Lurcy-Lévis est désormais un haut-lieu du Street Art grâce à Sylvie et Gilles Iniesta, un couple de passionnés qui s’investit sans compter dans ce projet « unique au monde ».

Par Gabrielle Gauthier

 

sublime l’Art Urbain

En moins de trois ans, la petite commune de LurcyLévis dans l’Allier est devenue la capitale de l’Art Urbain. Aux origines de ce fanstatique exploit, un couple a découvert en autodidacte les différents styles, du tag au graffiti, du lettrage au pochoir, du collage à l’installation… avant de se laisser subjuguer par cette forme d’expression. En ouvrant les anciens locaux du centre de formation des PTT, ils ont permis aux artistes de s’exprimer librement. Accueillis en résidence, les talents d’aujourd’hui et de demain s’installent dans une bulle de confort pour créer en toute liberté. Nourris et logés, ils ont à disposition l’ensemble du matériel dont ils ont besoin : bombes , peintures, nacelles élévatrices…

Un lieu unique au monde

Depuis son ouverture, plus de 300 artistes de 60 nationalités différentes ont ainsi laissé leur empreinte
à Street Art City, avec des réalisations murales d’une rare qualité, tant dans l’équilibre que la diversité des œuvres, la qualité graphique que l’esthétisme des compositions. Si, dans les espaces extérieurs, les 93 fresques murales en perpétuelle évolution et mutation sont un émerveillement, on ne peut manquer les cinq espaces-exposition intérieurs réservés chaque année à des solo show exceptionnels pour une véritable mise en avant des artistes invités. À ne pas manquer également l’espace Artshop Gallery, les ateliers d’Artistes, sans oublier l’extraordinaire expérience qu’offre la visite de l’Hôtel 128. Réalisées par 128 artistes venant des 5 continents, 128 œuvres-cellules prennent place à l’intérieur d’un bâtiment de 4 étages pour une visite en immersion totale au cœur de la création artistique ! À disposition également, un bar-salon de thé et la Table de Street Art City, restaurant immergé au cœur des œuvres pour une expérience gastronomique sensationnelle. Et à l’occasion de la réouverture de Street Art City le 28 mars prochain, nous avons rencontré Gilles Iniesta…

Comment est né ce projet grandiose ?

Dès que nous avons acquis le site en 2003 auprès de France Télécom, Sylvie et moi avons réfléchi à une « destination » pour cet ensemble de 7.000 m2 de bâtiments sur 10 hectares de terrain, abandonné depuis 1992. C’est le 22 janvier 2015 à 17h05 exactement que Sylvie, en se promenant sur le site avec notre petit chien Bijou, devenu depuis la mascotte de Street Art City, a eu « la révélation » en voyant les bâtiments en couleurs. « C’est ce qu’il faut faire. Je ne sais comment s’appelle ce que l’on voit sur les murs des villes, tag, graffiti… mais je veux ça ici », m’a-t-elle dit. Après avoir tapé « graffiti » dans google, nous avons passé plusieurs jours sur Internet et découvert un monde que
nous ne connaissions pas mais qui nous a bouleversés, subjugués, une forme d’expression qui nous a interpelés et, finalement, un mouvement artistique dans lequel nous avons plongé. En poussant plus loin nos recherches, nous avons constaté qu’il n’existait aucune résidence dédiée aux street artistes… nulle part dans le monde. C’est la voie qu’on a décidé de prendre ! En mai 2015, nous avons simplement contacté un artiste par Internet qui a réalisé un premier mur. Nous avions besoin de comprendre comment travaillent les artistes.

A-t-il été simple de convaincre les premiers artistes ?

Sans aucune difficulté, le premier qui est aussi le seul que nous avons contacté, est venu sur le site avec cinq amis artistes… Et comme tous communiquent énormément sur les réseaux sociaux, le « buzz » a pris immédiatement. Très vite, nous avons reçu des candidatures d’un peu partout en Europe puis, aujourd’hui du monde entier…

Pourquoi avoir fait de cet espace de création également un lieu d’échanges avec le public ?

