Artistes et policiers s’engagent pour les sans-abri

Le point commun entre policiers de terrain, street artistes et sans-abri ? La rue ! De cette évidence est né PolArt, un projet inédit mêlant Art Urbain et engagement solidaire. À travers une vente aux enchères d’œuvres réalisées sur du matériel de police, l’initiative vise à financer des actions concrètes en faveur des sans-abri.

Associer police et Street Art ? L’idée peut surprendre, déranger voire provoquer. Et pourtant, c’est le défi relevé par PolArt, une initiative humanitaire lancée par Quentin Gourdin, policier de terrain. Le concept ? Transformer le matériel de police emblématique des forces de l’ordre – boucliers, capots de voitures, casques… – en œuvres d’art. Plus d’une trentaine d’artistes, curatés par Dominique Barlaud, ont accepté de les customiser, avant qu’elles ne soient mises aux enchères pour financer des maraudes en faveur des sans-abri. Car au-delà des tensions parfois existantes entre policiers et street artistes, un élément les unit : la rue. Les premiers y travaillent, les seconds y créent, mais tous croisent la même réalité : la détresse des sans-abri. Avec PolArt, les préjugés s’effacent au profit d’une cause urgente et essentielle.

Comment est né le projet PolArt ?
Quentin Gourdin :
Policier de terrain depuis 25 ans, je travaille dans la rue au contact du public et j’ai tout vu, y compris ce qu’il ne faut pas voir. Face à cette réalité, depuis plus de 10 ans, j’ai choisi de m’engager, en parallèle de mon métier, dans des actions sociales et caritatives à travers Fraternité Police. L’association œuvre pour améliorer l’image des policiers en menant des initiatives solidaires : aide aux orphelinats, aux hôpitaux et bien plus encore. Mais ce qui me touche le plus, ce qui me meurtrit, c’est la détresse des sans-abri. En 2025, voir encore autant de personnes dormir sous un pont est injuste et inacceptable. La semaine dernière encore, à la porte d’Aubervilliers, j’ai échangé avec ceux qui dorment sous le pont qui mène au Millénaire. Leurs histoires brisent le cœur. Personne ne devrait vivre dans ces conditions, dans un état de nécessité absolue ! C’est pour leur venir en aide que PolArt est né, et il y a urgence ! Seulement il est plus facile de mobiliser le public pour offrir des jouets aux enfants malades que de convaincre des bénévoles d’aller sous un pont distribuer des boissons chaudes et des vêtements propres et du réconfort. Cette détresse, insupportable, renvoie à nos propres peurs.

Pourquoi une vente aux enchères d’Art Urbain ?
Quentin Gourdin :
En discutant avec Dominique, l’idée s’est imposée : et si les street artistes, qui ont bâti leur notoriété grâce à la rue, faisaient un geste pour ceux qui y vivent encore ? La connexion était évidente : sans-abri, street artistes et policiers de terrain, ce qui nous lie, c’est la rue ! Ni les artistes, qui puisent leur inspiration et leur succès dans l’espace public, ni nous, policiers qui y travaillons chaque jour, ne pouvons oublier ceux qui y survivent.
Dominique Barlaud : Nous avons ainsi demandé à plus d’une trentaine d’artistes de réaliser une pièce.

Êtes-vous conscient du côté provocateur d’associer graffeurs, street artistes et policiers ?
Quentin Gourdin :
Bien sûr, et c’est justement ce qui rend le projet passionnant. Si nous, policiers de terrain, voyons chaque jour la détresse des sans-abri, les street artistes la voit également ! Et alors même que l’enjeu est de rassembler autour d’une cause qui nous touche tous, l’intérêt était de découvrir quels artistes dépasseraient les préjugés pour travailler avec une institution qu’ils n’auraient jamais imaginé côtoyer. C’est d’ailleurs une double provocation : des policiers qui font appel à des graffeurs et des street artistes, et des artistes qui acceptent de collaborer avec la police, au risque d’être jugés. Ceux qui ont compris que leur œuvre, grâce à la vente aux enchères, se transformera en aide concrète pour les sans-abri font preuve d’une véritable noblesse d’âme. J’espère d’ailleurs tous les rencontrer pour les remercier face à face. C’est important pour moi.

