SPERA : une nouvelle expérience au service de l’Art Urbain

Connecter artistes, amateurs, collectionneurs et acteurs du marché de l’art (galeries, institutions, collectivités, agences, marques…), telle est la promesse de ce nouveau rendez-vous qui dépasse les modèles traditionnels.

SPERA est né de la rencontre de trois passionnés d’Art Urbain : Agathae Montecinos, fondatrice de l’association franco-brésilienne d’Art Urbain Pixo ; Nizia Montecinos, fondatrice de Terrart, agence d’ingénierie culturelle éthique ; Gary Laporte, fondateur de NAGA Creativo. Tous trois ont choisi de réunir leurs compétences pour imaginer un nouveau rendez-vous d’Art Urbain particulièrement innovant. Leur ambition ? « Aller à l’encontre des foires traditionnelles, des événements qui se limitent souvent à une succession de galeries juxtaposées, sans véritable interaction avec le public ou entre les participants eux-mêmes ». Leur objectif ? Relier et explorer les cultures urbaines du monde entier, comme le révèle Agathae Montecinos.

Quel est le concept de SPERA ?
SPERA est bien plus qu’un événement. C’est une rencontre internationale où l’art et les cultures urbaines se mêlent pour créer un espace d’échange, de réflexion et de découverte. Nous avons voulu dépasser le cadre traditionnel des foires pour offrir une expérience vivante, où l’art dialogue avec les enjeux contemporains, qu’ils soient économiques, sociaux ou culturels. Avec mon expérience dans la conception et la gestion de projets artistiques, notamment à travers Pixo et Terrart, où j’occupe le poste de directrice artistique et de production, j’ai souvent été confrontée aux visions réductrices de l’Art Urbain. Ce n’est pas une règle générale, mais encore aujourd’hui certains le considèrent comme purement décoratif, d’autres le cantonnent au vandalisme. Avec SPERA, nous voulons montrer toute la diversité de l’art et des cultures urbaines en allant au-delà des idées reçues. Il s’agit de prouver que cet Art Urbain pluriel, inclusif et audacieux, ainsi que ses multiples expressions culturelles, ont toute leur place sur la scène internationale et dans le marché de l’art, notamment contemporain.

En quoi va-t-il se différencier des autres événements et salons d’art ?
Avec près de vingt ans d’expérience dans l’univers de l’Art Urbain, une discipline qui me passionne profondément, j’ai pu découvrir divers formats de foires, expositions et projets artistiques. Ces expériences m’ont appris qu’un événement réussi dépasse la simple présentation d’œuvres : il doit raconter des histoires, susciter des rencontres et laisser un impact durable. SPERA innove en adoptant un format hybride, à la fois immersif et pluridisciplinaire. Là où de nombreux événements d’Art Urbain se limitent à une approche esthétique ou à une mise en scène décorative, SPERA célèbre l’ensemble des cultures urbaines, où l’art urbain dialogue avec d’autres disciplines comme la danse, la musique ou le sport. Nous avons voulu sortir du modèle classique des foires d’art où les participants sont souvent enfermés dans des stands cloisonnés. Ici, les participants sont pleinement intégrés à la dynamique de l’événement, avec des outils leur permettant de vendre, mais aussi de partager, d’échanger et de transmettre.

Comment choisissez-vous les participants ?
Nous avons décidé de sélectionner chaque participant – artistes, agents, galeries, marques et collectivités – avec soin, sans appel à candidatures, afin de proposer une vision cohérente et fidèle à l’essence de l’Art Urbain. L’enjeu est de valoriser la diversité des courants du mouvement, en mettant en avant aussi bien le graffiti et la pixação, que le street art et le muralisme contemporain. Cette sélection exigeante permettra de créer un dialogue enrichissant entre artistes émergents et figures établies, offrant ainsi au public une lecture plus complète et plus subtile de l’Art Urbain.

