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Rencontre

FLOG : un art qui ne cache rien !

À la fois témoins et acteurs, les personnages de Flog, incarnation d’un état, d’un constat, d’une pensée, d’une émotion… s’imposent d’abord par leur délicate transparence teintée de vagues de couleurs, invitant chacun à distinguer apparence et intériorité, puis par l’intention narrative qu’ils soulignent. Une invitation touchante, généreuse et bienveillante.

Flog : flog-artwork.com
Instagram : @flogartwork


Si les œuvres de Flog frappent d’emblée par leur apparente fragilité emprunte de poésie, toutes invitent à changer nos perspectives. Sublimant la simplicité, Flog extrait l’essence au travers des apparences avec subtilité. S’appuyant sur des personnages non genrés transparents qui se remplissent de couleurs, des situations où transparaissent réflexions, effets voire conséquences, et des détails pertinents, ses toiles, manifestations fragmentaires du réel, nous plongent dans une expérience existentialiste tout en légèreté et en fraîcheur. Le travail de Flog lui ressemble : délicat mais affirmé, poétique mais lucide, doux mais caustique, sensible mais subtil… À nous de savoir lire entre les lignes. Car à travers ses récits picturaux d’une grande humanité, Flog réussit là où beaucoup échouent : nous donner à voir et à comprendre l’essence colorée de chaque être humain, ce qui fait de chacun de nous un être unique, fort et fragile à la fois. Une prouesse !

Quand avez-vous pris la décision du passer du graphisme et de l’illustration à une démarche purement artistique ?
Cette décision s’est imposée d’elle-même, très naturellement, puisque l’on m’a proposé plusieurs projets, notamment de peindre sur des panneaux de signalisation pour une exposition locale. Pour la première fois, je me suis trouvé dans la création artistique, avec une démarche sincère, sans avoir besoin d’artifices ou de documentations. C’est d’ailleurs à cette occasion que mon personnage est apparu, un personnage assis sur fond gris mais très fort en couleurs et très parlant. J’ai très vite senti que j’allais dans la bonne direction, comme me l’ont confirmé mon entourage mais aussi un galeriste qui, parce qu’il a eu un gros coup de cœur, m’a proposé pour présenter mon travail.

Aviez-vous envie de sortir du graphisme et de l’illustration ?
En tant que graphiste/illustrateur, j’étais nécessairement soumis à des contraintes limitant la liberté d’expression. C’est la raison pour laquelle j’ai entamé une démarche purement artistique pour trouver cette liberté de création, sans penser un seul instant qu’un statut allait prendre le pas sur l’autre.

Comment s’est imposée votre signature artistique avec ce personnage ?
Le personnage ne s’est pas imposé… il correspond à mon état d’esprit de l’époque, aux émotions qui m’animaient alors. Je souhaitais représenter quelque chose de pur et de fragile… et ce personnage est finalement sorti. Difficile de savoir réellement d’où il vient dans la mesure ou il est simplement apparu. Et, bien qu’il y ait souvent dans ce que je représente un côté autobiographique, notamment par rapport aux situations, les spectateurs peuvent s’identifier à chacun des personnages puisqu’ils sont non genrés, et se les approprier.

Pourquoi avoir choisi la transparence pour représenter l’enveloppe charnelle de l’être humain ?
D’abord pour évoquer sa fragilité, ce que tous nous ressentons parfois, entre force et faiblesse. Ensuite parce que la transparence symbolise pour moi la sincérité. Ces personnages transparents sont donc une invitation à être sincère, transparent avec soi-même – qui l’on est, ce que l’on veut… –, mais aussi envers les autres.

Pourquoi cette transparence se remplit-elle de couleurs ?
Le personnage se nourrit de couleurs par vagues au même titre que l’être humain se remplit tout au long de sa vie d’émotions, de sentiments, de ressentis mais aussi d’expériences, de savoirs, de souvenirs, de valeurs… qui font de chacun un être unique. Les couleurs symbolisent ainsi ce que chacun porte en lui, la transparence laissant apparaître ces « couches » successives. Pour autant, à l’image de l’être humain chez qui il y a toujours un manque, les vagues de couleurs ne remplissent pas totalement le personnage. Une évocation du plein et du vide que chacun d’entre nous peut ressentir. Ainsi, bien que le personnage soit assez proche de ce que je suis, il est en même temps le spectateur, non seulement parce qu’il est non genré mais aussi parce que chacun est libre d’interpréter chaque couleur par rapport à ce qu’elle évoque pour lui. Et cette interprétation diffère évidemment selon les individus.

On dit que vos personnages sont non genrés mais j’y vois avant tout des hommes, et non des femmes, mais aussi des enfants…
Pour moi, ils sont non genrés. Je n’ai aucune volonté d’attribuer un sexe ou un âge aux personnages. Mais je peux comprendre que, graphiquement, le ressenti du non genré puisse ne pas être totalement abouti… J’espère que cela va venir au fur et à mesure [rire]. J’ai d’ailleurs réalisé pas mal de sketches pour féminiser certains personnages sans être convaincu. Je m’écartais trop à la fois du personnage de base et de mon propos. À travers les couleurs peut-être peut-on trouver un côté féminin ou masculin, un enfant ou un adulte… selon son propre ressenti.

