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PORTRAIT

L’impressionnant expressionnisme de CONOR HARRINGTON

Que ce soit sur ses fresques monumentales ou sur ses toiles en grand format, le travail de cet artiste irlandais, qui vit et travaille à Londres, est un étonnant mélange d’hyper réalisme figuratif et de narration fantastique.
Par Angela Olivier

Beaucoup de Parisiens ont découvert le travail de Conor Harrington avec son mur de 30 mètres de haut baptisé Embrace and fight (Étreinte et lutte) sur le boulevard Vincent Auriol dans le XIIIe arrondissement de Paris, réalisé en 2017 dans le cadre de Street-Art 13. « Je vois cette image comme les échanges, les débats et les combats politiques. J’avais l’habitude de peindre des scènes de combat plus explicites, mais j’ai opté pour une représentation plus ambiguë des luttes politiques. La façon dont je peins les personnages, dégoulinant, s’effondrant, s’effaçant, est révélatrice du changement de la société française et européenne », commentait l’artiste. Une explication qui regroupe plusieurs de ses thèmes de prédilection, l’histoire et les costumes, la confrontation et la politique, le mouvement…, qu’il développe dans un étonnant mariage entre une inspiration graffiti et une tradition issue des grands maîtres de l’expressionnisme. S’il est fan de Vhils et de JR, il ne se définit pas comme un street artiste. « Je ne me considère pas comme un graffeur. Je suis juste un peintre qui voyage. Je fais ça depuis 20 ans et Dieu sait ce que je ferais dans 20 ans. Je veux voir jusqu’où je peux pousser mes limites ».

Hip-Hop et histoire

Né à Cork, en Irlande, en 1980, « dans le foyer le moins créatif qui soit » et nourri de culture Hip-Hop, Conor Harrington commence le graffiti dans les rues à l’adolescence. « J’ai grandi dans une petite ville où il n’y avait aucun graffiti sur les murs. Je crois que cela m’a permis de me détacher des codes du genre et d’essayer quelque chose de complètement nouveau », se souvient-il. Son amour du dessin le conduit à s’inscrire à la Limerick School of Art and Design où il commence à peindre des personnages en sweat à capuche, « leur uniforme urbain », dans un style classique, avant d’évoluer vers une approche plus historique. « J’ai fait un parallèle entre la culture urbaine et le colonialisme, un sujet qui me touche en tant qu’Irlandais. Cela peut sembler un peu tiré par les cheveux, mais c’est toujours une question de territoire et de pouvoir ». Ces sujets sont majoritairement masculins.

« Les hommes jouent alors le rôle de soldat, mais ne sont pas allés au front. Ce n’est qu’une image de la réalité. J’aime cette idée d’incarner un faux sentiment de puissance », explique-t-il. Ce mariage entre sujets contemporains et traitement classique est rapidement devenu sa signature. Avec le temps, son style, toujours reconnaissable, a cependant évolué. « Ma technique se développe d’année en année, et je ne suis plus aussi intéressé par les détails fins ou le réalisme complet qu’auparavant. C’est alors plus facile d’introduire du mouvement dans les tableaux. J’aime aussi donner l’impression que les choses commencent à s’effondrer, ce qui est l’image que je me fais des empires et de la politique ».

Un succès mondial

Difficile à croire mais lorsque Conor est arrivé à Londres en 2004, un galeriste lui a affirmé qu’il ne serait jamais accepté dans cette ville. « Aujourd’hui, je me dis que cette personne avait probablement raison car, il y a dix ans, les galeries londoniennes étaient beaucoup plus conservatrices et plus préoccupées par la classe sociale. Elles recherchaient des artistes passés par les bonnes écoles, des universités comme St Martin’s et Goldsmiths ». Ces débuts difficiles n’ont pas empêché Conor de réussir. Non seulement ses fresques murales, à Londres, Belfast, Dublin mais aussi à New York, Beyrouth ou Paris, lui ont valu une reconnaissance internationale, mais ses toiles séduisent les collectionneurs du monde entier, dont des personnalités comme Jared Leto, Damien Hirst et Alicia Keys ! Un succès qui ne lui monte pourtant pas à la tête.

« Je veux que les gens apprécient mes toiles et les accrochent sur leurs murs, pas qu’ils les stockent pour faire un investissement. Beaucoup d’acheteurs fortunés veulent juste acheter un Basquiat, un Richard Prince ou un Takashi Murakami. Si j’avais tout l’argent du monde, je ne pense pas que j’achèterais l’un de ces artistes. Il existe des œuvres bien meilleures réalisées par des artistes moins connus ». Ce qui n’est plus vraiment son cas.

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