À travers le festival de Street Art « Limoges d’Arts et de Feu », la ville a choisi d’affirmer son statut de ville porcelainière et de confier à des artistes d’Art Urbain, un art transgressif, le soin de porter un autre regard sur les arts du feu.
Par Suzanne Philippe

L’émail limousin a fait la réputation de Limoges dans l’Europe médiévale et, depuis le XIXe, la ville est connue dans le monde entier pour ses chefs-d’œuvre de porcelaine. La qualité de ses productions, la richesse de ses pièces, la finesse et la transparence de la matière font toujours la réputation de ses manufactures dont certaines sont, aujourd’hui encore, des marques de luxe internationales. Les Arts du feu caractérisent LIMOGES d’Arts et de Feu les techniques artistiques, qui reposent sur la transformation d’une matière première minérale, par la chaleur. Ils marquent profondément l’identité de la ville, à la croisée de la création artistique et de l’innovation industrielle. Ainsi, reconnue capitale créative de l’Unesco et capitale mondiale des Arts du feu, en raison de sa longue tradition artisanale et industrielle de l’émail (émail de Limoges), des vitraux, de la porcelaine (porcelaine de Limoges) et, plus récemment, de la céramique technique (Pôle européen de la céramique), Limoges a choisi l’Art Urbain pour redynamiser le centre-ville.

Une initiative originale

L’objectif de l’événement artistique « Limoges d’Arts et de Feu » est donc de redynamiser le centre-ville en utilisant les vitrines vacantes comme support d’œuvres d’art éphémères. En effet, la fermeture de commerces en centre-ville impacte fortement l’espace public. En proposant des œuvres d’art grand format sur ces espaces vides, la rue se transforme en musée à ciel ouvert. La technique utilisée ici se base sur le collage, qui permet d’offrir un résultat durable mais parfaitement réversible, sans aucun dommage pour les supports vitrés. En partenariat avec la ville, l’association Limousinart (association bellachone), dont l’objectif est de développer et de promouvoir l’Art Urbain en région Limousin, a réuni pendant plusieurs jours, une vingtaine des plus grands artistes collagistes français, ainsi qu’une dizaine d’artistes locaux. Cherchant à développer de nouveaux espaces créatifs accessibles pour tous, Limoges, à travers cette démarche basée sur une approche artistique, affiche ainsi sa volonté de valoriser les locaux commerciaux vacants en les rendant plus esthétiques afin d’attirer l’attention de locataires potentiels et inciter les habitants mais aussi les touristes à s’attarder dans certaines rues de l’hyper-centre pour les découvrir sous un nouveau jour, tout en valorisant le patrimoine culturel et historique.

Une trentaine d’artistes invités

La qualité des œuvres proposées, ainsi que la diversité de styles des artistes participants est à mettre au crédit de ce projet avec des créations uniques capable de créer chez les spectateurs de fortes émotions. Chacun des trentes artistes invités a donc apposé son œuvre les 13 et 14 juillet derniers sur une trentaine de vitrines de boutiques situées dans les rues Adrien-Dubouché, Fourie, du Consulat, du Temple, Darnet, Othon Péconnet, Lansecot mais aussi place de la Motte et au Pavillon du Verdurier. De grands noms ont répondu présents. Ainsi, Agrume et son humour truculent peindra une des situations absurdes, romantiques, mélancoliques, dérangeantes… dans laquelle l’être humain est moqué, qu’il aime mettre en scène. Fred Calmets rendra hommage à la puissance de la vie pour faire face à la mort, sujet qui le passionne souvent représenté par des vanités dans son travail. Codex Urbanus nous régalera de son bestiaire fantastique mais aussi d’antiques symboles sur fonds dorés. Matthieu Dagorn jouera avec la spirale, l’ondulation pour une œuvre abstraite et colorée. Madame déconstruira l’iconographie ancienne, pour la faire parler d’aujourd’hui dans une véritable scène de théâtre à ciel ouvert. Joachim Romain sculptera, déchirera, découpera,
peindra… des affiches récupérées pour chercher les liens, dans l’espace comme dans le temps, qui traversent nos urbanités. Jordane Saget tracera ses lignes dont les courbes ouvrent vers l’infini, là où l’imagination est reine. Une visite s’impose !

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