Pour Lélia Mordoch, qui vient de lui consacrer une exposition et un livre, l’artiste pionnière du pochoir a su concilier esthétisme, humour et engagement.
Par Christian Charreyre

 

Comment s’est passé votre rencontre avec Miss.Tic ?

Comme toutes les Parisiens, je connaissais et appréciais ses œuvres croisées sur les murs. Je l’ai rencontrée dans les années 1980, à l’époque d’un collectif d’artistes, Présence Panchounette. Elle était aussi très amie d’un peintre de la galerie, Gérard Delafosse, qui n’est pas un street-artiste. Nous en sommes venus à monter une première exposition, Parisienne, en 2006, avec un livre, aujourd’hui épuisé à part quelques exemplaires collector. Et cette exposition est la cinquième qui lui est consacrée.

 

Miss.Tic fait partie de ces artistes qui sont passés de la rue aux galeries. Comment s’est faite cette évolution ?

Miss.Tic a toujours vécu de son travail, elle a toujours exposé en galeries. Elle est descendue dans la rue parce que l’audience était beaucoup plus large, tout simplement. Les graffeurs qui ont commencé dans la rue sont ceux de la génération d’après, quand le mouvement était déjà lancé. Lorsque Miss.Tic a commencé dans les années 1980, c’était beaucoup plus neuf. Aujourd’hui, il y a beaucoup de collégiens ou de lycéens qui ont la tentation de taguer les murs. À l’époque, à part pendant les manifs, ça ne nous venait pas à l’esprit.

 

Qu’est-ce qui explique le succès et la pérennité de Miss.Tic ?

Je dirais que c’est drôle, c’est séduisant, c’est intelligent… C’est une image qui plaît beaucoup aux femmes mais aussi aux hommes parce que ce sont des filles généralement très sexy. Il y a des détournements, des jeux de mots… C’est la seule à avoir un rapport texte-image aussi pertinent. Elle fait l’unanimité auprès d’un très large public, y compris très populaire et même d’abord populaire.

 

Faire passer un message féministe, est-ce une part importante de son travail ?

Oui, il y a une volonté de montrer une image de femme libre, indépendante, parisienne. Miss.Tic nait à son art dans l’après 1968, avec des choses qui sont à l’époque encore assez prégnantes. Ce que l’on considère aujourd’hui comme un acquis, comme la liberté sexuelle, est quelque chose qui vient vraiment de 68, que l’on a pu appeler « la révolution de la mini-jupe ». Il y a une revendication très certaine, c’est celle de la liberté sous tous rapports.

 

Qu’elle est l’originalité de sa dernière exposition dans votre galerie ?

C’est la première fois que Miss.Tic applique des tatouages sur ses personnages. Ces tatouages ont été imaginés avec la complicité d’une vraie tatoueuse, Andromak P. Toutes deux ont travaillés ensemble pour cette exposition. La dimension tatouage est très actuelle. Il y a 40 ans, c’était l’apanage des marins et des légionnaires. Aujourd’hui, c’est véritablement entré dans les mœurs, ce n’est plus du tout marquant socialement. Ainsi, les femmes de Miss.Tic sont toujours dans l’air du temps.

 

Vous venez de publier un livre sur les « rencontres » de personnalité avec l’oeuvre de Miss.Tic. Comment est né cette idée ?

Un jour, j’ai appelé SOS Médecin et le médecin s’intéressait beaucoup aux tableaux de Miss.Tic aux murs, beaucoup plus qu’à moi en tout cas. Il m’a raconté qu’à une époque, il pensait divorcer et qu’il avait rencontré un pochoir de Miss.Tic disant « C’est la vie, ça va passer ». Et il n’a pas quitté sa femme… grâce à Miss.Tic. De là l’idée de faire un livre en donnant la parole à des fans de Miss.Tic autour de ces rencontres. Je pense qu’il y a beaucoup de gens, beaucoup de femmes en particulier, qui se reconnaissent.

 

Diriez-vous que Miss.Tic est quelqu’un de rebelle ?

Grande question ! Je dirais que, dans la société actuelle, être libre, n’est-ce pas être rebelle ?

 

 

À découvrir

Plasticienne et poète, Miss Tic développe un univers pictural au pochoir qu’elle imprime sur les murs de Paris depuis 1985. Audacieuse et persévérante, elle est devenue une figure incontournable et emblématique de l’art urbain.Ce livre donne la parole à 43 personnes qui évoquent leur rencontre avec l’œuvre de Miss Tic : des passants ou des collectionneurs, des anonymes ou des personnalités comme la romancière Amélie Nothomb, l’avocat et écrivain Emmanuel Pierrat, les chanteurs Christophe et Lio, les aristes Jean Faucheur, Invader et Jacques Villeglé ou Jérôme Coumet, maire du 13e arrondissement.

Miss Tic Histoires de rencontres, Éditions Lélia Mordoch, 96 pages, 30 €

 

 

Dans son appartement, Lélia Mordoch est entourée d’œuvres des artistes de la galerie, Horacio Garcia-Rossi, Yukio Imamura et, naturellement, Miss.tic (In her apartment, Lélia Mordoch is surrounded by works of the gallery’s artists, Horacio Garcia-Rossi, Yukio Imamura and, of course, Miss.tic) : Faire le mur, jouer la fille de l’art, spray ink and torn posters on canvas, 150 x 150 cm, created in 2006.

 

 

Crédit photos : Miss.Tic