927 COLORZ, l’Art Urbain de retour à Colombes

Soutenu par la mairie, accessible et ancré dans l’histoire locale du hip-hop, 927 COLORZ réaffirme le pouvoir de l’engagement culturel au cœur de la cité en célébrant l’Art Urbain dans toute sa diversité.

Le temps d’un week-end, Colombes devient le théâtre d’une effervescence artistique avec le salon 927 COLORZ. À l’origine de cette initiative, deux passionnés : Christian Recinos, acteur engagé dans la promotion des cultures urbaines (hip-hop, graff, BMX…) depuis plusieurs décennies, et l’artiste AirOne. Leur ambition ? Offrir une vitrine à une cinquantaine d’artistes – graffeurs, plasticiens… – et révéler au grand public la richesse d’un univers foisonnant. Pensé comme un espace de dialogue et de découverte, ce salon se veut un pont entre générations, talents émergents et références internationales, dans une démarche résolument accessible. De quoi ancrer de nouveau l’Art Urbain dans le paysage institutionnel local.

Comment est né le projet 927 COLORZ ?
Christian Recinos : L’idée germait en moi depuis longtemps, mais elle restait difficile à mettre en œuvre seul. D’autant que j’ai deux casquettes : celle de fondateur de l’association 9.2 Styles, née en 1999 ; celle de chargé de mission à la mairie de Colombes depuis 2020, en charge du développement du pôle Expressions Urbaines. L’arrivée d’AirOne a été le déclic. Il faut parfois attendre la bonne personne pour concrétiser un projet…

Pourquoi le nom « 927 COLORZ » ?
AirOne : Ce nom fait référence au code postal de Colombes, 92700. C’est aussi un clin d’œil à la richesse et la diversité des couleurs du graffiti.

Quelle est la particularité de ce salon ?
AirOne : L’objectif est de mettre en avant le travail d’artistes, pour beaucoup issus du graffiti – même si la plupart ont vu leur pratique évoluer –, et de démocratiser l’accès à cette culture urbaine. Colombes est un lieu chargé d’histoire puisqu’elle a accueilli un des premiers concours de graffs de la région parisienne dans les années 1980 et c’est également un des berceaux du hip-hop ! Il y a une dimension affective…

Comment s’est déroulée la sélection des artistes ?
Christian Recinos : AirOne et moi avons d’abord sollicité les artistes que nous connaissons. D’autres nous ont envoyé leur candidature.
AirOne : Certains artistes nous étaient inconnus, mais leur travail nous a plu. Le salon rassemble ainsi une cinquantaine d’artistes internationaux, français et émergents. Il est important pour nous de créer un dialogue entre les générations d’artistes. Les émergents profitent ainsi d’une visibilité qu’ils n’auraient pas autrement.

Des noms à retenir ?
Christian Recinos : ELSEED, le parrain du salon, un ami de longue date, qui a accepté immédiatement, ce qui est exceptionnel vu sa rareté dans ce type d’événement.
AirOne : On peut également citer Cantwo, OneMizer, Darco, Sino, Seyb, Veneno, Ioye, Wire, Medra, Comer, Junky, Disek, Fluo Sobre, Chek, Desin, Mehdi MLC…

Imposez-vous des contraintes aux artistes exposants ?
AirOne : Aucune. Chaque artiste loue un espace à un prix très accessible. Ils sont libres de présenter ce qu’ils veulent, en deux ou trois dimensions. C’est une curation très ouverte.

Y aura-t-il des performances lives ?
Christian Recinos : À l’extérieur, un concours de graff sera organisé sur la place de la Mairie,dans le cadre d’Octobre Rose. Deux groupes encadrés par deux artistes s’affronteront sur des fresques de 6 mètres. Le jury sera composé d’artistes exposants.

Le salon bénéficie pleinement du soutien de la mairie…
Christian Recinos : Clairement. C’est un vrai engagement institutionnel puisque Patrick Chaimovitch, maire de Colombes, a accepté d’emblée, mettant à notre disposition la salle du Tapis Rouge et les équipes de la Ville pour un soutien logistique conséquent.

L’entrée au salon sera-t-elle gratuite ?
Christian Recinos : Absolument. L’événement est ouvert à tous le samedi 27 et le dimanche 28 septembre. Le vendredi, des créneaux sont réservés aux scolaires pour des rencontres et un dialogue entre jeunes et artistes. Des œuvres réalisées en milieu scolaire seront également exposées pendant le week-end.

Patrick Chaimovitch
Maire de Colombes & Vice-président de la métropole du Grand Paris


Quelle place occupe l’Art Urbain à Colombes aujourd’hui ?
Disons-le franchement, nous partions de loin. Lorsque nous avons pris nos fonctions en 2020, l’Art Urbain n’était pas un sujet central. Personnellement, ce n’était pas dans mes repères culturels. Mais peu avant les élections, j’ai eu la chance de croiser la route de Christian Recinos qui a su m’ouvrir à ce mouvement.

