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GALERISTE

Le graffiti originel s’épanouit à la GALERIE SALVADOR

Ouverte depuis un an, à deux pas du dynamique port de la jolie station méditerranéenne de Cassis, la galerie propose le meilleur du graffiti américain, l’une des passions de son propriétaire, mais aussi de la création contemporaine.
Par Christian Charreyre

S’il a nommé sa galerie en hommage à Salvador Dali et s’il a une fascination pour Hieronymus Bosch ou Piero Manzoni, Thomas a choisi de mettre en avant l’Art Urbain, et plus particulièrement le graffiti américain des années 1960 à aujourd’hui, tout en présentant des artistes contemporains de différents mouvements.

Comment avez-vous été amené à vous intéresser à l’Art Urbain ?

Il y a maintenant plusieurs années, lors d’une visite chez un ami possédant une splendide collection de graffiti new-yorkais des années 1980, j’ai été immédiatement séduit et captivé par cet art qui ne m’était pas familier. Je me souviens tout particulièrement d’une toile de Futura 2000 qui m’a laissé sans voix ! Après quelques brèves recherches, j’ai achète le livre Subway Art, considéré comme la bible du graffiti et dont la première édition date de 1984. L’énergie déployée par les graffeurs de l’époque pour réaliser des œuvres monumentales sur des rames entières de trains et métros new-yorkais ou sur d’énormes murs m’a impressionné. Si le graffiti s’épanouit de plus en plus dans notre quotidien, je garde toujours en tête que tout a commencé par ces pionniers américains dès la fin des années 1960.

Et à ouvrir une galerie spécialisée ?

Comme son nom l’indique, la galerie devait se concentrer sur l’art moderne et contemporain,à commencer par Dali. Mais, pour moi, il y a une filiation directe avec l’Art Urbain. Dali était un passionné du lettrage – près de 700 signatures différentes ont été recensées. Il s’amusait d’ailleurs souvent, sur une même série d’estampes pour un tirage de 50, 100 ou 200 œuvres, à signer toutes les feuilles de façon totalement différente, ce qui est très proche de l’esprit des graffeurs.

Choisir de s’installer à Cassis n’est-il pas un pari risqué ?

C’est effectivement un pari, mais également un choix. Je suis né à Marseille et j’ai grandi entre Cassis et la capitale du Sud. Je connais cette région depuis ma plus tendre enfance et, lorsque l’occasion s’est présentée, la découverte d’un magnifique petit local sur le port de Cassis, mes parents et moi avons « sauté le pas » pour nous y installer. La clientèle locale est, il est vrai, relativement ancrée et passionnée par la peinture provençale des XIXeet XXe siècles, mouvement également exceptionnel et comptant de nombreux grands maîtres comme Verdilhan, Chabaud, Seyssaud, Ambrogiani ou Briata.

Comment comptez-vous convaincre les collectionneurs locaux de passer au graffiti ?

Depuis l’ouverture, notre volonté est justement d’attirer et d’intéresser les clients collectionnant des peintures et œuvres plus « traditionnelles » pour leur faire découvrir, comprendre et apprécier l’art moderne et contemporain, comme le graffiti. Cet art est devenu aujourd’hui tellement présent dans notre quotidien qu’il est quasiment impossible de se promener dans une ville sans apercevoir une œuvre urbaine au détour d’une rue. C’est notamment pour cette raison qu’il me paraissait intéressant et important de le faire découvrir aux habitants et visiteurs de Cassis et sa région.

Qui sont vos acheteurs ?

Il y a typiquement quatre familles de collectionneurs : les connaisseurs à la recherche de différentes œuvres pour enrichir leur collection ; les graffeurs ou anciens graffeurs qui prennent plaisir à acquérir une œuvre de l’un des héros de leur adolescence ; les néophytes amateurs de cet art qui ont un « coup de cœur » ; les simples passants à l’esprit ouvert et curieux que j’initie à cet univers… et qui sont séduits.

Quelle est votre vision du métier de galeriste ?

Elle est très simple : intéresser, captiver, passionner, choquer mais surtout séduire les visiteurs pour leur faire partager ma passion. L’approche purement commerciale ne m’intéresse pas et n’est pas mon
objectif premier. Je m’efforce autant que possible, et selon la disponibilité du client, d’expliquer et de détailler le travail d’un artiste ou l’histoire d’un mouvement artistique. Je suis heureux lorsqu’un client avec lequel j’ai un bon « feeling » acquiert une œuvre, et que je ressens son enthousiasme. Je sais alors que cette œuvre se retrouvera entre les mains d’un passionné ou néo-passionné. C’est également pour cette raison que je cherche toujours à « monter » mes shows en proposant des œuvres dans toutes les gammes de prix car, à mes yeux l’art, doit être accessible à tous !