Comment choisissez-vous les situations dans lesquelles vous placez vos personnages ?
Les situations se créent au moment du sketch selon l’émotion qui m’anime, le moment que je traverse, mon ressenti de la journée, un souvenir… avec toujours une volonté poétique. Dans certaines œuvres, il y a beaucoup de poésie ; dans d’autres, un peu moins. Toutes les situations que je dessine se créent ainsi d’abord par un flash dans mon esprit. Et si le dessin n’est pas abouti, je le laisse mûrir. Par exemple, le nuage et la pluie de Rain est une idée que j’ai en tête depuis très longtemps mais que je n’avais pas réussi jusque-là à dessiner correctement. Beaucoup de sketches de situations sont d’ailleurs en attente…

Derrière l’apparente légèreté de vos œuvres et la poésie que vous y mettez, il y a parfois un message fort, parfois un propos plus sarcastique ?
Effectivement, j’ai la volonté de ne pas être uniquement dans le poétique mais de « piquer » tout en restant léger, simple, selon l’émotion traversée. La beauté de l’art n’est-elle pas justement dans cette liberté de pouvoir s’exprimer ? Pour autant, je ne veux pas rentrer dans une forme d’activisme dark dans lequel je ne suis pas du tout, même si j’apprécie certains travaux. Je crois que les messages sont plus accessibles avec un travail très coloré, et passent mieux auprès du spectateur.

Quel est votre processus de création ?
Le sketch étant le moment de création le plus spontané, le plus sincère, lorsque je le projette sur la toile, j’essaye de ne pas trop le retravailler. Lorsque le dessin est trop retravaillé, il se fige, perdant le mouvement original. Puis, comme beaucoup, je peins de l’arrière-plan au premier plan, utilisant un peu tout : Posca, pochoir, bombe, aérographe, acrylique… Une liberté totale !

Est-ce le même processus lorsque vous intervenez sur les murs ?
Il est arrivé que j’intervienne au Posca pour des murs de dimensions réduites mais la plupart du temps, je travaille à la bombe et au pinceau pour plus de délicatesse, notamment pour les détails. D’ailleurs, les gars me disent souvent de me calmer, qu’il s’agit d’un mur et non d’une toile [rire].

Alors que l’on vous dit inspiré par le Street Art, le Pop Art et le Superflat notamment, cela ne ne retrouve pas dans vos œuvres…
Plus j’avance dans ma création, plus j’essaye de me détacher de toutes mes inspirations. Aujourd’hui, je ne suis plus les artistes que je suivais jusqu’à présent, afin de ne pas parasiter mon travail qui doit rester sincère et refléter ce que j’ai envie de dire et non ce que d’autres peuvent dire. Je crois que c’est ainsi que je peux réellement toucher les gens !

Savez-vous déjà comment vous voulez faire évoluer votre travail ?
Pas encore, d’autant que, comme dans la vie, tout peut arriver. Pour l’instant, techniquement, c’est en travaillant et en multipliant les dessins que je peux mieux appréhender les formes, notamment les crânes et les pieds par exemple, créer de meilleures lumières, de meilleures ombres, faire évoluer le personnage… Une évolution douce. Ainsi, dans chaque tableau, je m’attache à un nouveau détail que je vais ensuite réutiliser et qui fait ainsi évoluer mon travail… même si je suis très critique envers ce que je fais [rire]. D’ailleurs, parfois je prends de mauvaises directions… Plusieurs projets, notamment les sculptures, devraient me faire évoluer davantage, la modélisation du personnage ne pouvant qu’être bénéfique à ma peinture.

Quels sont vos projets 
En octobre, je réalise une façade de 15 mètres à Bayonne et présente deux tableaux chez Spacejunk Art Centers à l’occasion du group show « Didam ». Avec Vertical Gallery, je participe au group show « Atomic 13 » à Chigago en novembre puis à Scope Miami du 29 novembre au 4 décembre. J’ai également commencé une collaboration avec Graffiti Prints pour des éditions limitées qui rendent l’art accessible. Pour février 2023, je prépare un solo show pour la galerie Exclusive Urban Art de Rome puis j’enchaîne avec l’anniversaire de Vertical à Chicago avec 4 pièces et des projets sculptures…

A voir
GCA Gallery

2 place Farhat Hached 75013 Paris
www.gcagallery.fr

Spacejunk Art Centers
35 rue Sainte-Catherine 64100 Bayonne

Vertical Gallery
1016 N. Western Ave.
Chicago, IL 60622, Etats-Unis
verticalgallery.com

Exclusive Urban Art
Via della Reginella, 1A, Rome, Italie
exclusiveurbanart.com

Graffiti Prints : graffitiprints.com