Speedy Graphito et Lady M font vibrer le M.U.R Orléans

Avec Glitch Pulse, Lady M et Speedy Graphito inventent un territoire de trouble, à la fois énigmatique et magnétique. Un bug fécond, une danse de formes qui refusent l’immobilité.

Depuis 2017, le M.U.R Orléans, initié par la Ville et porté par l’association Sacre Bleu, offre aux artistes un espace de création où se succèdent d’audacieuses fresques. Maye, Jace, Bom.K, Bault, Alëxone, Olivia de Bona, Grems, Difuz, Abys, Shane, Ratur, Marko93, Popay, L’Outsider… y ont déjà projeté leur univers. Fin septembre, pour la 53ᵉ fresque, la façade du cinéma Les Carmes s’est de nouveau muée en écran éphémère de création urbaine. Speedy Graphito et Lady M y ont signé Glitch Pulse, une œuvre monumentale de 2,5 x 9 mètres qui fait vibrer l’édifice au rythme de leur imaginaire croisé. Cette œuvre fait dialoguer deux imaginaires où l’abstraction optique de l’un et l’esthétique digitale de l’autre se confrontent et se confondent. Avec Glitch Pulse, les deux artistes orchestrent une fusion dans une dynamique à la fois troublante et envoûtante. Leur geste invente un espace hybride où la vibration des couleurs et la rigueur du pixel composent une cartographie mouvante de la perception. Leur dialogue prend la forme d’un « bug visuel », un dérèglement assumé de la surface où les motifs se désaxent, où les couleurs se télescopent, où l’image se met à vibrer. Dans cette polyphonie, la perception est constamment mise en éveil. Le regard, d’abord happé par le tumulte visuel, finit par trouver sa propre cadence, révélant alors des lignes de force invisibles, des volumes latents, des rythmes cachés. Ainsi, l’œuvre ne s’offre pas d’un seul bloc, mais se déploie, s’ajuste aux regards, évolue au fil des lectures. Comme une expérience à éprouver, Glitch Pulse place le spectateur dans un état de trouble fertile, entre fascination et désorientation, le contraignant à abandonner toute recherche de sens immédiat pour se laisser guider par ses perceptions.

Comment est née l’idée de cette collaboration pour la 53e fresque du M.U.R Orléans ?
Lady M : J’ai été invitée par le M.U.R d’Orléans à faire la 53e fresque. J’ai peint beaucoup de murs dernièrement et j’avais envie d’un challenge différent. J’ai donc proposé de peindre en duo. Mon choix s’est porté sur Speedy, car nos univers se parlent naturellement.
Speedy Graphito : Je ne peins plus trop de murs mais c’est toujours un plaisir de sortir de ses habitudes. C’est comme une escapade, le moment d’un échange et d’un partage loin des préoccupations du marché de l’art.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler ensemble sur ce projet ?
Lady M : Le désir d’unir nos univers dans une œuvre et une expérience partagée.
Speedy Graphito : J’aime travailler sur et avec l’univers d’autres artistes, une façon de se définir dans une histoire de la peinture. Lady M est la jeune génération et j’apprécie la confrontation aux nouvelles approches.

Qu’avez-vous choisi de représenter et pourquoi ?
Speedy Graphito : La fragmentation de l’espace comme une mosaïque pixelisée.
Lady M : Un dialogue qui naît d’une rencontre entre l’abstraction digitale de Speedy et mon univers visuel. Ensemble, nous dessinons un territoire partagé où l’énergie des formes et des couleurs devient un bug mental, à la fois troublant et mystérieux.

Comment avez-vous appréhendé ce lieu et ce format ?
Speedy Graphito : Le format est très horizontal et donc proche d’une lecture ou d’un déroulement d’actions qui peuvent se lire dans les deux sens. Certains motifs se répètent en partie, pouvant faire penser à une animation image par image.
Lady M : Il faut préciser que nous sommes sur le mur d’un cinéma et c’était intéressant d’y faire référence.

Avez-vous concrètement travaillé à quatre mains ? Vous êtes-vous répartis les rôles ?
Lady M : La composition du projet, imaginée par Speedy, mêle nos deux univers. Dans la réalisation du M.U.R, nous avons trouvé notre équilibre : j’ai donné vie à la dimension vibratoire, tandis que Speedy a incarné l’aspect digital.
Speedy Graphito : Oui, chacun était libre de s’exprimer dans ses espaces répartis aléatoirement.

Entre vos deux styles, avez-vous cherché un terrain d’entente esthétique ou avez-vous joué sur vos contrastes ?
Lady M : En jouant sur le contraste entre vibration et aplats de couleurs, nous avons façonné un monde mouvant où les formes surgissent tour à tour au premier ou au second plan, comme les fragments d’un récit visuel.
Speedy Graphito : Les fragments de Lady M donnent une profondeur à la fresque, comme des fenêtres donnant sur une autre dimension.

Y a-t-il un aspect de la démarche artistique de l’autre qui vous a particulièrement inspiré et que vous avez choisi de mettre en valeur dans cette fresque ?
Lady M : Le travail abstrait de Speedy m’inspire, notamment son exploration où rythmes, formes et couleurs deviennent un langage autonome. J’aime l’énergie visuelle et la liberté de ses compositions.
Speedy Graphito : L’aspect cinétique de Lady M m’a convaincu d’utiliser mon rapport au digital et à la perception de l’image. Cette recherche commune sur l’optique me semblait appropriée pour exprimer une sorte de chaos visuel où plusieurs facettes d’une figuration géométrique peuvent s’exprimer.

Qu’espérez-vous que le public retienne de votre passage et de votre œuvre sur le M.U.R ?
Lady M : L’œuvre Glitch Pulse se déploie comme une composition musicale, faite de sons qui s’entremêlent et se répondent pour créer un univers. Au premier regard, ce brouhaha visuel peut dérouter. Mais, à force de passer devant, le spectateur s’habitue aux rythmes et aux couleurs, se laisse porter par l’énergie que le mur transmet, et finit par voir l’œuvre autrement. J’aimerais que chacun abandonne la question du « que représente-t-elle ? » pour entrer en résonance avec ses propres ressentis.
Speedy Graphito : J’aimerais que les premiers observateurs déroutés finissent par voir les lignes invisibles de la construction, les rythmes, les suggestions des masses colorées, les volumes en trompe-l’œil et autres variations, que l’œil décrypte une fresque en mutation sous l’acuité du regard.

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