Les galeristes plébiscitent SPERA
Le succès d’un événement dépend de la rencontre entre le public et les exposants. Pour que le premier soit satisfait, il faut que les seconds s’impliquent et jouent le jeu.
Dans un contexte global délicat pour le marché de l’art et face à la concurrence de nombreuses foires et autres manifestations dédiées à l’Art Urbain et contemporain, « vendre » du mètre carré aux galeristes ne suffit pas, surtout si l’on veut convaincre. Il faut susciter l’adhésion et même l’engagement. Trois des participants à la première édition de spera, Tito Bertolucci, fondateur de la galerie brésilienne Alma da Rua, Cezary Hunkiewicz, cofondateur et directeur de Brain Damage Gallery en Pologne, et la parisienne Alla Goldshteyn, cofondatrice de la galerie Goldshteyn-Saatort, expliquent ce qui les a séduits dans le concept et dévoilent ce qu’ils vont présenter.



2. Cezary Hunkiewicz, cofondateur et directeur de Brain Damage Gallery.
3. Entourant JonOne, Jonathan Saada, Alla Goldshteyn et Romain Tortevoix, cofondateurs de la galerie Goldshteyn-Saatort.
À l’heure des ventes en ligne et des réseaux sociaux, la dimension humaine des échanges physiques est-elle toujours importante ?
Tito Bertolucci : Oui, absolument. L’expérience en galerie est unique, car elle permet aux visiteurs de se sentir valorisés et impliqués. Le contact direct, l’échange et l’accompagnement sont essentiels pour créer une relation durable avec les collectionneurs. Nous offrons une immersion qu’Internet ne peut remplacer : raconter l’histoire des artistes, organiser des rencontres et permettre aux visiteurs de voir les œuvres de près. Ancrée dans l’histoire du Beco do Batman, lieu incontournable d’expression libre du graffiti à São Paulo, notre galerie privilégie cette approche humaine et authentique.
Cezary Hunkiewicz : Cela dépend des valeurs impliquées dans l’échange. En art, il ne s’agit jamais seulement de l’œuvre en elle-même, mais de tout ce qui a contribué à sa création. Son acquisition est une extension de ce processus. Dans l’art, où chaque détail est essentiel, seul le ressenti personnel permet de saisir le lien qui existera ou non avec l’œuvre. Et bien que cela puisse paraître trivial, le contact direct avec le galeriste ou l’artiste reste le meilleur moyen de comprendre l’histoire et les intentions derrière la création. L’art est donc l’un des derniers bastions où la relation personnelle directe joue un rôle dans les relations commerciales.
Alla Goldshteyn : Bien sûr ! Malgré l’essor des ventes en ligne, rien ne remplace l’expérience d’une visite en galerie. L’art est une rencontre, un moment où l’on ressent la texture d’une toile, la subtilité d’un coup de pinceau. Ce lien direct ne peut être reproduit à travers un écran. Nous encourageons toujours nos visiteurs à échanger, à poser des questions et, parfois, à dialoguer avec l’artiste en visioconférence pour rendre l’expérience encore plus immersive. Notre galerie est un espace d’échange, où des artistes de divers horizons partagent leur vision. L’art, plus qu’une affaire de collection, est avant tout une aventure humaine.


5. Sandra Chevrier, La Cage de la liberté illusoire et de la captivité volontaire, 121,92 x 76,2 cm, galerie Goldshteyn-Saatort.
Quel est pour vous le rôle d’une galerie ?
Tito Bertolucci : Une galerie joue un rôle clé dans la mise en lumière des artistes et l’éducation du public sur leur travail. Nous accompagnons nos artistes dans leur évolution en les aidant à explorer de nouvelles techniques et en structurant leur parcours. Notre mission ne se limite pas à exposer et vendre, nous créons aussi des expériences inédites, développons de nouveaux marchés et protégeons les intérêts des artistes.
