Avec ses tracés industriels tout en rondeurs, Momies a imposé son style en habillant les murs de « modules » dynamiques et colorés. Aujourd’hui, sur toile, il propose un travail au trait où couleurs et textures explosent et s’entremêlent dans un mélange fascinant.

Par Gabrielle Gauthier

 

Alors même qu’il se considère toujours « en apprentissage », Momies est bel et bien un artiste urbain au talent incontesté et incontestable. Enrichissant constament son travail par des rencontres, des voyages et des recherches, l’artiste montpelliérain rayonne bien au-delà des frontières de l’Hexagone. Sa force ? Outre un accent chantant agréable aux oreilles et une étonnante humilité, Momies a une passion communicative pour la ligne, les couleurs, la matière et une énergie qu’il transcrit admirablement sur ses toiles. Son travail extérieur est venu se mêler à son travail d’atelier. Les matières et les lignes s’entremêlent, se confrontent et se superposent pour donner un rendu dynamique. Les lignes courent sur la toile, se diffusent et semblent vouloir s’étirer à l’infini. Son
univers, Momies le partage volontiers, nous embarquant vers un monde agréable et bienveillant.

Qu’est-ce qui vous a conduit au graffiti sur les voies ferrées ?

Des amis rencontrés à l’école m’ont fait connaître le milieu du graffiti… que j’ai immédiatement adoré, pour l’exploration, la peinture et, surtout, l’amitié. Une époque que je ne n’oublie pas même si, désormais, je me concentre davantage sur un travail d’atelier.

Et au lettrage particulièrement ?

J’ai débuté par un graffiti classique à la new-yorkaise, un travail de la calligraphie avec outlines et intralines…

Puis, plutôt que des lettres, j’ai bifurqué sur une identité graphique « logotype », ce qui s’apparente davantage au graffiti européen, comme le faisaient les Barcelonais et les Parisiens, notamment Jean Moderne aka RCF1. Je me suis nourri de mes rencontres, avec Vania notamment qui pratiquait beaucoup l’exploration et le vandalisme. Ensemble, nous avons fait d’ailleurs beaucoup de voyages interails et je l’ai accompagné dans ses délires. C’est ce qui a forgé mon style, notamment à travers les « Modules ».

Quelles sont les caractéristiques de vos « modules » ? D’ailleurs, d’où vient le nom ?

Module est le premier mot qui m’est venu à l’esprit lorsqu’il a fallu donner un nom à… quelque chose de finalement très modulable, extensible : des tracés industriels à la bombe tout en rondeurs et en couleurs. Ce n’est pas réellement une explication [ rire ] ; le mot s’est plutôt imposé à moi. Module est davantage une fonction devenue un nom. Quant à leurs caractéristiques, pour moi, les « modules » peuvent envahir n’importe quoi [ rire ].

Vous travaillez la couleur mais aussi le noir et blanc ? Pourquoi ? Et en quoi est-ce différent ?

Le noir et blanc permet de travailler réellement le trait, la ligne… quelque chose de pur, alors que la couleur peut avoir un effet « poudre aux yeux ». J’adore les tracés à l’aérosol, leur graphisme. C’est ce travail que j’aime réaliser sur toile. Ce qui ne m’empêche pas d’apprécier les couleurs dynamiques et éclatantes, celles qui dispensent leur énergie. En fonction de mon inspiration, je réalise des séries en noir et blanc ou en couleur.
Outre le tracé, votre recherche picturale porte également sur la matière, la texture. Pourquoi ? Pour ma dernière exposition, j’ai souhaité associer lettres et matière. Pour cela, le travail à l’éponge accentue encore davantage le mouvement et l’énergie qu’il y a dans une lettre. Mais je suis encore dans l’exploration… car je ne sors pas des Beaux-Arts [ rire ]. Mon apprentissage s’effectue par un travail de mémorisation lorsque je vois quelque chose qui me séduit. J’essaye ensuite de le retranscrire à ma manière. À Montpellier, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes de bons conseils, comme Mist par exemple. J’ai aussi beaucoup appris auprès de mon cousin Maye qui a un peu le même parcours que moi mais est plus plus jeune. Pour une expo commune, nous avons ainsi travaillé 5 mois ensemble sur 6 toiles. C’est par ces rencontres et ces collaborations que j’acquiers des savoir-faire différents. Je me considère toujours en apprentissage et je le serai jusqu’à la fin de ma vie.

