PMH à Bagdad : tracer pour relier
En juillet dernier, l’artiste a partagé son art du doodle avec des enfants et des étudiants irakiens. Une expérience intense, sensible et profondément humaine, au cœur d’une capitale sous tension.
Bagdad, juillet 2025. Dans la chaleur d’une capitale sous tension, l’Institut Français devient le théâtre d’une rencontre improbable : celle d’un artiste plasticien autodidacte, spécialiste du doodle, et d’un public bagdadi avide d’explorer des formes nouvelles de création. PMH – Pierre-Marie Huet – y conduit une série d’ateliers, transformant sa pratique du doodle en expérience collective, esthétique et profondément humaine. L’invitation lui vient de Samuel Même, attaché culturel dans diverses ambassades, croisé lors de l’exposition « Doudelmania » à La Baule. « Quelques mois plus tard, j’ai reçu un message disant : “J’ai retrouvé un poste à l’Institut Français de Bagdad. Tu viens ?” ». PMH accepte sans hésitation, porté par « le goût de l’aventure, de l’inconnu et cette chance unique de confronter mon univers à d’autres regards ».
L’art du trait
PMH développe depuis des années une esthétique du foisonnement, où le trait tisse des liens. Professeur d’histoire-géographie pendant plus de vingt ans, il commence à « griffonner » au coin des feuilles, lors de réunions. Ce qui n’était qu’un geste d’évasion devient un langage : un enchevêtrement de formes abstraites ou figuratives, de signes récurrents tracés au Posca sur bois, toile ou métal. L’ensemble compose un réseau dense, sans hiérarchie ni plan prédéfini. « Rien n’est imposé, surtout pas le chemin à suivre », dit-il. Tout est dans le geste libre, la ligne continue, le « lâcher-prise » lucide. « Mon travail est comme un trait, comme une ligne que je trace et qui n’a pas de fin. Elle m’emmène dans des lieux surprenants, à la rencontre d’autres personnes qui, à partir de ce que je leur transmets, poursuivent leur propre trait ».
À Bagdad, ce geste devient un médium d’échange interculturel. En quelques heures seulement – deux sessions de trois heures pour les enfants et pour des étudiants de l’École des Beaux-Arts – PMH embarque les participants dans son univers. « Je leur ai montré des vidéos, quelques toiles, des objets peints pour expliquer l’équilibre entre le lâcher-prise et la concentration, entre rigueur et spontanéité. Puis nous sommes passés à l’action ». Le support ? Des planches en forme de skate, fabriquées pour l’occasion. La consigne ? Libre. Les résultats ? Étonnants. « Les enfants comme les étudiants ont déployé une énergie bouleversante. Tous avaient la volonté de bien faire, d’optimiser ce temps précieux. Certains enfants, d’abord déroutés par l’invitation à improviser, se sont appuyés sur les personnages de la mallette Posca – Poï, Moï, Hoï – pour entrer dans le dessin ». Chez les étudiants, l’effet est également déstabilisant. « Deux d’entre eux m’ont avoué être perturbés par le “lâcher-prise”, loin de l’apprentissage académique des Beaux-Arts ». Un conflit de paradigmes que PMH accueille avec bienveillance. Il ne propose pas un modèle, mais un déplacement : « Je ne suis pas là pour enseigner une méthode, mais pour ouvrir des perspectives, des possibles ».
Et les possibles jaillissent, comme en témoigne l’exposition organisée à l’Institut, où les œuvres des enfants côtoient celles des étudiants. « C’était joyeux, coloré, vivant, mais difficile de deviner qui avait peint quoi ». Près de 160 visiteurs se pressent au vernissage. Parmi eux, un père remercie l’artiste d’avoir redonné le sourire à sa fille. « L’un des plus beaux retours que j’aie jamais reçus ! ». Au-delà de redonner le sourire aux participants, « ces ateliers renforcent la confiance en soi, notamment chez ceux qui ne s’en croyaient pas capable. Des encouragements, de bons outils, quelques petites astuces et ils se lancent. Mais pas question de les forcer ; il faut les embarquer ! ».
Une aventure humaine
Ce séjour, placé sous haute sécurité – « Je circulais dans un convoi blindé, avec des gardes du corps en permanence, ce qui a rajouté à l’intensité du séjour » – s’est transformé en parenthèse vibrante. « L’Institut, c’était une bulle de créativité, d’échanges, de sourires. Un lieu où l’art est un langage commun ». Dans cet écrin, l’artiste n’a pas seulement transmis : il a aussi créé. Un skate, bien sûr, pour montrer son processus, mais il a aussi habillé une carte présentant les sites archéologiques d’Irak, « juste avant le vernissage ». Cette œuvre, née dans l’urgence, suscite depuis un tel engouement que l’Institut envisage une vente aux enchères, ou même des reproductions, pour soutenir de futurs ateliers. Une aventure à suivre puisque PMH évoque une nouvelle intervention l’année prochaine « à Bagdad et dans le Kurdistan irakien ». En attendant, l’artiste compte bien explorer certains motifs moyen-orientaux « comme la calligraphie, la mosaïque…, une passerelle vers mon univers ».