Comment choisissez-vous les artistes que vous présentez ?

Mon principe fondamental est surtout de n’exposer que des œuvres et des artistes que j’apprécie personnellement, non seulement pour l’aspect pictural et la cohérence de leur travail, mais aussi pour le côté humain de l’artiste. Il y a des artistes importants, mais que je n’apprécie pas humainement parlant ou qui ont une réputation sulfureuse. Ils ne se retrouveront jamais sur les murs de la galerie, ni de chez moi ! Je suis un collectionneur passionné avant tout. Je m’efforce toujours de constituer les expositions de la galerie à la façon d’un mini-musée, que les personnes peuvent juste venir visiter avec plaisir et partager, car l’échange et la découverte sont mon plus grand plaisir.

Votre première exposition était consacrée à Shepard Fairey. Que représente cet artiste pour vous ?

C’est pour moi l’un des plus grands artistes urbains qui existe ! Son histoire est passionnante. Bien qu’il ait fait de grandes études d’art, sa carrière artistique est en quelque sorte le fruit du hasard… mais le fruit du hasard d’un génie. Son travail du média, sa technique, sa créativité ainsi que sa précision d’exécution sont fascinants, aussi bien pour de petites œuvres que pour des fresques monumentales aujourd’hui présentes dans toutes les plus grandes villes du monde. Last but not least, Shepard est d’une humilité et d’une bienveillance exceptionnelle. Ses qualités humaines et sociales autant qu’artistiques en font, d’après mes critères, une merveille de l’art contemporain et un très grand artiste aux multiples facettes.

L’exposition en cours présente les carnets de croquis des graffeurs du métro New-Yorkais, de 1960 à nos jours. Pourquoi ce phénomène vous fascine-t-il ?

Les pionniers du graffiti passaient des heures à « peaufiner » leur lettrage, en crayonnant et dessinant sur des cahiers dits « blackbooks» qu’ils se passaient d’un artiste à l’autre, comme dans un jeu de « qui fera la meilleure œuvre à aller poser le lendemain dès l’aube ? ». Je considère ces esquisses préparatoires à la réalisation d’œuvres monumentales (une rame de métro mesure environ 16 mètres de long) comme l’essence même du graffiti. Ces carnets de croquis étaient les biens les plus précieux des graffeurs, parce qu’ils conservaient une trace pérenne de leurs œuvres la plupart du temps éphémères. Dans les années 1980, les rames étant nettoyées après 24 ou 48 heures sous la pression de la municipalité de l’époque.

Au-delà de l’histoire, l’aspect artistique est-il aussi intéressant ?

Totalement. Les artistes de l’époque font preuve d’une qualité et d’une imagination sans limite. Ils ont introduit dans leurs œuvres des personnages de la culture populaire, souvent issus des comics américains, comme les personnages féeriques et psychédéliques de Vaughn Bodé (Cheech Wizard ou Lizard of Oz). À la mort de Vaughn, en 1975, son fils Mark a repris le flambeau d’une façon spectaculaire. Avec l’évolution des techniques, la volonté de perfectionnement et l’acharnement au travail des artistes du graffiti, les créations sont devenues de véritables chefs-d’œuvre complets et structurés.

L’Amérique reste-t-elle pour vous LE pays du Street Art ?

Bien que le Street Art soit apparu avant en Europe, avec notamment Gérald Zlotykamien, aka Zloty, pour ne citer que lui, qui a commencé le travail de la bombe dans la rue dès 1963, je crois sincèrement que les USA sont le point d’émergence du graffiti. Mais le terme de Street Art, très générique, n’est pas forcément celui que je préfère employer. Tout a commencé à bouillonner vers la fin des années 1960 dans un New York gangrené par la mafia et les gangs, notamment dans les quartiers d’origine des graffeurs comme le Bronx. Au milieu de cette pauvreté et de ce danger, les jeunes se mettent à « marquer » leur quartier via leur alias au moyen de feutres de fabrication artisanale et ingénieuse, et de bombes de peinture automobile souvent dérobées au coin d’une échoppe locale. C’est l’époque de la première génération, les Cornbread, Stan 153, Phase 2 ou Taki. Ce dernier a été le premier à entrer dans l’histoire, avec un article du New York Times paru en 1971, le décrivant évidemment comme un vandale à éradiquer de la ville de toute urgence. Au début des années 1980, les galeristes néerlandais, italiens, allemands et français ont compris l’importance du travail des américains et ont financé leurs expositions, en Europe mais aussi en Asie. À suivre !

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