Antonin Katre : de l’Urbex au Post-Graffiti

Une première monographie dense et exigeante qui retrace l’évolution artistique d’Antonin Katre, entre friches industrielles et abstraction contemporaine.

Antonin Katre est de ces artistes qui refusent les étiquettes. Avec la publication de sa première monographie, il signe un manifeste personnel et esthétique, un regard porté sur des décennies d’exploration artistique et de mues silencieuses. Issu de la scène graffiti des années 1990, Katre a, depuis, déplacé les frontières de son langage plastique. Peintre, sculpteur de lumière, traceur d’espaces…, cet artiste plasticien pose les jalons d’une œuvre multiple à la croisée de la photographie, de l’architecture et de l’abstraction.

Pourquoi publier une monographie aujourd’hui ?
Par nécessité personnelle. J’avais besoin de poser les jalons de mon parcours, d’expliquer que mon travail s’inscrit dans une dynamique plastique complexe… et de créer des liens avec le monde de l’art contemporain. Au-delà de marquer des étapes, cette monographie m’a permis de prendre du recul pour mieux avancer en tant qu’artiste plasticien ancré dans son temps, mais en dialogue avec l’histoire. Cette monographie est aussi une première pour Les Éditions El Viso. Publier un artiste issu de la scène graffiti est donc un choix audacieux mais assumé qui apporte une dynamique intéressante au projet.

Comment s’est imposé le titre De l’Urbex au Post-Graffiti ?
J’ai souhaité que le titre raconte une trajectoire. Urbex évoque ainsi ces lieux abandonnés où j’ai commencé à peindre, mais je tenais à marquer l’évolution de mon travail plastique. Post-graffiti, un terme ouvert qui interroge, s’est imposé.

Que révèle la couverture de l’esprit du livre ?
Nous avons choisi une installation lumineuse réalisée en 2020 pour l’exposition Mister Freeze, à Montauban. Plus qu’une image, nous souhaitions que la couverture attire l’œil. Et cette composition, entre la photo imprimée sur un papier orange fluo et mes néons qui sortent du centre de l’image et illuminent à la fois le papier et l’espace, traduit visuellement cette hybridation entre matière, espace et lumière.

Cette monographie est plutôt ambitieuse avec ses 264 pages…
264 pages et deux papiers différents, comme une respiration entre les parties : d’un côté, la préface d’Ami Barak et l’entretien avec Christophe Genin ; de l’autre, les trois chapitres sur mon travail de 2010 à 2025 – zooms photographiques des matières brutes des friches ; profondeur architecturale avec point central et points de fuite ; histoire et la temporalité des lieux –, comme une promenade à travers mon univers qui couvre expositions, installations et fresques murales, avec quelques photographies d’urbex et de tracés directs dans des lieux abandonnés.

Pourquoi avoir sollicité Ami Barak et Christophe Genin ?
Pour leur regard sur mon travail hybride. Ami Barak, curateur, critique d’art et directeur artistique [notamment du Salon de Montrouge pendant 7 ans, NDLR], est un acteur majeur de l’art contemporain et n’a jamais travaillé avec un artiste issu de la scène urbaine. Christophe Genin, professeur de philosophie de l’art et de la culture à la Sorbonne, m’a accompagné, grâce à notre entretien, dans une réflexion profonde sur mon lien avec le graffiti et le street art, mon parcours universitaire en arts plastiques à la Sorbonne et ma pratique actuelle. Chacun offre une lecture à la fois critique et sensible.

Tu as également écrit des textes…
Oui, en adoptant une écriture à la troisième personne pour conserver une certaine neutralité. Un exercice difficile mais essentiel pour dépasser le simple témoignage et proposer une véritable analyse de mon travail.

En quoi la collaboration avec ton graphiste a-t-elle été déterminante ?
Plus qu’un simple exécutant, il a été un partenaire créatif. Il a su respecter mon univers tout en me poussant dans mes retranchements graphiques. Nous avons imaginé la maquette comme un prolongement de mes installations : équilibre des pleins et des vides, jeux de matières, variations de rythmes. Un échange riche qui a construit le livre.

Tu proposes également un coffret collector…
Oui, 40 coffrets, à mi-chemin entre l’objet d’art et l’écrin, prolongement de mon travail de matière et de mémoire, fabriqués à partir de véritables plans industriels anciens sur plexiglas. J’ai réalisé deux séries : l’une inspirée de l’usine Babcock à La Courneuve, l’autre d’une usine des Vosges. Chaque coffret est unique, car chaque plan utilisé est différent avec une œuvre en édition très limitée ou unique peinte spécialement pour 10 d’entre eux.

Tu vas multiplier les signatures-expositions. Quel est ton objectif ?
Aller à la rencontre d’un public qui ne me connaît pas encore, présenter mon univers en accrochant quelques œuvres lors de la signature quand le lieu le permet, expliquer ma démarche, dialoguer avec des collectionneurs, des institutions, des curieux…

Cette monographie t’ouvre-t-elle de nouvelles perspectives ?
Elle m’incite à continuer d’explorer les liens entre architecture, lumière et mémoire des lieux, mais aussi à préparer une grande exposition consacrée aux photographies de mes installations.

À voir
De l’Urbex au Post-Graffiti
Éditions El Viso

Antonin Katre : katre.fr
Instagram : @katre_art

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