Colors Festival by Farid Rueda

Dans une explosion de couleurs et de motifs inspirés des traditions d’Amérique latine, le Colors Festival 2025 passe en mode latino sous la houlette de l’artiste mexicain Farid Rueda. TEST

Dans l’ancien cabinet de radiologie sur trois étages, mis à disposition par Sully Immobilier, l’édition 2025 du Colors Festival, placée sous le signe de l’Amérique latine, fait souffler un vent de créativité et de diversité. Les murs de cet espace de 300 m², devenus toiles géantes, accueillent ainsi les œuvres spectaculaires d’artistes de renom : Cranio (Brésil), Guache (Colombie), Tremos (Pérou), Creto (Colombie), Camila Siren (Brésil)… mais aussi Koz Dos, Combo, Remi Cierco, Smoka… Les fresques, imprégnées des traditions et mythologies sud-américaines, plongent le visiteur dans un tourbillon de couleurs et de symboles puissants. Entre figures chamaniques, faune éclatante et motifs ancestraux, l’exposition invite à un voyage sensoriel unique, où chaque mur raconte une histoire. Une exposition immersive et foisonnante curatée et imaginée par l’artiste mexicain Farid Rueda.

Pourquoi avoir accepté la direction artistique du Colors Festival de Champigny-sur-Marne ?
Pour la formidable opportunité de rassembler diverses voix artistiques et de créer un espace où l’Art Urbain pourrait s’épanouir. La vision du festival correspond tout à fait à la mienne : mettre en avant l’expression artistique, l’échange culturel et le pouvoir du Street Art pour transformer l’espace public. En outre, l’accent mis sur l’Amérique du Sud a rendu ce projet encore plus significatif à mes yeux, offrant une plateforme capable de mettre en valeur la richesse et la profondeur du Street Art dans cette région du monde, ce qui me semble essentiel aujourd’hui et permet aux visiteurs une vision plus complète. J’ai considéré cette direction artistique comme un défi personnel, un défi que je me sentais capable de relever grâce à mon parcours et aux expériences acquises en dix ans de voyages entre l’Europe et l’Amérique du Sud.

Quel a été votre rôle ?
En tant que directeur artistique, j’ai assuré la programmation artistique en veillant à une sélection dynamique et représentative, mais aussi imaginé et organisé la conception thématique et visuelle du festival et garanti l’accompagnement des artistes participants afin que le résultat final trouve un écho auprès du public.

Comment avez-vous choisi les artistes participants ?
Le processus de sélection a été guidé par l’originalité, la technique et la capacité à contribuer à l’histoire du festival. La plupart des artistes participants viennent de Colombie, du Pérou, du Brésil et du Mexique, apportant avec eux l’énergie, le symbolisme et l’engagement social qui caractérisent l’Art Urbain sud-américain. Parallèlement, nous avons également invité des artistes européens qui ont des liens personnels ou professionnels avec l’Amérique latine, que ce soit par le biais de voyages, de relations familiales ou d’expériences culturelles. Une partie essentielle de cette sélection a été rendue possible grâce aux opportunités qu’offre mon travail artistique qui me permet de voyager et de découvrir de nombreux artistes talentueux, mais aussi des personnes remarquables, pour un dialogue plus riche fondé sur la confiance.

Leur avez-vous imposé certaines contraintes ?
Plutôt que d’imposer des contraintes strictes aux artistes, je les ai encouragés à explorer leur créativité au sein de l’espace du festival. Le thème central étant l’Amérique du Sud – sa culture, ses récits urbains et le puissant langage visuel qui émerge de ses rues –, j’ai cependant insisté sur l’importance de la cohésion de l’exposition afin que les œuvres se complètent tout en préservant leur intégrité artistique.

