Maintenant, on peut rouvrir les yeux !

En quelques dizaines d’années seulement, les artistes urbains ont non seulement profondément modifié notre vision de la ville, mais aussi notre rapport à l’art. Les semaines de confinement que nous venons de vivre nous ont permis d’en prendre pleinement conscience. En s’emparant de l’espace public, ces artistes ont transformé les murs, les trottoirs, le mobilier, les toits… en une exposition permanente et parfois éphémère (l’un des nombreux paradoxes de cette forme d’expression), offrant un accès aux œuvres à un large public, parfois intimidé par un art confisqué par les « sachants », souvent auto-proclamés.

Aujourd’hui, certains artistes urbains sont reconnus par les institutions et par le marché, à l’image de C215, OneMizer, Invader ou encore Jordane Saget. Tous cependant, même la plus jeune génération comme Ensemble Réel ou Agrume, aspirent – à juste titre – à être des artistes à part entière, à explorer des styles, des techniques, des champs d’expression en dehors des canons historiques de la rue, à convaincre galeristes et collectionneurs, à entrer dans les musées… Mais il ne s’agit en aucune façon, n’en déplaise à certains puristes intégristes – tout aussi auto-proclamés que les experts de l’art contemporain –, d’une trahison de l’esprit originel du Street Art et du graffiti. Car tous gardent ce rapport direct avec le public, ce désir de partager une émotion avec les spectateurs, d’être impliqués dans la vie de la cité… Et nombreux sont ceux qui l’ont prouvé dans la situation de crise, en rendant hommage aux personnes en première ligne et en participant à des opérations caritatives. Qu’ils en soient remerciés.

Frédéric BENOIT
Directeur de la Rédaction
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