Que pourrons-nous découvrir ?
Pour la première édition de SPERA, nous avons choisi le Beffroi, qui accueille le Salon d’Art Contemporain annuellement à Montrouge, un lieu mythique qui nous permet de raconter une histoire afin d’accompagner le public à chaque étage : au rez-de-chaussée, une foire artistique rassemblera 38 exposants soigneusement sélectionnés ; le premier étage sera un lieu de convivialité avec deux bars festifs, favorisant le networking, les rencontres et échanges informels ; le deuxième étage invitera à la réflexion, avec des tables rondes, des projections et un espace dédié aux enfants, pour que la découverte de l’Art Urbain commence dès le plus jeune âge. Et parce que cet art vit dans la rue, il était essentiel de l’ancrer dans la ville avec un programme qui sort des murs du Beffroi pour aller à la rencontre du public et du territoire qui nous accueille pour l’édition 2025.

Comment comptez-vous convaincre le public ?
Nous avons voulu que SPERA soit un événement accessible et ouvert à tous, des passionnés d’Art Urbain aux curieux qui souhaitent le découvrir. Le Beffroi, lieu d’accueil de cette première édition, offre un cadre idéal pour une expérience immersive, où chaque espace a été pensé pour susciter l’échange et la découverte. Cerise sur le gâteau, tous les étages et salles du bâtiment sont accessibles aux personnes à mobilité réduite. Le public pourra assister à des performances live, découvrir des collaborations uniques entre artistes et regarder des œuvres sous un angle inédit. Loin d’un format figé, SPERA encourage l’interaction et l’expérimentation, en donnant aux visiteurs l’opportunité de dialoguer directement avec les créateurs et de mieux comprendre leurs démarches. L’un des aspects qui nous tenait particulièrement à cœur était aussi de proposer des œuvres à tous les prix, permettant à chacun, collectionneur averti ou amateur, de repartir avec une pièce qui lui correspond. Nous avons veillé à ce que SPERA soit un espace où chacun puisse se sentir légitime, qu’il vienne pour admirer, pour apprendre ou pour acheter.

Et comment comptez-vous séduire les collectionneurs ?
L’espace principal de SPERA, avec ses 38 stands répartis sur plus de 1.000 m², a été entièrement conçu pour offrir aux collectionneurs une expérience de découverte et d’acquisition dans un cadre unique. Nous avons pris soin de sélectionner des exposants capables d’offrir une lecture complète de l’Art Urbain, tout en répondant aux attentes des collectionneurs contemporains, à la recherche d’œuvres singulières et d’expériences nouvelles. Notre ancrage dans le réseau des collectionneurs d’Art Urbain et notre proximité avec le monde de l’art contemporain nous permettent de créer des passerelles entre ces univers et d’attirer un public plus large, en mettant en avant la pertinence et la force de l’Art Urbain dans le paysage artistique actuel. Des rencontres exclusives, des visites guidées et des œuvres inédites seront mises en avant pour offrir aux collectionneurs un cadre privilégié où ils pourront non seulement acquérir des pièces uniques, mais aussi échanger avec les artistes et mieux comprendre les enjeux de ce marché en constante évolution.

Lancer un nouvel évènement aujourd’hui, n’est-ce pas un pari risqué ?
Bien sûr, créer un nouvel événement dans un contexte où d’autres foires sont déjà bien établies est un défi, mais c’est aussi une formidable opportunité. Plutôt que de se positionner en concurrence avec les événements existants, SPERA vient compléter et enrichir l’offre artistique parisienne, en proposant une lecture plus large et plus immersive de l’Art Urbain. Nous avons d’ailleurs choisi un créneau encore disponible dans la scène locale et européenne. Mon expérience avec INarteurbana, projet de développement territorial à travers l’art qui se déroule au Brésil depuis 2015, m’a appris que c’est précisément dans les moments de défi que l’innovation trouve toute sa place. Nous savons qu’il y a une véritable attente pour des événements qui sortent des formats classiques et qui offrent une expérience plus humaine, plus ancrée dans la réalité du mouvement urbain. SPERA s’inscrit dans cette volonté, avec une approche qui mêle créativité, diversité et engagement.

