Galerie Montorgueil : révélatrice de talents
La galerie créée par Jérôme Le Nouen s’est imposée en quelques années seulement comme un acteur majeur du marché parisien.
S’il a grandi avec des parents chineurs qui l’ont, enfant, emmené de brocantes en vide-greniers et salles des ventes, Jérôme Le Nouen s’est forgé sa culture artistique en autodidacte, par la fréquentation assidue des musées mais aussi en suivant les cours du soir de l’École du Louvre. Après une première vie professionnelle dans la tech qui l’a conduit à vivre dans plusieurs pays – dont le Mexique et le Maroc –, ce passionné a commencé sa collection dès son retour à Paris, en achetant des œuvres majoritairement d’Art Urbain, avant de changer de carrière.
Comment es-tu devenu galeriste ?
J’ai d’abord commencé à acheter et à vendre des œuvres pour faire tourner ma collection personnelle. Je laissais des pièces en dépôt-vente dans des galeries, fréquentais assidûment les ventes aux enchères d’Art Urbain de Cornette de Saint-Cyr, Artcurial, Tajan… En 2022, j’ai franchi le pas, quitté mon emploi et ouvert un showroom. Je n’avais aucun accord avec aucun artiste alors j’ai mis en vente une partie de ma collection, tout en continuant de travailler avec des galeries, des maisons de ventes et sur eBay. J’ai signé de beaux partenariats et, en 2023, j’ai trouvé un petit local près de chez moi, rue Saint-Honoré, et j’ai ouvert un pop-up éphémère.
Le négoce ne te suffisait pas ?
Non, j’avais réellement envie de présenter mon univers. Lorsque je proposais des œuvres dans d’autres galeries, elles étaient présentées avec d’autres qui ne me plaisaient pas forcément. Surtout, je souhaitais rencontrer les clients ; c’était très important pour moi. J’avais en tête l’image de ces galeries froides et austères où l’on croise trois visiteurs par jour et je craignais autant de m’y ennuyer que de ne pas pouvoir en payer les charges [rires]. Finalement, la sauce a pris immédiatement ! J’ai dû embaucher dès les premiers mois et j’ai même racheté le fonds de commerce pour m’installer durablement.
En tant que collectionneur puis galeriste, tu es spécialisé dans l’Art Urbain. Qu’est-ce qui t’a séduit ?
J’ai toujours aimé regarder les œuvres dans la rue, découvrir ce qui était proposé sur les murs, les façades, les rideaux de fer des boutiques. Ce côté grand public, facile d’accès, me touchait. Et je trouvais génial, en achetant une œuvre d’un artiste urbain, de pouvoir « acquérir un morceau de rue ». J’ai commencé par acquérir de petites pièces, des lithographies, des dessins d’artistes dont j’aimais le travail, comme le Diamantaire. Mais je ne suis pas sectaire, j’aime aussi beaucoup l’art moderne. Quand j’ai ouvert la galerie, j’avais aussi du Chagall, du Matisse… Au fil du temps, l’offre s’est un peu autorégulée pour nous spécialiser en Art Urbain contemporain.
Quels sont les artistes phares de la galerie ?
La première collaboration de la galerie s’est faite avec The Mosaïst, qui travaille avec des carreaux de verre teinté. Il a collé plus de 400 œuvres dans les rues de Paris. Nous nous sommes rencontrés sur District13, en janvier 2024, et nous avons lancé une collection capsule qui a remporté un énorme succès : nous avons vendu 130 pièces en moins d’un mois ! Une belle aventure qui se poursuit toujours. In the Woup, dont on entend beaucoup parler, est un autre artiste de la galerie. Il explore l’univers du pixel art. Je l’ai remarqué sur les réseaux sociaux et je l’ai contacté pour qu’il m’envoie quelques pièces. J’ai trouvé son travail tellement beau, drôle, sympa… que je lui ai proposé son premier solo show. À l’époque, il avait beaucoup collé à Lyon mais n’avait posé qu’une seule pièce à Paris. Dans la capitale, il était quasiment inconnu. Et nous avons tout vendu rapidement, au point d’en être les premiers étonnés. Le succès s’est confirmé sur Urban Art Fair où nous avons fait un sold out des 26 pièces proposées.
Et les nouveaux venus ?
Sur SPERA Art Fair, j’ai présenté pour la première fois Maestro, qui dessine au feutre des couches très fines. Nous l’avons signé pour un solo show l’année prochaine. Avec lui, il faut s’y prendre un an à l’avance : une seule pièce peut lui demander jusqu’à 150 heures de travail [rires]. Nous venons également de signer Lorem et nous en sommes ravis. Il a multiplié les collaborations avec des marques et les interventions dans la rue, mais n’a presque jamais proposé d’œuvres à la vente – à peine une ou deux lithos. Avec Lorem, nous préparons quelque chose pour le début d’année prochaine : ce sera la première occasion de découvrir des pièces uniques, mais impossible d’en dire plus pour le moment. Il y a aussi Arlo Sinclair, jeune artiste anglais à l’humour piquant, que nous avons déjà présenté à la galerie, mais de façon un peu officieuse. J’ai découvert son travail sur disquettes via Instagram et j’ai tout de suite accroché. Il réalise aussi des peintures ultraréalistes extraordinaires. J’ai eu envie de lui donner sa chance et nous l’avons signé pour le territoire français. Enfin, nous avons récemment mené une performance originale avec Blackdoors : une fresque murale composée de quinze pièces originales, chacune possédant sa « jumelle » que les collectionneurs ont pu acquérir par tirage au sort.
Dans ton line-up, on sent une volonté de présenter des artistes émergents ?
En tant que collectionneur, j’ai souvent eu le sentiment que dans les salons d’Art Urbain, on retrouvait les mêmes galeries, les mêmes artistes, les mêmes scénographies. Ce que j’aime, c’est dénicher des pépites encore méconnues, proposer de la nouveauté aux clients. C’est, à mon sens, le rôle et le devoir d’un galeriste. Ce qui ne veut pas dire qu’on « lâche » les artistes avec lesquels on travaille, au contraire : l’idée, c’est d’avancer ensemble, de grandir ensemble… C’est aussi la raison pour laquelle nous sommes attentifs à la gamme de prix. À chaque collaboration, nous demandons aux artistes de proposer des pièces accessibles. Par exemple, avec In the Woup, nous présentons des lithographies à 60 euros. C’est essentiel pour attirer un nouveau public, notamment des jeunes, des parents qui offrent une œuvre à leur enfant. C’est ce genre de dynamique que j’aime, et que nous allons poursuivre. D’ailleurs, nous finalisons l’acquisition d’un nouveau local pour ouvrir l’année prochaine un deuxième espace d’exposition, beaucoup plus vaste, dans le Marais.
À voir
Galerie Montorgueil
91 rue Saint Honoré 75001 Paris
Du lundi au samedi de 11h à 19h
galeriemontorgueil.com
Instagram : @galerie_montorgueil
