Toujours à la recherche d’un lettrage parfait, le graffeur franco-allemand continue de créer des oeuvres audacieuses qui, toutes, nous invitent à étudier intensément les lettres, porteuses de messages, pour leur rendre leurs « lettres de noblesse ».
Par Gabrielle Gauthier 

 

Amoureux des lettres Michel Pietsch, Cren de son nom d’artiste, transforme le lettrage classique en une forme abstraite, une façon pour lui de nous obliger à creuser plus profond pour découvrir l’essentiel. En brisant les règles courantes de la typographie, en fracturant l’écriture pour en faire ressortir les lettres une à une, en les modifiant et en les associant à d’autres éléments graphiques, l’artiste les révèlent véritablement, leur octoyant une place de choix. Une bien belle manière de nous rappeller l’importance de l’écriture, celle qui permet de transcrire la parole, d’exprimer sa pensée, de restituer l’informations… tout en définissant chaque individu, renvoyant alors à la notion d’identité.

D’où vous vient cet amour pour les lettres ?

Dès le début du graffiti à New York, les graffeurs ont toujours travaillé des lettres, une évolution de la signature, du tag. Chacun travaillait son lettrage, son alphabet, afin d’essayer de le rendre parfait. J’ai débuté à la fin de l’été 1989, je fais donc partie de la deuxième génération de graffeurs allemands. Pour moi, les lettres ont une vie propre, elles peuvent être de bonne ou de mauvaise humeur, gentilles ou agressives… Elles reflètent les émotions !

L’écriture, votre grande passion, constitue-t-elle toujours la base de votre oeuvre artistique ? Et pourquoi ?

Oui , elle forme toujours ma base de travail. L’écriture fait partie de moi… il faut dire que je la travaille depuis 30 ans maintenant ! Même lorsque je la décompose ou que je l’associe à d’autres éléments graphiques, expressionnistes ou figuratifs, le lettrage est toujours présent dans mes oeuvres.

Selon vous, le lettrage est-il un pilier central de la communication et un vecteur d’information ?

Absolument ! Depuis des siècles, on utilise différentes langues ainsi que différents lettrages pour communiquer et conserver de précieuses informations. Par le passé, la calligraphie et le lettrage avaient nettement plus d’importance qu’aujourd’hui. Même si beaucoup apprécient de lire leurs journaux le matin, des magazines…, la valeur artistique du lettrage leur échappe souvent. Et c’est dommage. Un métier artisanal qui se meurt malheureusement !

Est-ce pour vous un engagement ? Lequel ?

Oui , bien sûr. À travers mon travail, je souhaite redonner ses lettres de noblesse au lettrage urbain porteur de message. Certains préfèrent les motifs, les personnages, les paysages, le design…, ce qui n’est pas grave en soi… une question de goût. Peut-être aussi que cela dérange moins, le graff étant plus compréhensible, plus facile d’accès. Il existe heureusement toujours des artistes urbains qui travaillent le lettrage et l’écriture chacun à leur manière, notamment Fenx, Kongo, Nebay, Brok, AkteOne, Nasty, Tanc, Atlas, Mist, JonOne, Tarek Benaoum, Tilt, Cope2 et bien d’autres ! Cela me réjouit.

Les réactions que suscitent vos oeuvres sont-elles celles que vous attendez ?

Bonne question ! Pour autant, je n’attend pas réellement de réaction. Ce que je préfère, c’est plutôt que les gens aient une relation personnelle avec l’oeuvre. Et s’ils aiment, tant mieux. Rien de pire que le désintérêt total. Mieux vaut être honnête même si l’on n’aime pas, cela ne me pose pas de problème. D’autant que, la plupart du temps, les gens voient des choses totalement différentes de ce qu’il y a sur les tableaux et j’adore entendre leurs interprétations même si, pour la plupart, mon travail est souvent abstrait.

 

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