Quel serait votre vision d’un salon d’art réussi ?
Un salon d’art réussi est avant tout un lieu où les rencontres comptent autant que les œuvres exposées. Il doit créer des ponts, entre artistes émergents et confirmés, entre collectionneurs et créateurs, entre amateurs et professionnels. Nous voulons que SPERA soit une expérience marquante, où chacun trouve une raison de revenir : des artistes qui découvrent de nouveaux collectionneurs, des amateurs qui repartent avec une œuvre qui leur tient à cœur, des professionnels qui créent des connexions durables… Notre ambition est que, après quatre jours intenses, la seule envie qui reste soit de préparer la prochaine édition.

Simon Watson

Commissaire d’exposition indépendant, conseiller artistique et spécialiste du marketing événementiel culturel basé à New York et à São Paulo.

Amateur, collectionneur ou professionnel, comment vous définissez-vous ?
Né au Canada et ayant grandi entre l’Angleterre et les États-Unis, je suis un commissaire indépendant et un éducateur artistique basé à New York et São Paulo. Fort d’une expérience sur trois continents, j’ai imaginé et organisé plus de 350 expositions pour des galeries et des musées. J’ai également conçu, en tant que conseiller artistique, des programmes de collection pour de nombreux clients privés. Mon équipe et moi-même, y compris notre responsable des relations internationales Xavier Auza, identifions et accompagnons les futurs artistes stars, dont beaucoup sont aujourd’hui représentés par les galeries d’art contemporain les plus prestigieuses : Almine Rech, Gagosian, Hauser & Wirth, Mendes Wood DM, Templon, Thaddaeus Ropac Gallery… LUZ_AIR, notre programme de résidence artistique à New York, São Paulo et Lisbonne, sert également de tremplin aux jeunes créateurs. Année après année, nous avons su identifier des talents exceptionnels dès leurs débuts, notamment Sherrie Levine, Richard Prince, Deborah Kass, Jack Pierson, Gary Simmons, Sarah Sze… et, plus récemment, Nina Chanel Abney, Kenny Scharf, Kehinde Wiley, Chico da Silva… En tant que coach d’artistes, j’ai créé une méthode de SURVIE EN DIX ÉTAPES, enseignée dans 19 universités américaines. Grâce au soutien de Larry Warsh, grand collectionneur de Jean-Michel Basquiat, Keith Haring et Ai Weiwei, et éditeur de nombreuses monographies, cette méthode sera publiée en 2026 sous forme de guide de survie pour artistes, distribué dans les librairies des musées internationaux.

Qu’est-ce qui vous a conduit à vous intéresser à un salon d’art en France ?
Mon intérêt pour SPERA vient de son approche innovante alliant art et plaidoyer culturel. SPERA ne se limite pas au label « foire d’art ». Ce qui m’attire, c’est son rôle de défenseur culturel, réunissant une conférence internationale d’influenceurs artistiques. C’est un concept hybride, un SALON du XXIe siècle. Quant à mon intérêt pour la France, je suis depuis toujours fasciné par le système dynamique des FRAC pour l’engagement artistique régional et par le soutien national de l’art via le FNAC. Paris, en particulier, avec son historique accueil de l’avant-garde, et désormais avec la présence incontournable d’Art Basel Paris, s’impose comme un centre clé de l’art contemporain. Sur un plan personnel, dès le début des années 1990, mes plus grands soutiens collectionneurs pour les artistes émergents que je découvrais étaient français, notamment Alain Clairet, Vincent Wapler ainsi que Philippe Ségalot et Marc Blondeau, conseillers de la collection François Pinault.

