JonOne : l’art comme urgence vitale !

Entre geste chorégraphique et calligraphie explosive, JonOne célèbre sur Fluctuart sa vie de peintre en mouvement, libre et lumineux, dans une rétrospective inédite où l’instinct rencontre la rigueur.

Figure majeure de l’Art Urbain mondial, porté par une énergie vitale aussi indomptable que généreuse, JonOne trace depuis quatre décennies un chemin de liberté picturale. Le parcours flamboyant de cet artiste autodidacte, passé du graffiti vandale new-yorkais aux compositions abstraites, est celui d’un artiste habité par la peinture. Avec une intensité qui tient « autant du boxeur que du danseur », souligne Henri Thuaud, commissaire de cette surprenante rétrospective sur Fluctuart, JonOne peint comme il respire. Marquées par l’énergie du geste, la densité des couleurs et une calligraphie viscérale, ses créations, où chaque trait est un cri et chaque couleur une émotion, sont celles d’un artiste pour qui créer est une urgence, un acte de foi, un souffle vital.

Tu sembles porté par une énergie constante. D’où vient cette force vitale qui t’anime au quotidien ?
C’est une pulsion intérieure, un mélange d’hyperactivité et d’hypercréativité. Je suis né ainsi ; c’est ma nature profonde, celle d’un artiste qui se questionne constamment, cherche à aller toujours plus loin. Je suis dur avec moi-même, exigeant, mais animé par l’urgence de peindre ! Aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin d’art et de beauté pour s’échapper de la réalité et penser de manière positive. Ma peinture est une réponse à ce besoin, parce que, dans ce monde, ce besoin est réel.

Ta production est vertigineuse. Qu’est-ce qui nourrit cette urgence de créer ?
Je suis très productif et en perpétuel mouvement. J’ai besoin de tout embrasser, de vivre à fond chaque expérience. C’est viscéral. Je ne suis pas quelqu’un de lisse, car j’ai grandi dans les années 1980 et conservé cet esprit underground qui m’a forgé. J’ai ainsi toujours revendiqué une liberté totale : celle de s’exprimer comme celle de vivre intensément chaque seconde. La peinture, je suis tombé dedans un peu par hasard, en voyant des tags dans la rue. Petit à petit, j’ai compris à quel point la peinture, la culture peuvent changer une vie, même si demeure un mystère : comment un artiste parvient-il à vivre de sa passion ? Je suis conscient que je suis une exception et je le vis comme un privilège. C’est pour ça que je donne tout, à chaque projet, chaque lieu, chaque instant. Ma passion, c’est mon moteur, ma foi, ma religion. Et quand tu crois à ce point en ce que tu fais, tout devient possible.

Ton travail mêle une intensité gestuelle quasi chorégraphique à une grande rigueur chromatique. Comment concilies-tu ces deux dimensions ?
C’est un choc permanent entre l’instinct et la discipline. J’ai un côté très spontané, très instinctif, je jette la peinture, je la crache sur la toile ou sur le mur, comme si j’avais la rage. Je suis parfois effrayé par la quantité de peinture que j’utilise, on dirait un fanatique. Mais cette frénésie dans la manière de poser la matière vient de mon envie de peindre. C’est un besoin vital, car peindre pour moi, c’est avoir un pouvoir : celui de t’exprimer et d’être entendu. La peinture est ainsi mon canal de communication. Mais derrière cette explosion, il y a une structure. Je travaille avec méthode et discipline. Être peintre, c’est avoir une rigueur, une régularité, une conscience de la chance que l’on a de pouvoir s’exprimer et d’être entendu. Et ça, c’est un moteur puissant, surtout aujourd’hui, à 61 ans. L’envie de peindre est même plus forte que jamais parce que je me demande combien de temps il me reste ? Tant de personnes m’ont soutenu que je ne peux pas décevoir… Alors demain, après-demain et les jours suivants, je continuerai à peindre… jusqu’à la fin.

Cette exposition retraçe plus de 40 ans de production et d’installation de l’artiste au cœur d’une scénographie haute en couleur.