Est-ce les minutieux détails que cachent vos œuvres qui leur donnent ce dynamisme ?

Le dynamisme, c’est l’objectif [ rire ] ! Même si je n’ai jamais été un grand vandale, cette énergie que l’on ressent lorsque l’on graffe un mur ou un wagon, j’essaye de la retranscrire sur la toile, tout en poussant plus loin le détail. C’est très agréable d’œuvrer sur une toile plusieurs jours et de la peaufiner au maximum. Je travaille plutôt sur de grands formats… j’aime quand c’est monumental [ rire ].

Le graffiti ne sert-il pas pas à réaliser des œuvres monumentales qui bouffent les murs ?

Ainsi, j’ai adoré peindre la fresque éphémère sur le sol des quais de la Seine en juin 2018, avec Nebay, Seth et 1010 : 2 kilomètres de peinture sur laquelle les gens ont marché pendant trois mois !

Votre travail a-t-il évolué ?

Oui, grâce aux rencontres, ce sont elles qui m’ont fait changer de direction, c’est grâce à elles que j’ai pu évoluer. L’évolution de mon travail passe également par ce que je vois, ce qui m’entoure.

Qu’exprimez-vous à travers vos œuvres ?

J’ai envie de communiquer dynamisme et énergie. C’est le premier sentiment de graffeur que je souhaite retranscrire même si, désormais, sur la toile, ce n’est évidemment plus du graffiti. J’essaye pourtant de conserver ce fil conducteur, ce mouvement, cette énergie…, un peu de la culture Hip-hop des débuts. Dans mes toiles, je ne livre pas de message particulier comme certains artistes. Je souhaite juste les remplir de couleurs et de mouvements, à l’image de la société dans laquelle j’aimerais vivre…

Vous êtes dans le « partage » avec de nombreuses collaborations, le soutien aux jeunes talents… Est-ce important pour vous ?

Je dirais même fondamental. Je suis dans le partage, dans le soutien aux jeunes talents. J’essaye de peindre avec la jeune génération de Montpellier, afin de lui apporter ce que l’on m’a donné, de transmettre à mon tour. Mais c’est aussi pour moi une façon de sortir de mon atelier pour aller peindre avec des potes, notamment ceux de la nouvelle génération. Il est amusant et enrichissant de discuter avec des personnes d’âge et de niveau social différents. En revanche, je n’ai réellement collaboré qu’avec Maye. Avec lui, les choses sont faciles, nous n’avons pas besoin de nous parler pour nous comprendre. Lorsque nous avons appris que nous étions cousins lors d’un voyage en Nouvelle Calédonie, cela nous a lié encore davantage. Nous nous sommes connus par un ami qui habite en Nouvelle Calédonie et, en discutant, nous nous sommes rendu compte que nous étions de la même famille. Pour autant, il est compliqué de mélanger des styles et je ne sais pas si je pourrais réussir avec d’autres… Tout est question d’alchimie.

Parlez-nous de votre projet à Barbès, sous le métro aérien ?

Au sol, je vais y faire un travail graphique, mais avec une peinture permanente. Le lieu est pour moi totalement mythique : le métro parisien, un quartier ghetto à embellir ! Mehdi Ben Cheikh de la galerie Itinérance a pensé à moi pour ce fantastique projet. Je suppose qu’il a considéré que je m’étais bien débrouillé sur les quais de Seine. En revanche, je n’appliquerai pas moi-même la peinture, trop nocive car faites pour durer, qui sera posée par des professionnels équipés. J’espère que le rendu sera fidèle…

Avez-vous d’autres projets ?

L’exposition « Obsession » que je présente à travers deux Solo Show, un à Paris et l’autre à Montpellier. Comme une obsession, cela m’obsède et demande pas mal de travail [ rire ]. Pas question de balancer ce je fais tous les jours sur les murs ! Alors je m’y consacre totalement, en travaillant quelque chose de nouveau, avec une recherche minutieuse et approfondie sur la technique, les détails… Une façon d’honorer le public et les collectionneurs.