En quoi SPERA se distingue-t-il des nombreuses foires et manifestations mondiales ?
Au début des années 1980, il n’y avait que deux foires internationales d’art contemporain, à Köln et Chicago. Aujourd’hui, des centaines de foires se tiennent à travers le monde, plusieurs chaque semaine. Cette prolifération a créé une certaine uniformité, un effet « zombie », particulièrement visible en décembre, lorsque 85.000 visiteurs se rendent à Miami pour assister à deux douzaines de foires. SPERA se distingue par son approche rafraîchissante. À l’image d’un réalisateur de films d’auteur, Gary Laporte apporte une forte vision curatoriale à un programme sur mesure qui combine arts urbains et cultures contemporaines pour un cercle sophistiqué d’influenceurs.

Sur SPERA, quels sont vos objectifs en termes de découvertes, de budgets, d’acquisitions… ?
Nous restons toujours à l’affût pour notre réseau de collectionneurs, à la recherche de nouveaux artistes et d’œuvres intéressantes à acquérir. Par exemple, Larry Walsh, collectionneur new-yorkais de renom, s’intéresse vivement aux créations d’Enivo, un artiste présenté à SPERA. Nous cherchons également à établir des passerelles culturelles et attendons avec impatience d’interagir avec les participants de SPERA. Mon collègue Xavier Auza et moi-même poursuivons notre engagement avec de nombreux artistes émergents remarquables dans le cadre de notre programme de résidence sur trois continents, qui alimente notre travail curatorial avec musées et galeries. Enivo a participé aux résidences LUZ_AIR à New York et Lisbonne. Désormais, il est co-commissaire associé pour l’exposition des arts urbains que nous avons créée au Musée National de Brasília il y a trois ans et qui reviendra en 2025 sous forme de triennale. Avis aux musées et mécènes intéressés : nous rêvons de faire voyager cette exposition sur la scène internationale !

Quelle est votre vision de l’état actuel du marché de l’art ?
Après des décennies passées à travailler avec des artistes émergents et établis, je constate que la scène artistique d’aujourd’hui est plus ouverte que jamais aux perspectives mondiales et à la richesse de la diversité humaine. C’est aussi une époque de fusion créative et d’interaction ludique entre communautés artistiques et marques variées. L’art se manifeste partout, dans les espaces publics et privés, engageant une nouvelle audience de manière stimulante.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un collectionneur débutant ?
Adolescent, j’étais déjà collectionneur ; j’ai acheté ma première œuvre d’art contemporaine à l’âge de 13 ans. Avec l’expérience d’une vie de collection, mon meilleur conseil est de faire beaucoup de recherches. Informez-vous en lisant des magazines, visitez des galeries et musées, assistez à des conférences et, surtout, apprenez des professionnels de l’art et des artistes eux-mêmes. Une fois vos goûts affinés, identifiez ce qui correspond à votre budget et achetez ce qui vous plaît. C’est cette approche que j’ai appliquée dans mes activités de conseil, collaborant avec des collectionneurs renommés tels que Larry Warsh, Susan & Michael Hort, Mera & Donald Rubell et Beth Rudin DeWoody. N’ayez pas peur de croire en de nouveaux talents et de les soutenir. Avec une méthode de portefeuille artistique – ciblant 12-15 artistes dans une période donnée à des prix inférieurs à 7.000 USD – et un horizon de sept ans, mon expérience montre que cette stratégie offre des retours multipliés par dix. Saisissez l’opportunité !