Cezary Hunkiewicz : Autrefois, il s’agissait de présenter des projets intéressants. Puis, l’objectif a été de créer des expériences uniques où chaque exposition contribuait à enrichir ses compétences. Aujourd’hui, il s’agit avant tout de se dépasser et d’innover, que ce soit en matière d’exposition ou d’édition. Accompagner les artistes dans leurs prochaines étapes est une aventure passionnante, tout aussi essentielle que l’éducation et la création d’une communauté autour de l’institution. Pour faire simple : le rôle d’une galerie est de défendre la qualité.
Alla Goldshteyn : Notre mission première est de soutenir les artistes et de leur offrir une visibilité. Mais une galerie, c’est aussi un espace de découverte et de dialogue entre différentes cultures. Nous faisons voyager des œuvres venues du Chili, d’Uruguay ou des États-Unis jusqu’à Paris, pour créer des rencontres uniques avec le public. Au-delà de l’exposition, nous cherchons à surprendre et à repousser les frontières de l’art. Par exemple, Crossing Lines a fusionné l’univers urbain de JonOne avec l’art du shibari avec la légendaire Marie Sauvage, et Tender Spirits a mêlé peinture et danse grâce à une performance avec JonOne et une ballerine. Être galeriste, c’est imaginer ces rencontres inédites qui transcendent les disciplines et enrichissent l’expérience artistique.
SPERA sera une formidable occasion de tisser des liens et d’ouvrir de nouvelles perspectives.
Tito Bertolucci
En quoi le concept original de SPERA, différent des modèles des foires et salons traditionnels, vous a-t-il convaincu ?
Tito Bertolucci : SPERA nous a séduits par la liberté offerte aux galeries de choisir leur emplacement, contrairement aux foires classiques où l’attribution est imposée. Cet événement garantit des conditions optimales en respectant le mode de travail des artistes et galeristes. De plus, SPERA attire un nouveau public de collectionneurs et reconnaît l’art urbain comme un mouvement contemporain à part entière. C’est ce qui nous a convaincus de participer pour la première fois à une foire en Europe.
Cezary Hunkiewicz : Quand quelqu’un, Gary Laporte en l’occurrence, vous persuade que votre vision a quelque chose d’unique, pourquoi ne pas tenter l’expérience ? Surtout lorsque l’événement rassemble un large éventail de galeries et d’institutions ! Je suis convaincu que cela peut être rafraîchissant.
Alla Goldshteyn : Nous avons été séduits par l’ouverture de SPERA à la scène artistique mondiale et par son ancrage dans la culture brésilienne, encore trop peu mise en avant dans les foires classiques. L’événement propose une véritable immersion artistique, avec des rencontres et des échanges qui vont au-delà du simple aspect commercial. L’organisation bénéficie d’une expertise solide, ce qui assure une mise en lumière optimale des artistes. Nous savons que cette édition de SPERA ne sera pas une simple foire, mais une expérience artistique marquante.

Quels artistes avez-vous choisi de présenter ?
Tito Bertolucci : Nous avons sélectionné des artistes reconnus sur la scène internationale, comme Gatuno et Mari Pavanelli, ainsi que Chivitz, figure emblématique des années 1980, cofondateur du Musée Ouvert d’Art Urbain de São Paulo. Ce choix permet d’illustrer l’histoire et l’évolution du Street Art brésilien.
Cezary Hunkiewicz : Lorsque nous avons ouvert un nouvel espace à Varsovie, nous avons réduit le nombre d’artistes avec lesquels nous travaillons, conscients que chacun a des besoins et des attentes différents. Nous collaborons aussi bien avec des artistes fortement ancrés dans le Street Art, comme Sicoer, mais aussi avec des artistes présents dans l’art contemporain, notamment Sainer, Jan Kalab ou Axel Void. Pour autant, nous n’avons pas encore choisi les artistes que nous présenterons sur SPERA car, bien que cela paraisse simple en apparence, cela demande une analyse approfondie.
