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RENCONTRE

SOFTTWIX : les évidences derrière les apparences

Après avoir collé dans la rue ses E.Dolls en format XXL, toutes aussi troublantes qu’émouvantes, la photographe et collagiste nous régale enfin d’un solo show. L’occasion de (re)découvrir un travail pictural plein de sens.
Par Gabrielle Gauthier

Derrière ses portraits de femmes en noir et blanc au regard intense, dont la beauté rivalise avec les cicatrices de leur histoire, Softtwix nous invite à réfléchir sur l’injonction sociétale du paraître, dans un tête-à-tête à la fois poétique et libérateur. Renfermant la mémoire de toutes les femmes, chaque E.Doll renvoie alors comme un miroir notre propre image mais aussi celle d’une mère, d’une sœur, d’une fille, d’une amie.

Comment est née l’idée de ce solo show ?

Ce solo show est né de ma rencontre avec Nicolas Laugero Lassere, fin 2018. Je ne travaillais à l’époque que sur mur, en Urbex ou pour des Festivals de Street Art. Je n’avais pas particulièrement envie de présenter mon travail en galerie car, pour moi, c’était une étape qui devait découler d’une rencontre, et je n’avais pas encore rencontré de galeriste qui me donne envie de vivre cette aventure. Nicolas est avant tout un passionné d’Art Urbain et un collectionneur. Il est très à l’écoute des artistes qu’il expose et sait se rendre disponible. Une relation de confiance s’est ainsi établie entre nous. Et c’était exactement ce que j’attendais pour passer le cap : une rencontre artistique et humaine.

Après les avoir installées sur les murs, tes E.Dolls s’invitent donc en galerie. En quoi ce travail diffère-t-il du travail dans la rue ?

Chacune de mes E.Dolls est spécialement créée pour un mur, et elle n’est collée « in situ » qu’une seule fois… C’est donc un plaisir pour moi de les re-découvrir sous une autre forme, et de leur offrir une vie plus pérenne… Le travail sur mur a toujours une dimension éphémère car l’humidité de l’hiver, les changements de température, es rayons du soleil, ainsi que ceux de la lune accélèrent la dégradation. J’ai mis au point une nouvelle technique d’impression et de collage qui offre une durée de vie de 3 à 7 ans sur mur, selon l’exposition. Mais j’aime à savoir que mes E.Dolls peuvent prétendre à une vie parallèle, au chaud et à l’abri.

Je suppose également que tu as dû revoir le format de tes œuvres. Cela a-t-il modifié le concept « E.Doll », notamment par rapport à l’intégration avec l’architecture ?

Le projet E.Doll est, certes, rapidement devenu urbain mais, à la base, il a commencé par une collection de portraits. J’éprouve donc beaucoup de plaisir à les voir enfin réunis… c’est une sorte de puzzle. La taille de la Galerie ne me permet pas de réunir les 33 premières pièces du projet E.Doll en grand format, car les tirages encadrés font 74 cm de large sur 81 cm de haut. Il n’y aura donc dans la galerie qu’une vingtaine de mes femmes, mais il y aura un mur avec mon puzzle : les 33 premiers portraits du projet en petit format. Pour ce qui est de l’intégration de mes femmes avec l’architecture, je présenterai également une dizaine de photos « in situ » de mes installations en Urbex ou en Festival. Cela permettra de créer un lien entre mon travail mural et les E.Dolls présentées.

D’ailleurs, comment as-tu travaillé pour préparer ce solo show ?

Le plus difficile a été pour moi de trouver le juste support… J’ai testé des transferts d’encre sur bois, tissus et métal, car je voulais garder la part de magie que l’on trouve dans la rue… J’ai tout fait pour éviter de travailler sur papier, et j’ai passé plusieurs années à réaliser des tests mais, étonnamment, le papier aquarelle s’est imposé à moi ! C’est
un papier très épais qui, par son aspect mat texturé, son « toucher » et sa texture incomparable procure aux images une profondeur toute particulière. Avec son ton légèrement chaud, ce papier restitue les contrastes de manière optimale. Une fois le papier choisi, il a encore fallu choisir l’encadrement, l’écrin qui définit la perception de l’œuvre
finale. Encore une fois, de nombreux tests ont été nécessaires… Je voulais tout faire pour éviter la présence de la vitre, qui crée un filtre entre l’image et le spectateur, et induit des reflets qui me dérangent beaucoup… Or, le papier aquarelle est beaucoup trop fragile pour être présenté en caisse américaine ; il doit être protégé pour ne pas marquer et prendre la poussière. J’ai donc opté pour une solution assez coûteuse : le verre anti-reflets. Il est quatre fois plus cher que le verre classique, mais le résultat me satisfait pleinement. Mes tirages sont donc présentés dans un cadre en bois noir qui commence exactement au bord de l’image, préalablement contrecollée sur une plaque d’aluminium de 1 mm. Il y a un espace de 5 mm entre le tirage et le verre de protection anti-reflets de deux millimètres, un verre de haute qualité qui a subi un traitement spécial et fait disparaître les reflets.

Où as-tu été puiser ces visages de femmes ? Racontent-elles toujours une histoire tout en laissant au spectateur une libre interprétation ?

Projet E.Doll #1 est mon premier solo show. Seules quatre de mes E.Dolls ont déjà été présentées au public sous forme de tirages encadrés. C’était lors du Festival de Street Art « Peinture Fraîche », à Lyon, en 2019. Je n’ai donc pas eu besoin de créer de nouvelles femmes pour mon exposition… En revanche, je les ai redécouvertes… car c’est très différent de voir un visage en quatre mètre de haut sur un mur dans une friche ou tiré sur un papier d’archivage et élégamment encadré ! Je n’ai donc créé qu’une seule nouvelle femme pour l’exposition, qui sera collée sur la vitrine de la galerie. C’était très important pour moi d’avoir un mural dans l’exposition, pour que les gens qui ne connaissent pas mon travail sur mur, ou ceux qui ne l’ont vu que sur les réseaux sociaux, puissent voir à quoi ressemblent mes installations, et qu’ils comprennent ma démarche. Étant donné que le collage est réalisé sur une vitrine, je vais pouvoir exploiter la transparence du support et créer un caisson lumineux. Ainsi, mon E.Doll sera rétroéclairée et, une fois la nuit tombée, la lumière illuminera son visage…

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