Charles Myara

Collectionneur d’art moderne et contemporain, professionnel de la communication éthique et culturelle auprès des plus grandes institutions depuis plus de 30 ans

Comment êtes-vous devenu collectionneur ?
Avant de collectionner de l’art contemporain, j’ai toujours baigné dans des décors artistiques subis, plutôt élégants et très cohérents. J’ai été élevé dans une famille assez bourgeoise avec des meubles et des tableaux qui ont toujours été là, mais dont les envies de changement se faisaient sentir à chaque génération. Mes parents vivaient dans des meubles XVIIIe mais n’hésitaient pas à les marier avec du mobilier contemporain dans les années 1970. Louis XVI et Knoll ont ainsi aiguisé mon œil ! Enfant, je chinais avec ma mère et j’ai beaucoup appris au contact des antiquaires et des marchands. Mon père avait un goût plus moderne ; il aimait l’art abstrait. Je me souviens de son premier Vasarely dont il était fier… Les arts décoratifs m’ont toujours intéressé et j’ai longtemps considéré que les tableaux étaient des éléments de décor. Les œuvres picturales me semblaient mineures à côté de la composition musicale ; je pensais qu’un opéra de Wagner était plus complexe, plus sentimental, plus savoureux qu’un tableau de Friedrich ! C’est plus tard, lorsque j’ai fait mes études, que je me suis ouvert à l’art contemporain grâce aux grandes expositions à Pompidou ou ailleurs. J’ai beaucoup aimé notamment Ellsworth Kelly ou Franck Stella, puis la photographie avec Mapplethorpe ou Nan Godin…  

Comment choisissez-vous les œuvres et les artistes ?
Lorsque j’ai rencontré celui qui allait devenir mon mari, historien d’art et critique, j’ai commencé à courir les galeries dès le début des années 1990 à Paris, Londres, New York… et j’ai commencé à acheter des œuvres selon un critère simple : est-ce que j’ai envie de vivre avec cette œuvre chez moi ? Je n’avais pas les moyens d’acheter des œuvres d’artistes célèbres ou des toiles ; je me suis d’abord contenté d’œuvres papier, de dessins et de gravures. Ensuite, j’ai appris à regarder avec précision la technique, la composition générale d’une œuvre et mes achats sont devenus peut-être moins impulsifs que ceux de mes premiers regards… Mon premier véritable achat est un dessin de William Utermohlen : un nu féminin qui ne me quitte pas depuis 1991 ! Il est passé dans tous mes bureaux et il est encore accroché dans mon appartement parisien. Utermohlen est un artiste exceptionnel qui a une histoire extraordinaire. Son œuvre retrace symboliquement des pans originaux de l’histoire américaine et ses portraits sont des témoignages de la complexité des relations psychologiques. J’ai également découvert l’hyperréalisme avec Ronald Bowen et je suis heureux de posséder plusieurs toiles de cet artiste sensible. Je dois avouer également que j’ai une passion immodérée pour Ettore Greco, un sculpteur italien, véritable héritier de Rodin… Nous avons la chance d’avoir plusieurs œuvres qui diffusent une puissance inouïe dans les espaces où nous les installons, à Paris ou à la campagne. Je passe du temps avec ce qui est au mur, c’est-à-dire que je reviens souvent regarder et interagir avec une œuvre. Si je connais l’artiste, je me pose mille questions et parfois j’en discute avec lui.

Avez-vous des centres d’intérêt particuliers ?
Non, aujourd’hui j’aime absolument tout, toutes les techniques, tous les styles, toutes les origines sur tous les continents avec des passages et des passades ! J’ai besoin de toutes les dimensions pour me sentir bien en 2D comme en 3D… Je me suis beaucoup intéressé à l’art brut et à « l’art des fous » à une période récente. La Ville de Paris m’a ainsi confié le commissariat de deux grandes expositions, « Essentiel » en 2010 et « Exil » en 2012, à partir des collections d’ateliers artistiques d’établissements médicosociaux.