Comment avez-vous choisi les artistes ?
Dominique Barlaud :
Quentin m’ayant laissé carte blanche, je me suis appuyé sur le projet Monnaie For Nothing pour sélectionner les artistes. Paradoxalement, j’ai d’abord contacté des vandales au discours affirmé afin de prendre la température : pouvaient-ils dépasser leurs a priori ? À ma grande surprise, beaucoup ont immédiatement adhéré au projet. Certains m’ont même confié que jouer au chat et à la souris avec la police faisait partie du jeu, mais que la police avait un rôle. Aucun n’a fait preuve d’hostilité et presque tous ont accepté. Ceux qui ont décliné l’ont fait pour des raisons de timing ou d’indisponibilité. Une preuve que, face à un projet humaniste comme PolArt, les barrières tombent.

Les artistes avaient-ils des contraintes ?
Dominique Barlaud :
Rien ne leur a été imposé, ni par Quentin ni par moi ! Seule la finalité du projet et les supports utilisés leur ont été présentés.

Sur quels supports les artistes ont-ils travaillé ?
Quentin Gourdin :
Nous avons mis à leur disposition des accessoires de police, en phase avec le quotidien des policiers dans la rue – boucliers de maintien de l’ordre, capots de voitures de police, gilets et casques de CRS, matériel de protection… – mais aussi des symboles de la République, notamment une Marianne en marbre, plusieurs Marianne en résine ou encore une plaque de rue. Entre les mains de ces artistes, ces objets austères et disgracieux seront sublimés. Et nous les avons laissés libres de choisir leur support selon leur inspiration. Les orienter excessivement aurait bridé leur créativité et fait perdre au projet son essence.
Dominique Barlaud : Chacun a choisi le support qui lui permettait de s’exprimer pleinement. JonOne a choisi un bouclier, In Love un capot de voiture… D’autres ont opté pour des supports adaptés à leur technique. C215, par exemple, a sélectionné la plaque de rue Quai des Orfèvres, idéale pour son travail au pochoir, qui exige une surface plane.

D’où proviennent ces supports ?
Quentin Gourdin :
Ce sont des dons, celui du fournisseur officiel des boucliers de maintien de l’ordre par exemple, qui nous a offert 10 pièces.

Quand et où aura lieu la vente aux enchères ?
Dominique Barlaud :
Les œuvres seront exposées au public quelques jours avant la vente, qui se tiendra le 12 mai au Pavillon Royal, dans le XVIe arrondissement de Paris. La soirée débutera par un dîner de gala sur invitation, mais les enchères en ligne seront ouvertes à tous. L’objectif est de rendre l’événement accessible, avec de petites pièces aux prix abordables et des œuvres majeures, à l’image d’un bouclier de 106 x 66 cm.

À quoi va servir les fonds récoltés ?
Quentin Gourdin :
À poser les bases d’une aide concrète aux sans-abri, notamment à travers les Maraudes Bleues. Pour cela, le financement est l’un des défis majeurs. En effet, si nous pouvons collecter des denrées alimentaires ou des vêtements par les dons, d’autres besoins restent à couvrir : achats d’un véhicule, de kits d’hygiène, de duvets, de couvertures de survie, de tentes, de matelas, boissons chaudes… Il est également nécessaire d’équiper les bénévoles qui, par obligation légale, doivent être clairement identifiés comme maraudeurs. Et comme marauder ne s’improvise pas, l’idée est de travailler en binôme avec la BAPSA – Brigade d’assistance aux personnes sans-abri – pour apprendre à intervenir efficacement sur le terrain. C’est un énorme travail, mais, au-delà de la vente aux enchères et bien qu’il soit difficile pour cette cause de trouver tant des ressources humaines, matérielles que financières, on compte sur les 350 policiers et bénévoles de l’association qui sont tous motivés et sur tous les mécènes que nous pourrons convaincre !

Comment cette vente caritative est-elle perçue par vos collègues policiers ?
Quentin Gourdin :
Sur les quelques personnes qui sont déjà dans la confidence, aucune hostilité mais beaucoup de curiosité ! L’initiative intrigue, et je suis convaincu que certaines œuvres pourraient trouver preneur parmi les policiers.

Quentin, êtes-vous amateur d’Art Urbain ?
Quentin Gourdin :
Je serais incapable de citer le nom des artistes, mais leurs œuvres, je les ai vues, et souvent admirées, fasciné par leur qualité au-delà des messages ou revendications qu’elles portent. Quand on vit la rue au quotidien depuis 25 ans, notre regard n’est jamais complètement étranger à l’Art Urbain. Même sans expertise, il intrigue, capte l’attention, il provoque une émotion. Et c’est bien ça, l’essentiel.

À voir
Vente caritative PolArt
Vente aux enchère en ligne le 12 mai 2025
Fraternité police : fraternitepolice.fr
Instagram : @fraternite_police

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