Mike Made 156

Ton œuvre semble traversée par une sensibilité à fleur de peau. Une intensité qui te relie au monde ?
Oui, clairement. Ma peinture est un journal intime, le journal de ma vie. Chaque toile porte la trace de ce que j’ai vécu. J’ai connu la prison, été invité à l’Élysée, croisé des sans-abri comme des multimillionnaires. Je connais la France d’en haut et celle d’en bas. Tout ce contraste, je l’absorbe, je le digère, je le transmets avec ce que j’ai de plus précieux : ma sensibilité. Avec l’âge, cette sensibilité s’est accentuée : je capte davantage l’énergie des gens, leurs douleurs, leurs histoires… que je canalise dans ma peinture. La création, c’est ma manière d’équilibrer l’intensité de ce que je vis, de ce que je ressens, et c’est ce qui donne de la force à mon travail. Quand je suis arrivé en 1987, j’ai été happé par ces mots magiques : liberté, égalité, fraternité. Je me disais : « Les Français ont tout compris ! ». Je traînais avec agnès b., muse d’une France créative, ouverte, généreuse. Aujourd’hui, cette France a changé, et parfois, j’en suis nostalgique. Alors je la cherche, je la peins, pour faire revivre cette France créative, humaine, joyeuse. Créer, pour moi, c’est vivre pleinement ce court instant qu’est la vie.

Ta peinture est très gestuelle, mais aussi très codifiée. Y a-t-il une constante dans ton langage plastique ?
Ma signature ! Elle revient comme un battement de cœur, brut, incontrôlable. C’est une forme d’écriture automatique, un geste instinctif, viscéral qui me vide de toute mon énergie, physiquement et émotionnellement. Ce n’est pas juste un tracé, c’est une décharge, un cri. Ce geste me définit depuis le début.

Comment ton travail a-t-il évolué ?
Selon mes chagrins d’amour [rire].

Institut Bernard Magrez, Château de la Gaude, Chapelle de l’Observance, fresques monumentales dans le XIIIe à Paris, expo à la galerie Bonnet Abelin… et bientôt une rétrospective chez Fluctuart en septembre. 2025 est une année exceptionnelle pour toi…
Sans doute l’une des plus belles années depuis mon arrivée en France, il y a 38 ans ! Grâce à Henri [Thuaud, NDLR], j’ai eu la chance de créer dans des endroits incroyables : des églises, des châteaux, des lieux chargés d’histoire et d’âme – l’Institut Bernard Magrez, le Château de la Gaude, la Chapelle de l’Observance, les fresques dans le XIIIe… À chaque fois, j’ai plongé dans l’énergie du lieu pour en extraire le meilleur. Et maintenant, je prépare cette rétrospective dans un des lieux cultes du Street Art : la barge Fluctuart. C’est fou quand on y pense, surtout dans un contexte difficile pour beaucoup d’artistes, de galeries… Mais Henri et moi partageons cette même envie de pimenter la vie, de rendre chaque jour plus intense.

Pourquoi proposer une rétrospective ?
Parce que le moment est venu. Après toutes ces années à peindre, à explorer, à produire sans relâche, il fallait poser un jalon. Fluctuart est le lieu parfait pour raconter ce parcours, présenter les différentes étapes de ma carrière, de mes débuts à aujourd’hui. J’ai peint des milliers de toiles, parfois dans l’urgence, parfois dans la réflexion, et j’ai eu cette chance incroyable d’avoir un public qui m’a toujours suivi et soutenu. Dès mes débuts, des figures comme agnès b. ou Willem Speerstra ont cru en moi, alors que beaucoup s’insurgeaient contre le travail sur toile. Aujourd’hui, je suis toujours entouré de gens passionnés, fidèles. Chaque matin, je me réveille en me disant : « Waouh, j’ai la chance de pouvoir peindre tous les jours ! ». Et cela n’a pas de prix !