Qu’est-ce qui vous séduit dans le concept de SPERA ?
Ce qui m’a séduit, c’est justement d’être séduit !!!! Je n’avais aucune appétence pour l’art urbain… Victime des grapheurs sauvages sur la façade de mon immeuble à la porte Saint-Martin pendant 20 ans, je fuyais les galeries qui présentaient ces artistes en les considérant comme des usurpateurs. À mes yeux de vieux con avant l’âge, l’art urbain était à l’histoire de l’art ce que le rap est à la musique… le reflet d’une société malade ! SPERA est quasiment une révélation pour moi ! Plus qu’un événement, c’est un concept pédagogique, universel, interactif qui donne des clés de compréhension de la créativité contemporaine. J’ai ouvert les yeux plus grands sur des formes d’expression que je refusais de regarder, par idéologie et ignorance crasse. J’ai été bousculé visuellement et intellectuellement… Je suis sorti de l’ornière et ça n’a pas de prix… mais beaucoup de valeur !

Qu’attendez-vous de votre participation et visite, notamment en termes de découvertes, de budgets, d’acquisitions… ?
J’attends beaucoup des échanges avec le public ; j’aimerais savoir si l’énergie que va offrir cette séquence peut se diffuser dans le cœur des visiteurs. En littérature, être urbain, c’est une vertu comportementale en société… SPERA est un défi, un pari, une promesse de bien vivre ensemble ! Je compte beaucoup sur la sélection du commissariat pour la découverte initiatique de ces artistes qui façonnent le mouvement urbain. Je n’ai pas spécialement de budget limité, mais suis prêt pour la première fois à ouvrir ma collection à des artistes urbains. Je craquerai peut-être, sans doute, un peu, voire à la folie…

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un collectionneur débutant ?
Achetez tout ce qui vous plaît ! Discutez avec les galeristes, documentez-vous, visitez les expositions dans les musées pour habituer vos yeux à toutes les formes d’art !

Nicolas Laugero Lasserre

Commissaire d’exposition, cofondateur de Fluctuart et Quai de la Photo, directeur des écoles ICART et fondateur du musée ART42

Collectionneur ou professionnel du secteur artistique, qu’est-ce qui est venu en premier ?
J’ai d’abord été passionné par ce mouvement, le découvrant dans la rue, en particulier dans le quartier de la Butte aux Cailles à 20 ans, lorsque je suis arrivé de Marseille sans un sou pour suivre le Cours Florent. À 25 ans, j’ai commencé à collectionner modestement dessins et sérigraphies. Mon implication s’est accentuée lorsque j’ai mieux gagné ma vie… Et chose incroyable, ma passion s’est progressivement transformée en activité professionnelle. Cette passion a véritablement changé ma vie ! Tout ce que j’ai donné à ma passion durant ces trois décennies, elle me l’a rendu au centuple, entre les rencontres, la centaine d’expositions curatées, la création de Fluctuart, les projets incroyables : le tunnel des Tuileries, la campagne Visa pour les Jeux Olympiques de Paris 2024, l’exposition « L’art dans la rue » à l’Abbatiale Notre-Dame de Bernay… Chaque fois, je prends cela comme des cadeaux et j’en suis reconnaissant !

On a l’impression d’entendre le jeune homme encore tout émerveillé…
N’étant pas un enfant du sérail, il y a toujours en moi ce jeune gars émerveillé dans l’homme que je suis aujourd’hui, dont la quête est de rendre l’art accessible !

Qu’est-ce qui t’a initialement séduit dans l’Art Urbain ?
La beauté déjà, alors même que, depuis le début du XXe siècle avec Marcel Duchamp et la suite des avant-gardes, le beau n’existe plus, paraît-il. Or, pour moi, le beau existe encore ! La beauté des fresques peintes dans la rue, le jaillissement des couleurs, l’accessibilité pour toutes et tous, de tout âge et de toutes origines… m’a fasciné ; l’engagement des artistes – qu’ils soient simplement concernés ou carrément militants –, m’a marqué et embarqué ! Le regard que beaucoup portent sur le monde et leur volonté de changer les choses sont une dimension importante pour moi, un des fondamentaux de ce mouvement.

