraction fournissent un terrain délicat à l’oeuvre, permettant à la peinture de ralentir la façon dont nous traitons l’imagerie pour offrir un moment de calme et de tranquillité, invitant le regard à s’attarder. L’oeuvre imite l’humeur largement répandue de l’absurdité de notre époque en ne projetant pas une opinion singulière, mais plutôt en présentant un scénario décontextualisé, découpé ou fabriqué, où le spectateur est souvent forcé de tisser son propre récit ». Depuis, Helen Bur affine ainsi son travail sur la toile et le mur en peignant notamment à partir d’expériences personnelles, « ce qui m’a permis de me reconnecter avec mon travail ».

 

 

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