50 sérigraphies commandées à 24 artistes émergents et offertes au public de 6 villes de France, c’est le nouveau projet imaginé par la Fondation Desperados. Une production de 1.200 œuvres pour promouvoir l’Art Urbain et créer des moments de rencontre privilégiés entre les jeunes artistes et leur public.
Par Christian Charreyre

La crise sanitaire met a mal le secteur culturel français dans son ensemble et celui de l’Art Urbain en particulier. L’annulation de nombreux projets, expositions et festivals a eu, et continue d’avoir, des conséquences majeures sur le travail des artistes. Avec « Impressions Partagées », la Fondation Desperados pour l’Art Urbain va soutenir et financer la production de 1.200 œuvres imprimées qui seront ensuite distribuées gratuitement au public lors de vernissages. Pour ce projet, la Fondation, en étroite collaboration avec des antennes locales du M.U.R, a sélectionné 4 artistes émergents dans chacune des 6 villes suivantes : Marseille, Paris, Mulhouse, Rennes, Orléans, et Bordeaux. Les 24 artistes choisis* ont carte blanche pour créer une œuvre inédite, qui sera tirée à 50 exemplaires, numérotés et signés. Au-delà de la commande d’œuvres, l’objectif de cette initiative est d’agir comme un tremplin, afin de développer la notoriété et offrir un supplément de visibilité à ces jeunes créateurs. Stéphane Carricondo, directeur artistique de la Fondation, nous en explique tous les détails.

Comment est né ce nouveau projet ?

C’est vraiment venu en réponse à cette période un peu spéciale que nous avons vécue, le fait de se retrouver confiné et sans moyen de communication avec l’extérieur à l’exception des réseaux sociaux, alors que l’on avait envie de contacts humains. Pendant le confinement, je me suis dit que si j’avais eu des œuvres imprimées, j’aurais eu envie de
les offrir à mes voisins. Tout est parti de là. L’idée a été de se dire qu’il était possible d’échanger autour de soi, de partager avec les gens, qu’ils puissent avoir quelque chose chez eux. D’où le choix d’un support imprimé, tangible.

Pourquoi avoir choisi la sérigraphie en tirages limités à 50 exemplaires ?

Nous voulions que cela reste des œuvres, numérotées, signées, quelque chose de précieux. Les créations ont été faites spécifiquement pour la sérigraphie. Ce qui intéressant avec cette technique, c’est que l’on n’est pas dans l’idée d’une reproduction, mais bien d’une création artistique spécifique.

L’un des aspects importants du projet est l’aspect local…

Nous nous sommes dit qu’il était important de s’appuyer sur le tissu artistique français et sur les M.U.R.s, parce que ce sont des acteurs très présents et impliqués, tant au niveau national que local. Nous avons donc choisi de nous rapprocher des associations de six villes pour qu’elles choisissent et nous proposent des artistes de leurs régions. Nous avons cherché à avoir une résonance globale sur l’ensemble du territoire. Avec la fondation, nous avons une vision nationale, et cela nous a permis de découvrir de nouveaux artistes.

Comment ont été choisis les artistes ?

Les associations locales nous ont fait des propositions assez larges et, avec les membres de la fondation, nous en avons choisi quatre par ville. La fondation s’intéressant aux artistes émergents, il ne fallait pas qu’ils soient trop âgés, même si un artiste peut aujourd’hui émerger à 40 ans [rire]… on ne voulait pas être trop fermés. Ce qui nous semblait intéressant était d’avoir des écritures différentes, de la figuration à l’abstraction en passant par des choses plus conceptuelles. Notre mouvement est très riche aujourd’hui et nous voulions représenter cette diversité dans le choix que nous avons fait.

Y a-t-il des tendances qui ressortent des propositions qui vous ont été faites ?

C’est assez large et représentatif, dans chaque région, de ce que l’on voit au niveau national avec des artistes plus connus. C’est intéressant de voir comment notre mouvement rayonne aujourd’hui dans sa diversité et de retrouver ce rayonnement dans chaque ville. D’ailleurs, il n’y a pas de disparité entre les régions, mais plutôt une sorte d’unité globale. En France, il existe une vraie créativité. Des associations comme les M.U.R.s, des acteurs comme la Fondation, qui n’existe que depuis deux ans, donnent une visibilité aux artistes et créent une véritable dynamique. Le fait que des institutions reconnues diffusent leur travail est très motivant.

Est-ce important de trouver de nouvelles manières de promouvoir l’Art Urbain ?

Bien sûr ! Et il faut garder cette dynamique de partage, d’accessibilité, qui est à la base du mouvement. Pour ce projet, les artistes sont payés par la Fondation et offrent leurs œuvres aux gens. C’est intéressant parce que cela crée un nouveau modèle économique pérenne. De même, payer les artistes pour qu’ils réalisent des murs dans les villes, cela va permettre aux associations de pouvoir développer d’autres projets en se libérant du poids financier.

Est-ce plus facile que pour les pionniers dont vous avez fait partie ?

À notre époque, il n’y avait rien [rire]! Il y a évidemment une réelle différence aujourd’hui. Il est très important que la Fondation soutienne le terreau local, et c’est aussi pour cela que ce projet a de la force.

Cet ancrage local se retrouve aussi pour la production…

Tout à fait, les sérigraphies sont faites par des artisans de chaque ville. Il est hors de question que la Fondation soit « parisienne ». Nous sommes nomades et pas du tout liés à un lieu physique. Il se passe réellement beaucoup de choses au niveau local et c’est important que les gens le sachent.

En tant « qu’ancien », quel regard portez-vous sur la nouvelle génération ?

Avec les réseaux sociaux, les choses vont très vite, on voit les images très rapidement. Du coup, il y a des influences, des tendances qui émergent, des mouvements à l’intérieur du mouvement, une dynamique forte, une pluralité dans la manière de s’exprimer : tu peux aller faire des murs, du tatouage, du graphisme… C’est aujourd’hui très libre. Il y a en ce moment chez les jeunes des choses qui sont très fortes, ce qui présage dans l’avenir des carrières et des mouvements qui vont faire bouger les choses. C’est très encourageant.

Acheter