Qu’est-ce qui rend Fluctuart si singulier pour toi ?
Fluctuart est plus qu’un espace d’exposition : c’est un lieu culturel, ouvert à tous grâce à Nicolas Laugero Lasserre et son équipe. Ce que j’apprécie, c’est la rencontre entre plusieurs générations : mon public de toujours, celui qui me suit depuis mes 20 ans, et un public plus jeune qui n’était pas né lorsque j’ai commencé et qui va découvrir mon travail. Ce brassage d’énergies me parle, ça bouge, ça swingue. Et puis franchement, exposer sur la Seine, au cœur de Paris, sur une barge fait écho au mouvement, à l’énergie, au geste que je mets dans mes œuvres.

Que va-t-on voir dans cette rétrospective ?
Un voyage, un patchwork de vie, de matière, d’époques, notamment parisiens. Bien sûr, il y a aussi New York, essentiel dans mon histoire. C’est là-bas que tout a commencé, que j’ai développé mon style, que j’ai été reconnu par la rue, ce qui m’a permis ensuite de venir en France. J’ai grandi dans un cadre strict et scolarisé dans une école catholique. À l’église, je passais mon temps à observer les images, les vitraux, les statues… mais rien ne correspondait au monde dans lequel je vivais. En sortant, c’était un tout autre univers. J’ai ressenti un vrai décalage, une forme d’hypocrisie. Alors j’ai créé mes propres images, celles qui racontent ma réalité. C’est ainsi qu’est née mon abstraction : d’un besoin de fabriquer mon propre univers. Cette exposition met en lumière ce parcours. À l’extérieur, il y aura une sculpture monumentale, une première pour moi ! À l’intérieur, le visiteur découvrira des pièces emblématiques des années 1990, d’autres des années 2000 ainsi que des travaux récents, mais aussi des objets issus de mes nombreuses collaborations et une fresque murale que j’espère spectaculaire. Tout a été conçu à l’atelier avec précision, comme un mécano, chaque pièce « s’emboîtant » pour une narration visuelle et immersive. Avec Henri et Mike Made 156, en charge de la scénographie, nous avons voulu une exposition différente pour surprendre, bousculer et offrir du rêve.

Pourquoi ce besoin de laisser une trace ?
Laisser une trace est essentiel ! Dès mes premiers tags dans la rue, il y avait cette urgence d’exister, d’imprimer mon nom dans la ville comme un cri, une colère à peine contenue. Aujourd’hui, ce feu est toujours là, mais il s’est transformé. Le monde brûle pour mille raisons, et c’est précisément dans ce chaos qu’il faut laisser des repères, une mémoire. Ma génération a fait naître un langage, une culture issue des marges, des ghettos, et on l’a élevée au rang d’art que les générations futures pourront regarder. Il faut des artistes pour témoigner d’une époque, d’une histoire, d’une vision, d’une vie… L’art est un acte d’éducation, une quête de beauté dans un monde en désordre. Et « vivre » avec une œuvre d’art, qu’elle soit accrochée chez soi ou dans un musée, c’est ouvrir une fenêtre sur une âme. Et ça, c’est inestimable !

L’avis de Henri Thuaud, commissaire d’exposition

Certains disent que Jon peint trop, mais que dire alors de Picasso, dont Maurice Rheims a mis trois ans à inventorier les 60.000 œuvres ? Peut-on reprocher à un artiste d’être à ce point traversé par la nécessité de créer ? Comme un pianiste qui joue inlassablement ses gammes, Jon répond à un appel intérieur : celui de la peinture. Pour lui, peindre n’est pas un choix, c’est une nécessité. Jon crée comme il respire. D’ailleurs, les collectionneurs n’achètent pas un tableau ; ils emportent un fragment de JonOne, une tranche d’âme et d’énergie. Son abstraction se densifiant, Jon crée des œuvres rares, fulgurantes, appelées à marquer l’histoire de l’art du XXIe siècle.

À voir
« JonOne : Carte Blanche »

Du 11 septembre au 21 décembre 2025
Du lundi au dimanche de 12h à 02h jusqu’au 19 octobre 2025
Du mercredi au dimanche de 12h à 02h à partir du 22 octobre 2025
Entrée libre
Fluctuart
Pont des Invalides
2 port du Gros Caillou 75007 Paris
fluctuart.fr
Instagram : @fluctuart

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