À travers leurs sculptures, dessins, peintures, photographies, vidéos, installations, performances, les artistes contemporains évoquent et questionnent les sujets propres au XXIe siècle. Une exposition qui s’adresse et parle de nous, de notre société et de nos préoccupations.
Par Roxanne Blache 

 

Envisagé comme un corpus des sujets de société vu par la création, « Nous sommes contemporains », au Cac l’ar[T]senal de Dreux, accueille quatorze artistes contemporains issus de la jeune scène française et de la création internationale. « Dans cette exposition, il n’y a pas de sens de visite ni de parcours thématique. La libre circulation dans l’ar[T]senal – d’espace en espace – permet aux oeuvres de ne pas s’accessoiriser entre elles. Elles nous attirent chacune par leur esthétique jusqu’à l’émerveillement, la curiosité, la révolte et nous donnent matière à penser et à prendre de la hauteur sur des événements communs à notre temps », explique Lucile Hitier Directrice du CAC l’ar[T]senal et Commissaire de l’exposition.

Notre corps face au monde


Dès l’entrée, nous sommes confrontés à plusieurs figures humaines. « Stay up, de Daniel Firman présente une femme debout, qui nous surprend par son côté hyperréaliste et qui avec une certaine force tranquille porte un lourd fardeau d’agglomérats de déchets rehaussés à la polyuréthane. La Chute n°20 de Denis Darzacq, nous montre un corps flottant de jeune homme en fond de paysage urbain et l’oeuvre Salle de la Joconde de Martin Parr avec ce groupe de visiteurs au Louvre qui, au lieu d’apprécier les oeuvres pour elles-mêmes, les scrute à travers leurs appareils numériques. Avec ses Lettres de non motivation et What shall we do next, Julien Prévieux nous met face à la jungle de l’emploi et des nouveaux médias, ou comment chaque jour nos compétences, notre intellect et même notre gestuelle doivent se formater pour être compréhensibles au tout venant. Quant à la Boîte de déception de Jeanne Susplugas, elle vient annoncer la couleur de l’exposition avec un humour grinçant ». Ces six oeuvres associées questionnent dès l’entrée notre corps face au monde contemporain.

Dans l’aile droite, les séries Eglogues, ZAC et Douceurs de fleurs de Suzanne Husky montrent un ensemble d’objets, d’infrastructures urbaines ou commerciales en faïence emmaillée. À celles-ci viennent s’associer les pièces de Laurent Tixador, « un ensemble d’oeuvres qui avec une poésie aigre-douce nous renvoie à notre condition de créateur d’énergies et de déchets ». Sur la mezzanine, l’installation La maison malade de Jeanne Susplugas confronte notre corps à une accumulation de milliers de boîtes de médicaments. « Sur la coursive, Brigitte Zieger nous entraîne dans une esthétique poétique, mais non moins polémique, avec ses séries Flower of Power et Women are different from men, qui toutes deux convoquent la guerre et la place de la femme dans le monde contemporain ». Sur la verrière, Nicolas Lachambre, artiste de Bourges invité en résidence à Dreux, a travaillé sur deux oeuvres pour poursuivre la réflexion de l’exposition. L’oeuvre incandescente N’y voir que du feu est visible la nuit depuis l’extérieur ; Leadership pour sa part est visible depuis l’étage et dépeint un ensemble de figures animales sauvages et humaines qui une fois associées à des TGV, des pyramides ou encore un arc de triomphe proposent la formule « des solutions simples… des problèmes compliqués ». Un résumé proposé dans une esthétique tout droit issue de la « culture pop urbaine underground ». Proche de cette même esthétique, Andreï Molodkin, artiste russe, propose son regard – au stylo bille bleu, blanc, rouge – sur des scènes de manifestations à Paris. En les regardant, l’actualité des gilets jaunes revient très vite en mémoire alors que cette série date de 2010.

L’humanité du XXIe siècle

Dans l’aile gauche, les oeuvres Jannah et Divine Comédie de Mehdi-Georges Lahlou travaillent sur les questions de stéréotypes, de symboles, d’identités, mettant à mal nos attitudes manichéennes. On peut voir également l’oeuvre monumentale Africonda – mot valise constitué d’Afrique et d’Anaconda – de Pascale Marthine Tayou, « qui s’érige en totem chamanique et nous attire par ses couleurs chatoyantes et son toucher réconfortant ». Plus loin, deux pièces du travail de Mounir Fatmi, Connections et Save Manhattan 01. L’une et l’autre se répondent et torturent l’étymologie du mot religion. « Relegere en latin signifie autant ‘‘relire’ que ‘’relier’’. Trois mots qui associés nous donnent la tentation de relire l’actualité ». Au dénouement de cette exposition, une lumière bleutée dirige le visiteur vers les deux oeuvres Souvenirs et Épuration élective de Fayçal Baghriche. « L’une par un effet de vitesse et l’autre par des effets de recouvrement, font disparaitre les frontières entre les pays et nous plongent dans une image poétique de la mondialisation où chacun devient un élément constituant du cosmos, sans distinction d’identité, de statut ou même de religion ». De quoi renouveler notre place dans cette humanité du XXIe siècle.

 

 

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