Plasticiens, créateurs, fashion designers, bidouilleurs, tatoueurs, musiciens, une cinquantaine d’artistes investissent le Palais de Tokyo pour créer une ville imaginaire.

Par Zoé Malet

 

La plupart du temps avec des nouvelles productions et des interventions in situ, la cinquantaire d’artistes imaginent une ville multiple et complexe, décloisonnée, bordélique, foudroyante et créative : un laboratoire imprévisible, toujours en mouvement et en (re)construction. « Entre gratte-ciels et cahutes, urgence et patience, les mégapoles connaissent une expansion chaotique, mêlant les transferts de capitaux aux connexions technologiques, ce qui génère des marges citadines porteuses de nombreuses inégalités. Les artistes qui émergent sont alors les flâneurs du XXIe siècle, les hackers de nos réponses au milieu urbain trop souvent fonctionnelles et standardisées. Dacca, Lagos, Manille, Mexico et Téhéran, des archi-villes rhizomatiques choisies subjectivement, guidés par notre curiosité du moment. Les cinq villes sont l’expression d’un tissu de contradictions. D’évidence, ces mégapoles sont aussi très différentes. Leur singularité culturelle, politique et sociale se charge de multiples récits qui sont autant de chemins de traverse pour appréhender leur identité dépourvue de toute dimension univoque », notent les commissaires de l’exposition, Hugo Vitrani et Fabien Danesi.

 

Un point de vue pluriel

Ces mégapoles ne sont pourtant pas le sujet de l’exposition « Prince•sse•s des villes » mais un contexte de recherche, un terrain de jeu, où les créateurs samplent les multiples couches qui les constituent pour en extraire une hybridation démesurée, en constante métamorphose. Cimaises brutes et vertigineuses, passages mystérieux, zones lumineuses ou opaques, backrooms et guet-apens : le dispositif de présentation est conceptualisé par l’architecte Olivier Goethals suivant les rythmes du jour et de la nuit, de la profusion et du désaturé, alternant des zones monographiques et des territoires de rencontres. Il élabore un parcours architectural qui révèle et accentue les lignes de forces du bâtiment du Palais de Tokyo envisagé comme un immense lieu-commun. Les œuvres de ces cinquante artiste, souvent méconnus, qu’ils soient militants de Dacca, street artistes de Manille, cinéastes de Téhéran, stylistes de Mexico…, à l’image de Ndidi Dike, Falz, La Havi, Emeka Ogboh, Ashfika Rahman, Fernando Palma Rodriguez ou encore Leeroy New, cimentent de cette ville imaginaire. Un événement autour de cinq villes-mondes et de leur évolution.

 

 

((Encadré))

A voir

En 2050, près des 2/3 de la population mondiale sera urbaine. Et aujourd’hui, les villes-mondes se développent de manière accélérée. Et c’est autour de ces villes-mondes – Lagos (Nigéria), Mexico (Mexique), Téhéran (Iran, Manille (Philippines) et Dacca (Bangladesh) – que s’articule tout l’art présenté au Palais de Tokyo.

Palais de Tokyo

13 avenue du Président Wilson

75 116 Paris

www.palaisdetokyo.com

 

 

Illustrations

((Al Qamar / © Marielle Chabal))

Marielle Chabal, Al Qamar.

 

((ISLA INIP / Crédit Doktor Karayom))

Doktor Karayom, ISLA INIP, 2018, Fibre de verre, résine, peinture acrylique, Cultural Center of the Philippines.

 

((Carrion / Crédit Tristan Jalleh & Liz Harm))

Justin Shoulder, Carrion, 2017.

 

((Kadara Enyeasi / Crédit : Kadara Enyeasi))

Kadara Enyeasi, Untitled VI, 2019, L’ouverture: Fauna I, collage digital.

 

((Tercerunquinto / Crédit : Tercerunquinto et Museo Amparo))

Tercerunquinto, Arqueología del muro político, palimpsesto de estudios preliminares, 2017.

 

((Circo Uccello / Crédit Paul Nicoué-Audi talents))

Léonard Martin, Circo Uccello (détail).

 

((Polenchos))

Traición et Victor Barragán, Polenchos, 2015-2019, tissu blanc, impression numérique.

 

((Amir Kamand / Crédit Delgosha Gallery, Tehran))

Amir Kamand, Untitled, 2019, acrylique sur bois.

 

((Hoda Kashiha / Crédit Hoda Kashiha et Dastan’s Basement))

Hoda Kashiha, Untitled, 2019, acrylique et peinture aérosol sur toile.

 

((Série Ibeji / Crédit Stephen Tayo))

Stephen Tayo, Série Ibeji, 2017-2019.

 

 

SUPPRIMER SI NECESSAIRE

((Terre Seconde / Crédit Grégory Chatonsky))

Grégory Chatonsky, Terre Seconde.

 

((Emeka Ogboh / Crédit : Menil Collection (Houston)))

Emeka Ogboh, Lagos State of Mind I, 2012, bus, haut-parleurs, casques audios.

 

((Mehraneh Atashi / Crédit : Christine Winkler))

Mehraneh Atashi, Flotsam, Jetsam, Lagan, and Derelict, 2018, textile, lumière, objets divers, technique mixte.

 

((Ashfika Rahman / Crédit Ashfika Rahman)

Ashfika Rahman, The Last Audience, 2017.