En tant qu’artiste, qu’avez-vous choisi de réaliser ?
En tant qu’artiste, j’ai créé une pièce qui reflète mon langage visuel et mes racines culturelles. Mon travail explore souvent des thèmes comme l’identité, la mythologie et la dynamique sociale. Pour ce festival, je voulais apporter quelque chose qui reflète mon héritage préhispanique ainsi que ma vision de ce que signifie être latino-américain, à travers les couleurs, les formes et l’expression de chaque œuvre. J’ai ainsi créé trois œuvres. La première est la façade même de la maison qui accueille l’exposition, peinte comme une habitation typiquement sud-américaine, mais agrémentée d’éléments contemporains inspirés de l’imaginaire mexicain et de son histoire. Ce contraste avec les maisons environnantes rend plus perceptible cette idée de transporter les visiteurs sur un autre continent. Ma deuxième fresque, qui orne l’un des murs principaux de l’entrée, représente un jaguar, animal emblématique des cultures aztèque et maya. Ici, il joue le rôle de gardien de l’exposition et accueille les visiteurs. Enfin, ma troisième œuvre dans l’une des salles est une installation composée de pièces de bois formant un ara. Les couleurs et les motifs peints débordent sur les portes, les colonnes, les fenêtres pour nous mener vers une autre pièce où découvrir un Nahual en pleine transformation vers son animal spirituel.

En quoi la programmation va-t-elle évoluer au fil du temps ?
Le programme continuera d’évoluer en intégrant de nouveaux artistes, en explorant de nouveaux thèmes et en élargissant son champ d’action. Le Street Art est en perpétuelle mutation, et le festival doit refléter cette dynamique en adoptant l’innovation et en accueillant de nouvelles voix créatives. Maintenir un focus fort sur l’Art Urbain sud-américain reste un atout, car cette perspective reste encore peu explorée en Europe.

Quelles sont les spécificités de l’Art Urbain d’Amérique latine ?
L’Art Urbain latino-américain se distingue par sa narration forte, ses palettes de couleurs vives et son lien profond avec les réalités sociales et politiques. Il reflète aussi une fierté renouvelée pour ses racines. Il combine souvent des influences indigènes, coloniales et contemporaines, créant ainsi un langage visuel unique et puissant. De nombreux artistes utilisent leur travail pour évoquer l’histoire, l’identité et les luttes sociales, rendant leurs œuvres non seulement visuellement marquantes, mais aussi porteuses de messages profonds.

La scène urbaine d’Amérique latine est-elle reconnue à sa juste valeur en France ?
Bien que l’Art Urbain latino-américain gagne en reconnaissance en France, il reste encore une large marge de progression. Certains artistes sont célébrés, mais leur travail est souvent perçu sous un prisme particulier. En réunissant des artistes de Colombie, du Pérou, du Brésil et du Mexique aux côtés d’Européens ayant une compréhension plus approfondie de cette région du monde, le Colors Festival permet de briser certains stéréotypes et offre une vision plus nuancée du Street Art sud-américain. Ce type d’exposition est essentiel pour faire connaître la richesse et la complexité de cette créativité urbaine.

Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?
Cette expérience a été extrêmement enrichissante. Elle a confirmé l’importance des échanges culturels et la capacité de l’Art Urbain à rassembler les gens. Assister à la transformation de l’espace comme aux interactions entre les artistes et le public confirme l’impact du Street Art dans l’histoire de l’art. J’ai pu constater avec bonheur que le public interagissait fortement avec les thèmes et l’esthétique de l’Art Urbain sud-américain qu’il découvrait souvent pour la première fois. C’est un honneur d’avoir participé à ce projet, et j’ai hâte de contribuer à d’autres initiatives similaires.

À voir
Colors Festival by Farid Rueda
Jusqu’au 6 juillet 2025 sur réservation
Prix : 10 € / 7 € accès illimité
Du lundi au vendredi de 11h à 18h durant
les vacances scolaires, le week-end de 10h à 18h
37 Avenue Roger Salengro
94500 Champigny-sur-Marne
colorsfestivals.com/champigny
Instagram : @colors_festivals

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