Enfant des années 80, adolescent des années 90, cet artiste normand a baigné dans la culture américaine dans sa jeunesse. Une influence qui marque son parcours et son travail actuel.
Par Christian Charreyre

Mathieu Questel est passé par beaucoup de choses, du graffiti à l’art numérique, pour revenir à une vision très moderne de la peinture traditionnelle. Des après-midis passées à embellir les murs des usines désaffectées dans sa jeunesse, il a conservé le goût du partage et une culture urbaine qui se retrouvent dans sa production actuelle, d’une remarquable qualité technique et esthétique.

Quel a été votre parcours ?

Originaire de Rouen, je suis un mec de 1981 qui a été baigné dans l’art dès mon enfance grâce à mon grand-père qui était artiste professionnel. J’ai donc connu très précocement le monde des galeries, des vernissages, des ventes aux enchères. Jusqu’à ma terminale, j’étais l’élève moyen qui rattrapait souvent sa moyenne générale par le biais du dessin ou du sport. J’ai fini par vouloir intégrer les Beaux-Arts du Havre après l’obtention de mon bac, ce qui s’est soldé au bout de quelques mois par un abandon, faute de motivation et de débouchés dans ce secteur. J’ai décidé de m’orienter vers des études de commerce et de web design, pensant garantir davantage mon destin professionnel. En parallèle de mes études supérieures, j’ai découvert le graffiti par le biais d’un ami et je suis tombé amoureux de la bombe. Pendant cinq ans, j’ ai appris la technique, les codes mais aussi le plaisir de créer à plusieurs sur un mur. En 2013, l’envie de faire découvrir mon travail s’est concrétisée par le biais de la peinture digitale : j’ai produit une série de portraits issus de la pop culture Américaine en impression digigraphique, épaulé par la société Epson qui m’a pris sous ses ailes et m’a trouvé différents lieux d’exposition à Paris. Mon engouement pour l’art ne cessant de croître, j’ai décidé de stopper le digital en 2016 pour reprendre les pinceaux, une façon pour moi de revenir à la matière et de me sentir plus authentique, plus légitime. Fasciné par la culture outre-Atlantique, je suis parti à la rencontre de la jeunesse Californienne pour livrer des portraits intimes de son âge d’or.

L’Amérique, est-ce important pour vous ?

L’Amérique a eu une grande influence sur moi depuis mon enfance. Né en 1981, j’ai, comme beaucoup de personnes de ma génération, traversé la période de l’âge d’or des sports US, des blockbusters, des jouets Mattel et de l’arrivée des premiers fastfoods… J’ai pratiqué le hockey sur glace à Rouen durant de nombreuses années, un sport très populaire en Amérique du Nord, ainsi que le skate durant mon adolescence. Je suis attaché à la culture américaine, même inconsciemment, car mes hobbies viennent de là. Plus jeune, j’adoptais tout ce qui avait un rapport avec l’Amérique, cela a eu un réel impact sur mes goûts et mon état d’esprit… Encore aujourd’hui d’ailleurs.

Vous considérez-vous comme un artiste urbain ?

Non, je ne me considère pas comme tel, car, même si j’ai pratiqué plus jeune le graffiti, cela ne représente qu’une courte période de ma vie. Mais elle a contribué à tout mon éveil sur la Street Culture. La majeure partie de mon travail se trouve donc actuellement en galerie et non dans les rues. Cela n’exclut pas cependant un futur projet extérieur, car le mur reste un super terrain d’exposition pour partager son art et ses idées.

Pourquoi avoir abandonné le Street Art et le graffiti pour la peinture digitale ?

Le Street Art et le graffiti ont été une période de mon adolescence, qui m’a permis de découvrir une nouvelle façon de m’exprimer à travers l’aérosol. En grandissant et par la force des choses, les études, les sorties, ma vie personnelle…, j’ai fini par abandonner le graffiti et, étant graphiste de profession, j’ai entrepris, par envie de création et par plaisir, une série de portraits issus de ma propre Pop Culture. Cette série « graphique » conjugue mes influences : le design, les formes géométriques… en tant que graphiste ; la Street Culture par les coulures, les points d’aérosols, les couleurs acides… C’est d’ailleurs à partir de cette période que l’idée d’exposer mon travail s’est imposée.

Et pourquoi avoir repris les pinceaux ?

Baignant dans l’univers de l’art depuis mon enfance, avec un grand-père artiste peintre normand, j’ai pratiqué le dessin, la peinture, l’aérosol… Et cela me manquait. Mais je ne me sentais plus légitime sur mes créations et je voulais revenir à la matière. Si le travail numérique propose une infinité de choix de création, pour ma part, il est sans risque car on peut toujours corriger. Cela reste froid. J’ai eu besoin de retrouver ce risque, ce droit à l’imperfection, une liberté d’expression en direct avec la matière et la toile. Dans une ère où le numérique est roi, il me semble nécessaire de ne pas oublier les fondamentaux de la peinture.

Vous avez peint une fresque sur le M.U.R de Rouen, un retour aux sources ? Et quelle différence avec le travail sur la toile ?

Oui, c’est un retour aux sources, même si ce projet n’était pas planifié au départ. Il m’a été proposé par Paul Delahaye de la galerie Outsiders. Une façon de présenter des artistes de la galerie. Je me suis volontiers prêté au jeu. N’ayant pas pratiqué la peinture murale depuis des années et par contrainte de temps, j’ai réalisé par le biais du collage une œuvre « bouquet » qui reprend un extrait de mon travail actuel sur papier. Il est vrai que le résultat m’a agréablement surpris car j’ai redécouvert mes œuvres via un format XXL. Je retrouve tout l’impact du graffiti et cela ne m’a pas laissé indemne. Je pense qu’il y a un message beaucoup plus impactant sur les murs qu’en galerie. En galerie, le spectateur doit faire la démarche d’y aller, tandis que dans la rue, il se confronte à l’œuvre sans le vouloir et c’est là que l’approche est également très intéressante.

Quels sont vos modèles et vos références ?

Par mon parcours artistique, j’ai une culture éclectique. J’aime beaucoup le travail de François Bard qui traite d’icônes et de moments forts, celui de Ian Francis pour l’expression de ses messages et ses scènes surréalistes. Enfin, Mark Maggiori pour sa technicité et sa passion à revisiter les paysages et scènes du grand Ouest américain.

Quels sont vos projets ?

Retourner au plus vite en Californie, car plus le temps passe et plus j’ai envie de développer davantage picturalement cette région, à travers ce qui me tient à cœur : l’architecture, les paysages, les personnages caricaturaux de cette jeunesse Californienne qui ont forgé sa réputation dans le monde.

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