UPaint à ciel ouvert… et à cœur ouvert

Depuis 2017, UPaint a imposé le Street Art au cœur de la Principauté de Monaco. Né d’une intuition audacieuse, soutenu par la Fondation Prince Albert II, le festival conjugue création live, engagement et esprit de partage.

Ce festival atypique a su faire sa place dans une ville où le Street Art n’avait pas droit de cité. Ainsi, chaque année, une douzaine d’artistes aux styles et origines variés investissent les panneaux en bois installés face à la mer, transformant la Promenade du Larvotto en atelier à ciel ouvert. Comme le confie Valentine Colman, pour 2025, la thématique des océans s’est imposée, en résonance avec les grandes conférences internationales organisées sur la Côte d’Azur.

Comment est né Upaint ?
Upaint est né en 2017 de l’audace visionnaire de mes parents, Alberto et Cinzia Colman. En 2012, lors du Monte Carlo Femme de l’année, un événement qu’ils organisent à Monaco, ils ont invité l’artiste monégasque Mr One Teas à réaliser une performance live avec son crew, un portrait du Prince Albert II et de la Princesse Charlène il me semble. Séduit, mon père a imaginé un événement de Street Art caritatif. Un pari fou dans une principauté où l’Art Urbain n’a pas vraiment droit de cité. Après cinq ans de démarches – beaucoup de résistances, notamment des galeries monégasques peu enclines à considérer le Street Art comme une forme d’art –, ils présentent le projet au Prince, qui est immédiatement séduit. Depuis 2022, mon frère et moi épaulons nos parents dans l’organisation du festival.

Peut-on dire que le Prince est sensible à cette forme d’art ?
Je ne peux parler en son nom, mais le Prince est présent sur chaque édition, échange avec les artistes, s’intéresse aux œuvres, aux messages, à l’énergie qui se dégage… Il nous a même confié adorer l’ambiance. Je pense qu’il est sensible à cette forme d’art et aux causes qu’UPaint défend. Accueillir le Street Art à Monaco, c’est ouvrir un dialogue entre tradition et modernité. Et le Prince, par sa présence, incarne ce pont avec élégance.

Quelle était la thématique de l’édition 2025 ?
L’océan, proposé par la Fondation Prince Albert II, en lien avec la conférence de l’ONU à Nice et le Blue Economy and Finance Forum à Monaco. Chaque année, le festival s’aligne sur l’un des grands axes d’action de la Fondation Prince Albert II, à laquelle il reverse les fonds collectés. En 2025, ces fonds soutiennent le programme BeMed, qui lutte contre la pollution plastique en Méditerranée.

Combien avez-vous récolté ?
Le bilan est en cours, avec une vente aux enchères en ligne la semaine du festival et une vente physique à l’Hôtel des ventes de Monte-Carlo en septembre. Mais depuis 2017, près de 300.000 euros ont déjà été reversés à la Fondation.

Comment avez-vous sélectionné les artistes participants ?
Après neuf années d’existence, le festival suscite un vif engouement, et la liste d’attente s’allonge d’année en année. Nous recevons de nombreuses candidatures via Instagram et notre site. Seuls 12 artistes sont retenus, selon leur qualité artistique, leur style, leur cote, leur capacité à produire des formats de galerie – puisque les artistes peignent des toiles de 100 x 100 cm ou 120 x 80 cm disposées sur des panneaux en bois de 4 mètres sur 2 – et leur capacité à créer du lien. Les recommandations des artistes des éditions précédentes comptent énormément, car nous cherchons des personnalités généreuses, capables d’échanger avec le public et de créer une vraie dynamique collective. Cette année, l’énergie du groupe a d’ailleurs été exceptionnelle.

Tous n’étaient pas des artistes labellisés Art Urbain…
C’est exact. Nous ouvrons progressivement la sélection, la frontière entre Street Art et art contemporain devenant de plus en plus floue. Ce glissement nous permet d’explorer une palette plus vaste de démarches, de sensibilités, de langages plastiques, tout en restant fidèles à l’esprit du festival.

Que deviennent les panneaux après que les toiles sont retirées et vendues ?
Une fois les toiles décrochées, il arrive que ces structures suscitent l’intérêt de collectionneurs séduits par ce qui « déborde », certains artistes ne s’arrêtant pas aux toiles. Notre objectif étant de maximiser les fonds reversés à la Fondation, rien ne se perd.

Que prévoyez-vous l’année prochaine ?
Nous fêterons les dix ans du festival ; un anniversaire que nous comptons célébrer avec une édition élargie et festive. L’idée ? Réunir une vingtaine voire une trentaine d’artistes qui ont marqué chaque édition depuis 2017 pour un Upaint XXL. Mais tout dépendra des partenaires et du budget que nous pourrons réunir…

Est-ce difficile de convaincre entreprises et particuliers de soutenir ce type d’événement ?
Après neuf éditions et malgré le contexte économique tendu, notre crédibilité et l’impact du projet rassurent, même si les soutiens à la culture sont souvent les premiers à être réduits. D’où notre appel constant à des mécènes passionnés d’art, sensibles à notre cause environnementale et désireux de bénéficier d’une visibilité dans un territoire aussi singulier que Monaco. Nous avons heureusement la chance de compter sur des entreprises fidèles, qui renouvellent leur engagement année après année.

Comment voyez-vous l’avenir de Upaint ?
Nous l’imaginons en mouvement, en exportant le concept. Nous sommes d’ailleurs en discussion avec des partenaires en Espagne et en Grèce. Et si la Fondation Prince Albert II reste un partenaire majeur, nous sommes ouverts à d’autres causes, comme en 2024 où une partie des fonds a été versée à la SPA de Monaco, qui a pu construire un nouveau refuge.

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