Tes goûts personnels influent-ils sur tes choix professionnels, et inversement ?
Une question délicate qui impose deux réponses : oui et non. Lorsque j’accompagne un projet avec beaucoup de liberté, mes choix personnels s’expriment. Telle est la nature d’un commissariat d’exposition ou d’une direction artistique, fruit d’une vision personnelle. Pour autant, elle se double toujours de contraintes, liées au cahier des charges des institutions publiques, des marques… – par exemple une esthétique plus figurative, un focus sur le lettrage, le graffiti, le Street Art… – et, surtout, d’une éthique ! Celle-ci permet d’équilibrer une programmation, autour de valeurs importantes pour moi, comme soutenir la parité homme/femme, prendre en compte les différents courants, mixer les générations pour rendre hommage aux pionniers tout en poussant des artistes émergents… Je suis conscient de ces enjeux, qui sont réfléchis avec mon équipe, mes partenaires, les institutions, les collectivités… même si cela ne me rend pas parfait, loin de là. Ne pas s’imposer une telle éthique n’est pas rendre service à l’Art Urbain ! Il m’est d’ailleurs arrivé d’écarter des artistes que j’aime profondément dans mes programmations pour éviter toute collusion !

Collectionnes-tu des artistes découverts au cours de tes activités professionnelles ?
Bien sûr ! Je dois néanmoins confesser que, depuis la naissance de mes projets entrepreneuriaux à l’image Fluctuart ou Quai de la Photo, j’ai, à mon grand regret, réduit la voilure, pour des raisons financières. Mes ressources, je dois les mettre dans le développement de mes activités. À l’origine, issu d’un milieu modeste, je suis très singulier dans ma démarche puisque je pars de zéro, loin de l’image que l’on se fait des collectionneurs, souvent de grands industriels et des chefs d’entreprise fortunés. Même si je suis désormais moins modeste, il me semble intéressant de casser ces clichés. J’achète néanmoins une trentaine d’œuvres par an pour quelques centaines voire quelques milliers d’euros. Invader, JonOne, Speedy Graphito, Dran… étant désormais hors de ma portée, je me concentre sur les artistes émergents comme Dawal, Rouge Hartley…

En tant que directeur de l’ICART, comment former les futurs professionnels à comprendre et à répondre aux attentes des collectionneurs ?
Depuis dix ans que je dirige l’ICAR [École du management de la culture et du marché de l’art], cette question m’a toujours obsédé. Pour moi, former, c’est transmettre des valeurs importantes. Or l’art, passerelle entre les peuples, entre les cultures, entre les religions…, est probablement ce qu’il y a de plus noble dans l’histoire de l’homme et de l’humanité. Avec l’équipe pédagogique et le corps professoral, nous essayons de transmettre des valeurs d’accessibilité à l’art, de démocratisation, loin de toute forme de snobisme, d’entre-soi… un effet pervers dans les métiers du marché de l’art particulièrement détestable ! Je répète d’ailleurs souvent à mes étudiants que l’habit ne fait pas le moine et que le snobisme n’a jamais fait vendre une œuvre d’art ! Mieux vaut partager sa passion pour transmettre les clés d’un mouvement, d’une démarche artistique, d’une technique picturale…

Qu’est-ce qui te séduit dans le concept de SPERA ?
Je suis déjà admiratif du parcours de l’équipe qui, depuis dix ans, porte beaucoup de projets et soutient de nombreux artistes avec passion et engouement. Ensuite, au-delà des deux foires d’Art Urbain existantes et des grandes expositions, il me semble important de créer ce nouveau rendez-vous qui, au-delà des galeristes, va fédérer les acteurs du monde de l’art. Un événement hybride où professionnels du marché, commissaires d’exposition, institutions, opérateurs, agences d’ingénierie culturelle, artistes et passionnés vont venir porter ce mouvement et partager leur passion. Je suis séduit par l’originalité de ce concept! Je serais d’ailleurs présent en tant que collectionneur et professionnel !

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