En 2016, pour la première saison de résidence, nous n’étions pas ouvert, n’ayant pas la conscience de l’intérêt que cela allait présenter précisément pour le public. Mais devant l’hyper sollicitation, tant par email, téléphone, que directement au portail, c’est un an plus tard, le 28 avril 2017, que Street Art City est officiellement lancé, devant l’insistance de quelques élus, notamment le Comité Départemental de Tourisme de l’Allier. Dès l’ouverture, le public a afflué. Aujourd’hui, après une troisième saison très intense, un constat s’impose : nous accueillons de plus en plus de visiteurs aguerris, connaisseurs, collectionneurs, qui viennent à Street Art City en sachant parfaitement qu’ils peuvent acquérir des œuvres d’Artistes émergents, donc à des prix encore raisonnables, mais avec, pour certains, une promesse de plus-value importante.

Aujourd’hui, vous recevez énormément de candidatures. Comment effectuezvous votre sélection ?

Avec actuellement plus de 900 candidatures en liste d’attente, en provenance du monde entier, la sélection est effectivement sensible. Nous sélectionnons les dossiers « à l’aveugle ». Nous travaillons en effet uniquement sur les visuels que nous envoient les artistes, en nous laissant guider par nos sensibilités. Ne venant pas du « sérail », nous ne sommes pas pollués et restons ainsi ouverts à tous les styles, techniques, approches… La qualité artistique, l’équilibre des compositions, la permanence de l’excellence restent les critères de base de notre sélection.Notre ambition est de montrer au public l’éventail le plus large possible des styles et des techniques. Tag, graffiti, lettrages, muralisme, pochoir, réalisme, photo réalisme, affiche, collage, installation… ont leur place à Street Art City. Et puisque nous vendons énormément d’œuvres, le critère « toiles » joue également un grand rôle dans les sélections.

Les artistes sélectionnés sont-ils totalement libres de leur création ?

Nous ne demandons jamais à l’avance aux artistes de nous proposer un projet ; ils sont donc entièrement libres de leur création. Parfois, ils échangent avec Sylvie, qui assure la direction artistique, mais nous n’intervenons jamais dans les projets. D’ailleurs, lorsque nous sommes sollicités par des villes, institutions, entreprises et même des particuliers pour faire réaliser des fresques par un artiste labellisé Street Art City, nous sommes très attentifs à ce que l’artiste reste libre de sa création. Parfois, un sujet peut lui être suggéré mais nous souhaitons que le maximum de liberté leur soit laissée.
Que ressentez-vous lorsque l’on qualifie Street Art City de « Villa Médicis des Arts Urbains » ?

C’est évidemment une grande fierté, d’autant que le qualificatif a été repris par plusieurs médias. C’est également important pour l’épanouissement et la mise en lumière des artistes que nous accueillons et accompagnons.

Quelles sont les nouveautés que l’on pourra découvrir le 28 mars prochain ?

Nous ouvrirons la saison avec un solo show de Ted Nomad, pochoiriste de grand talent, découvert à Street Art City à l’automne 2016, qui présentera son travail sur un support inédit et particulièrement intéressant. Une belle surprise attend les visiteurs et il ne faut pas rater cette exposition qui durera sur la saison. Parallèlement, un espace sera consacré aux trois artistes révélations des trois saisons de l’Hôtel 128 : Kelkin en 2017, Bast en 2018 et Vincent Loisy en 2019. En outre, cerise sur le gâteau, Zeso présentera un solo show d’une exceptionnelle qualité à partir du 6 juin à 14h30. Zeso est le premier artiste que nous avons découvert à Street Art City en 2016, à son retour des USA où il a vécu 10 ans. Après [DEPORTED] en 2017, puis [+81], une exposition inspirée du Japon en 2019, Zeso va encore enchanter le public. Enfin, la saison 2020 va voir recouvrir quelques-unes des fresques de 2016 par de nouveaux artistes particulièrement talentueux, notamment Snake qui recouvrira son propre mur de 2016. Le challenge est intéressant à relever pour un artiste de sa trempe !