Qu’est-ce qui vous a interpellé dans cette forme d’expression artistique ?
Sa liberté, sa spontanéité, la manière dont il fait émerger des talents souvent ignorés. Notre service culturel est encore très structuré, très vertical. Il a donc fallu penser en dehors des cadres pour ces pratiques qui s’imposent de plus en plus dans le paysage urbain. Offrir aux artistes la possibilité de peindre dans la ville est aussi une manière de la faire découvrir autrement, au-delà des lieux patrimoniaux traditionnels. L’objectif ? Révéler des espaces, des pratiques d’expression différentes…

On vous sent sensible au lien social que l’art peut créer…
Tout à fait. L’Art Urbain permet ces croisements. Des artistes oeuvrent avec les habitants, proposent des ateliers… Je suis impressionné par ce que cela permet de révéler, notamment dans les écoles, où certaines fresques ont un véritable impact sur les plus jeunes. Elles éveillent leur curiosité, leur sensibilité artistique.

Souhaitez-vous prolonger cette dynamique ?
Absolument. Je suis attaché à l’innovation, à la transformation, à la découverte. Même si je ne suis pas sensible à toutes les œuvres, j’apprécie cette énergie créative et ce que cela provoque : de la curiosité, de la réflexion, du mouvement. C’est un enrichissement pour la ville. L’essentiel, c’est d’ouvrir des chemins, de laisser une place à ce que l’on ne connaît pas encore.

Vous soutenez le salon 927 COLORZ. Comment ce partenariat est-il né ?
Lorsque Christian m’a proposé l’organisation d’un salon d’Art Urbain, j’ai accepté sans hésiter. Je respecte profondément son engagement et sa vision. Nous proposons déjà des expositions de peintures, de photographies… mais il était important de présenter d’autres formes artistiques. Pour ma part, j’aime être surpris, découvrir…

Pensez-vous que les Colombiens seront réceptifs à ce type de manifestation ?
Certains le seront, d’autres moins. Ce salon est aussi l’occasion pour les visiteurs d’échanger directement avec les artistes, de mieux comprendre leur démarche. C’est par la rencontre que naît l’intérêt.

La Ville met à disposition la salle du Tapis Rouge. Un geste symbolique ?
Et concret ! Cette salle est idéalement située, en plein cœur de Colombes, facilement accessible. Elle favorise la venue d’un large public. Nous relayerons l’événement dans notre journal municipal et via les réseaux sociaux. Ce soutien est une manière de rendre la culture accessible à tous.

Cantwo, l’énergie originelle du graffiti


Que vous inspire ce statut d’icône du graffiti ?

Honnêtement, j’en suis honoré. Je n’ai jamais cessé de peindre depuis 1983. J’ai beaucoup voyagé et laissé mon empreinte partout dans le monde, avant même l’apparition des téléphones portables et d’Internet. Et je suis toujours actif aujourd’hui. Je crois que cette constance, associée à la qualité de mon travail, m’a valu d’être qualifié d’icône.

Votre style est-il transformé au fil des années ?
Mon style n’a jamais cessé d’évoluer. Au début, je trouvais l’inspiration auprès de chaque nouveau writer que je rencontrais, et la compétition était alors bien plus rude. Peindre des trains a également eu une grande influence. Ce fut une expérience déterminante : le temps était compté, il fallait peindre dans le noir avec le risque de me faire prendre, ce qui ajoutait une bonne dose d’adrénaline. Toutes ces situations ont façonné mon style au fil des années.

Le passage du mur à la toile a-t-il représenté un défi ?
Je peins sur toile depuis la fin des années 1980, mais je ne prenais pas cela au sérieux. Je préférais voyager, rencontrer de nouveaux writers, peindre des murs à travers le monde et m’amuser. Ces vingt dernières années, les galeries et les collectionneurs se sont intéressés à mon travail. Je me suis donc concentré davantage sur la toile. Le plus grand défi ? Le format. Mais j’aime les défis et j’ai beaucoup expérimenté pour adapter mon style et mes idées à une échelle plus réduite. Aujourd’hui, j’adore être en atelier, travailler sur de nouvelles idées et transposer ma vision sur toile. Mes racines artistiques étant liées aux graffitis new-yorkais du début des années 1980, j’essaie de transmettre dans chaque tableau la même énergie que celle que j’ai ressentie lorsque j’ai découvert ce mouvement révolutionnaire.

Qu’est-ce qui vous a motivé à participer au Salon 927 Colorz à Colombes ?
Je suis toujours ravi de participer à des événements et de présenter mon art au public. J’espère rencontrer des personnes sincèrement intéressées par mon travail et désireuses d’en apprendre davantage sur moi en tant qu’artiste.

Que prévoyez-vous de présenter ?
Ayant un large éventail de styles – personnages, lettrage, pièces abstraites –, je présenterai une sélection variée d’œuvres et de supports. Dernièrement, je travaille sur des surfaces inhabituelles, comme la pierre naturelle. Après tout, le graffiti n’est-il pas le plus souvent peint sur du béton, de la brique, du métal ? Je m’intéresse ainsi à l’évolution du graffiti, à ses origines, depuis les peintures rupestres jusqu’au Street Art d’aujourd’hui. J’explore d’ailleurs une question : qu’auraient peint les hommes de l’âge de pierre s’ils avaient eu des couleurs, des bombes aérosols et un sens des lettres et de l’écriture ?

À voir
Salon 927 COLORZ

Les 27 et 28 septembre 2025
Le Tapis Rouge
9 rue de la Liberté 92700 Colombes

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