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Interview

Les portraits « miroir» de SWED: essentiel !

À travers ses portraits en noir et blanc, Swed porte sur l’humanité un regard d’une acuité à la fois singulière et pertinente, qui nous rappelle avec finesse l’universalité qui nous caractérise.
Par Gabrielle Gauthier

Il faut être un artiste inspiré pour consentir à interroger ainsi l’âme humaine ! Balayant tout a priori, Swed, à travers ses peintures, affirme avec bienveillance mais sans compromis notre appartenance à l’humanité. Il y a d’abord le regard que pose l’artiste sur des personnes croisées au hasard ; il y a ensuite une rencontre et un échange dans lesquels il puise « matière » à peindre ; il y a enfin une œuvre qui révèle une humanité à la fois singulière et plurielle. Par son travail, Swed nous place ainsi face aux autres mais aussi face à nous-même, retissant ces liens qui nous font souvent tant défaut.

Vous reconnaissez-vous lorsque l’on dit de vous que vous êtes un « portraitiste humaniste » ?

Tout à fait puisque je me suis défini ainsi… sans doute dans une interview précédente [rire]… Portraitiste et humaniste, ces deux mot s’appliquent à ce que je fais et définissent donc mon travail.

Si on les utilise, vous n’êtes pas choqué…

Ni offusqué [rire]. Pour autant, dès lors que l’on est portraitiste, je crois que l’on est nécessairement humaniste, simplement parce que l’on travaille sur l’humain. C’est le sens même du portrait ! D’ailleurs, parler de « portraitiste humaniste » ne serait-ce pas faire un pléonasme ?

Qu’est-ce qui vous passionne tant chez l’humain ?

Son humanité justement…, notamment l’empathie, le sentiment le plus noble de l’être humain. Je travaille évidemment d’autres sentiments, notamment la joie, la colère, la tristesse… qui caractérisent aussi l’humain, et que j’essaye de retranscrire dans mes peintures.

Quel est votre processus de création ?

D’abord une rencontre, puis un travail photographique et une peinture. Et lorsque cela est possible, ma démarche commence par une photo, se poursuit par une réalisation murale et se termine par œuvre pérenne sur toile.

Comment choisissez-vous vos « modèles» ?

Il y a une large part de hasard puisqu’il s’agit de rencontres et que je choisis majoritairement des personnes croisées dans la rue de manière totalement fortuite. Quant à savoir ce qui m’attire chez elles, c’est difficile à expliquer… Je crois que l’on peut faire le parallèle avec un coup de foudre amoureux, lorsque deux personnes se croisent et sont attirées l’une vers l’autre sans vraiment savoir pourquoi. Peux-être est-ce biologique ? Mais ce dont je suis sûr, c’est que lorsque je croise la bonne personne, je le sais, et cela fonctionne dans 99% des cas.

Peut-on parler d’instinct ?

Oui, c’est la part instinctive de mon travail… même si, dans la réalisation, outre la technique, les sentiments peuvent parfois jouer.

Le plus souvent, vous peignez des personnes d’un certain âge…

Tout à fait. Je choisis en général des personnes d’un certain âge simplement pour leur vécu. Je trouve en eux davantage de « matière » et je prends plus de plaisir à « raconter » leur histoire à travers mes portraits. Il m’arrive cependant de travailler sur des sujets plus jeunes… J’en ai d’ailleurs peint récemment pour le Graffic Art Festival de Puteaux qui, pour fêter ses dix ans, avait choisi pour thème « j’ai dix ans ». C’est plus compliqué pour moi car un gamin de 10 ans a forcément moins à raconter qu’une personne de 80 ans.

Connaissez-vous l’histoire des personnes dont vous faites le portrait ?

Parfois, mais pas nécessairement. Il y a des rencontres plus poussées que d’autres, où se nouent ainsi une relation plus profonde. À d’autres moments, l’échange étant assez bref, « j’interprète » en racontant une histoire qui n’est pas nécessairement la réalité. Pour autant, sans vouloir paraître prétentieux, je crois avoir une certaine capacité à comprendre les gens assez rapidement, sans avoir besoin de discuter longtemps avec eux. L’expérience, peut-être ? D’ailleurs, certaines fois, lorsque la personne voit son portrait, c’est comme si elle se découvrait [rire].

Seriez-vous un « révélateur » ?

Quelques fois [rire]. Nous avons tous trois images : celle que l’on a de nous-même ; celle que l’on renvoie aux autres ; celle que les autres ont de nous. Et comme à chacune de mes rencontres, je joue avec ces trois notions, face à leur portrait, certaines personnes découvrent une ou plusieurs « image d’elles » qu’elles ne connaissaient pas.

Pourquoi avoir choisi de travailler en noir et blanc ?