Alla Goldshteyn : Nous avons choisi JonOne, icône de l’art urbain, pour son talent, sa générosité et son esprit collaboratif. Il repousse sans cesse les limites, comme lors de ses projets avec la spécialiste en shibari Marie Sauvage ou la ballerine Anna Nikolaeva. À SPERA, nous irons encore plus loin en l’associant à Pri Barbosa, une artiste brésilienne exceptionnelle qu’il admire depuis longtemps. Cette rencontre promet une alchimie vibrante et une œuvre inédite. Ce que nous aimons chez JonOne, c’est son énergie créative inépuisable et sa passion intacte après des décennies de carrière.
Je suis convaincu que SPERA sera un événement rafraîchissant !
Cezary Hunkiewicz
Dans votre line-up, avez-vous pris des risques : artistes disruptifs, émergents, engagés… ?
Tito Bertolucci : Oui, notre galerie Alma da Rua représente environ 200 artistes et nous avons voulu montrer l’évolution du graffiti vers le Street Art en sélectionnant plusieurs générations d’artistes. Notre objectif est de souligner l’impact et l’influence de ces artistes dans cette transformation, en mettant en avant des parcours engagés et innovants.
Cezary Hunkiewicz : Cela dépend, car le véritable risque est peut-être de présenter un art qui n’est ni provocant ni marqué par des slogans politiques. Même si la sélection finale n’est pas encore arrêtée, nous devrons sans doute arbitrer jusqu’au dernier moment.
Alla Goldshteyn : Oui, et c’est une part essentielle de notre identité. Nous avons été la première galerie à organiser une exposition solo de Sandra Chevrier à Paris et collaborons avec des artistes comme Leon Keer, Fin DAC, Belin, Insane51, PichiAvo. Nous aimons provoquer des dialogues artistiques inattendus, comme la rencontre entre JonOne et Marie Sauvage. L’audace est essentielle pour faire évoluer l’art et nous sommes fiers de défendre cette vision.


8. Pri Barbosa, INarteurbana, Natal-RB, 2024, galerie Goldshteyn-Saatort – © Nobir Produção.
Selon vous, Paris est-elle le bon endroit pour toucher un large public et des collectionneurs internationaux ?
Tito Bertolucci : Absolument. Paris est un centre artistique mondial où se croisent collectionneurs et amateurs d’art du monde entier. Le public parisien est curieux, ouvert aux nouvelles tendances et attentif aux expressions contemporaines. Le Brésil est une terre de créativité, et Paris offre une opportunité précieuse pour faire rayonner ses artistes et leur donner une visibilité à l’international.
Cezary Hunkiewicz : D’après notre expérience, Paris est le lieu idéal, même si chaque événement rassemble son propre public… qui peut être imprévisible.
Alla Goldshteyn : Absolument ! Paris est un carrefour de la création, un lieu où l’histoire et l’innovation se rencontrent. Située entre le Louvre et Orsay, notre galerie bénéficie d’un flux constant de passionnés et de collectionneurs du monde entier. Le public parisien est curieux, avide de découvertes et toujours prêt à s’ouvrir à de nouvelles formes d’expression. Paris reste une scène incontournable pour l’art mondial.
SPERA sera un moment fort, rempli de créativité et de rencontres marquantes !
Alla Goldshteyn
Qu’attendez-vous de votre participation ?
Tito Bertolucci : Notre objectif est bien sûr de vendre des œuvres, mais surtout de créer des opportunités pour nos artistes en Europe. Nous souhaitons faire découvrir leurs styles et techniques à un public qui, pour certains, connaît déjà l’Art Urbain brésilien, mais aussi à ceux qui n’y ont jamais été exposés. C’est une formidable occasion d’échanger, de tisser des liens et d’ouvrir de nouvelles perspectives pour notre galerie.
Cezary Hunkiewicz : D’être surpris !
Alla Goldshteyn : Nous sommes ravis de prendre part à cet événement et d’y présenter la collaboration entre JonOne et Pri Barbosa. SPERA est bien plus qu’une foire : c’est un espace d’échange et d’innovation artistique. Nous avons hâte de rencontrer de nouveaux artistes, de découvrir des œuvres inédites et de vivre cette expérience immersive. SPERA sera un moment fort, rempli de créativité et de rencontres marquantes !
