RNST sur le mur des droits humains

Pour Amnesty International, RNST déploie sur vingt mètres un plaidoyer visuel pour un droit inaliénable et pourtant menacé : la liberté de manifestation.

Depuis trois ans, un long mur du XIIᵉ arrondissement de Paris se fait porte-voix des combats d’Amnesty International. Cette année, il porte la voix d’une campagne majeure : la liberté de manifestation, thème de mobilisation mondiale de l’ONG. « La liberté de manifestation est un droit pivot, celui qui permet de défendre tous les autres. C’est occuper l’espace public pour porter toutes les causes, qu’il s’agisse de lutter contre le racisme, l’homophobie, pour les droits des femmes ou pour l’environnement. Or, ce droit est aujourd’hui menacé partout dans le monde ! », rappelle Ivan Guibert, responsable des événements et des partenariats culturels d’Amnesty International France.

Le mur de toutes les luttes
Après Mahn Kloix et Olivia de Bona, l’invitation faite à RNST d’investir ce mur de 20 mètres de long sur 5 mètres de haut n’avait rien d’un hasard. Pour l’artiste, la convergence fut d’ailleurs immédiate. « La thématique est proche de ce que je revendique : la liberté d’expression. Or la liberté de manifestation est aussi une liberté d’expression et comme la démocratie, elle est inaliénable. C’est un droit fondamental qui fonde la démocratie, elle-même la vraie parole du peuple ». Pour l’artiste, aborder un tel sujet dans l’espace public supposait de mesurer chaque choix. « Je ne souhaitais pas que le spectateur se focalise sur une lutte plutôt qu’une autre, d’autant que ce sont des sujets sensibles qui exacerbent les passions ». La fresque se lit comme un récit continu où les figures se répondent sans hiérarchie. On y croise : la silhouette d’un manifestant au gilet fluorescent aux côtés de la devise d’Amnesty : On se bat ensemble, on gagne ensemble ; une femme afro-américaine, visage découvert, tenant une pancarte « Black Lives Matter » à bout de bras ; un garçon sous un parapluie face à une escouade de CRS ; deux silhouettes féminines masquées d’un foulard assorti sur un fond où s’affiche « Liberté de manifestation » ; une femme afro-américaine, foulard rouge sur le visage au milieu d’une forêt-jungle, des barbelés dans ses cheveux évoquent toutes les luttes, et l’écologie en particulier. Cette succession de scènettes ouvertes à l’interprétation condense avec justesse toutes les luttes. « En proposant cette narration graphique, je ne souhaitais pas centrer le propos, mais plutôt le décentrer pour revendiquer une liberté totale d’expression ». Le traitement pictural suit la même logique ; les couleurs se fondent dans des camaïeux qui adoucissent le propos.

Une agora de vingt mètres
La fresque a suscité des réactions immédiates. L’artiste, d’ordinaire discret dans ses interventions urbaines, a d’ailleurs dû les affronter : « Certains étaient rageux, d’autres solidaires… Ce qui m’a frappé, c’est que des personnes issues de toutes les classes sociales comprenaient et s’appropriaient le message, alors même que le muralisme engagé demeure en France une tradition marginale : ici, la fresque orne plus souvent qu’elle ne revendique ». Face à ce mur, le message s’impose. En un geste pictural, RNST transforme la rue en agora, réaffirmant que l’espace public appartient d’abord au peuple, que la liberté de manifestation n’est pas acquise et qu’elle reste un droit qu’il faut sans cesse reconquérir.

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