D’abord parce que je suis très mauvais coloriste. Comme je n’ai ni une bonne perception, ni une bonne notion des couleurs, ce travail m’est difficile. Ensuite parce que le noir et blanc est un parallèle avec ce que porte en lui chaque être humain : une part de lumière et une part d’obscurité. Un travail d’ombre et lumière… Je ne travaille d’ailleurs jamais avec des nuanciers de gris ; je crée directement à l’aérosol et à l’acrylique ces nuances par l’ajout de blanc et en jouant avec le support.

Peindre sur les murs est-il important pour vous ?

J’ai la chance d’œuvrer à une époque où le Street Art est plutôt bien toléré, parfois même institutionnalisé, en tout cas présent de manière contemporaine, ce qui permet d’ailleurs de décloisonner l’art. Ainsi, il n’est plus uniquement dans les musées et les galeries, mais s’offre à tous dans la rue. Chacun peut découvrir sur les murs un travail artistique. C’est en cela que le travail de rue est important pour moi : être accessible et sensibiliser le plus grand nombre à l’art.

Comment choisissez-vous vos murs ?

En dehors, des festivals ou des événements, pour mes projets personnels, je peins toujours chaque personne sur un mur de sa ville, de son quartier ou sa rue, avec son accord évidemment, afin restituer l’histoire au plus près. C’est aussi une façon pour moi d’humaniser encore davantage mon travail. Autour d’un portrait d’une personne qu’ils connaissent, même seulement de vue, les habitants se rencontrent, se découvrent, discutent, échangent…

Est-ce aussi une façon d’humaniser la rue ?

Je ne crois pas qu’elle ait besoin de ça pour être humanisée. La rue est l’un des endroits les plus « humains» qui soit, dans les grandes villes comme les petits villages. La rue est l’endroit où les gens se côtoient de manière
fortuite, à la différence d’un musée, d’une fête foraine, d’un stade… où il s’agit de rencontres « communautaires».

Que symbolise l’auréole dorée que l’on retrouve sur tous vos portraits ?

Par cette auréole dorée, je travaille la symbolique du cercle, dont tous les points sont à égale distance du centre, pour parler d’égalité. Une manière d’affirmer que tous les êtres humains devraient être égaux bien qu’ils ne le soient pas. Dans la plupart de mes portraits, le portrait est donc placé au centre du cercle afin de recentrer le débat sur ce qui est important : l’humain. Aujourd’hui, nous avons tous tendance à nous noyer dans des futilités en oubliant l’humain qui est en nous et, surtout, qui est en face de nous.

Outre les visages, vous travaillez également les mains…

Peut-être pour me mettre en danger… Cela fait un moment que je travaille le portrait et, bien que je n’en ai pas encore fait le tour, j’ai envie d’accrocher une corde supplémentaire à mon arc, en travaillant davantage les morphologies, les corps, les parties de corps… qui, au même titre qu’un regard ou qu’une bouche, peuvent dire beaucoup de choses.

Peut-on dire que vous êtes un artiste engagé ?

On peut dire que je suis un artiste engagé mais mon engagement ne concerne que moi ; c’est un engagement complètement subjectif ! L’engagement suppose un choix et ce choix « communautarise » nécessairement. Or, le seul engagement que je revendique est justement celui de l’anticommunautarisme. C’est la raison pour laquelle je représente des femmes, des hommes, des noirs, des blancs, des asiatiques… Je ne choisis pas en fonction d’un genre, d’une couleur de peau, d’un bord politique… encore moins d’une religion. J’essaie de représenter les gens dans leur ensemble.

Vous êtes engagé pour l’humanité avec ses ombres et sa lumière…

Exactement. D’ailleurs, je ne prétends pas représenter le bon mais simplement ce qui nous entoure, ce qui est autour de nous, en essayant de tenir éloigné tout a priori et, surtout, sans donner de leçons. Qui suis-je pour donner des leçons ? D’autant que, si j’aime bien apprendre, je déteste qu’on me fasse la leçon [rire].

Nous appartenons tous au genre humain est la seule leçon que vous pourriez donner…

Mon travail est une ode à la tolérance. Tolérer l’autre avec ses qualités, ce qui est facile, mais également ses différences qui sont souvent vues comme des défauts, ce qui beaucoup plus difficile.

Quels sont vos projets, vos prochains défis ?

J’hésite à parler des projets… par superstition. Néanmoins, j’ai récemment participé à Paris au festival Streetart x Secourspop dans le XVIIIe organisé par Urban signature aux côtés de Hopare, Seth, Ned, Piotre, Olivia de Bona…. J’ai également deux expositions collectives d’ici la fin de l’année, dont une en novembre à la Galerie Roussard à Paris.

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