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RENCONTRE

HOPARE & FRANÇOIS DAUBINET : pour l’amour de l’art

Quand deux artistes évoluant dans deux univers différents se lient d’amitié pour créer une œuvre éphémère, l’histoire est aussi palpitante que leur création époustouflante.
Par Gabrielle Gauthier

D’un côté, un plasticien, devenu incontournable et dont les œuvres s’arrachent ; de l’autre, un chef talentueux, véritable prodige de la pâtisserie. Deux artistes, deux univers pour une rencontre magique qui a débouché sur une belle amitié et une création à la fois artistique et gourmande, audacieuse et inédite. Son nom ? « Fragment », un entremets d’exception, une pièce d’art devrait-on dire, que les plus chanceux ont pu déguster pour les fêtes de fin d’année, après avoir été éblouis par le sublime coffret en édition numérotée. Réunis par les mêmes passions, notamment une fascination pour la matière qu’ils sculptent l’un comme l’autre, mais aussi les mêmes valeurs, celle du partage en l’occurence, et une hyper créativité, Hopare, alias Alexandre Monteiro, et François Daubinet ont imaginé et créé une pièce d’art éphémère entièrement sculptée à la main. Une belle histoire qui met en lumière l’absence de frontière entre art pictural et gastronomie. Une aventure humaine qui se prolongera au cours de l’année 2021 pour notre plus grand plaisir. To be continued…

Connaissiez-vous le travail de l’autre avant cette rencontre ?

François Daubinet : Fan du travail d’Alex, que je suis depuis un moment déjà, j’ai eu la chance d’être invité au vernissage de son exposition, en janvier 2020 à l’Atelier Richelieu, par son agent Stéphanie Dendura de l’Agence DS. Elle nous a présentés et cela a très vite matché entre nous. Un super feeling, presque immédiat. J’apprécie l’énergie de son trait, la force de ses bronzes, son travail de la matière… Dans son atelier, j’ai découvert une manière de travailler qui diffère de la mienne et à laquelle je suis très sensible.

Alexandre Monteiro: J’avoue que je ne connaissais pas le milieu de la pâtisserie mais, lors cette rencontre, François m’a parlé de son travail puis tout est allé très vite. Il m’a invité dans son laboratoire chez Fauchon ; je lui ai proposé de venir dans mon atelier. En nous présentant nos univers respectifs, nos outils, nos matières… nous avons découvert des similitudes dans notre processus de création, nos techniques. Surtout, ces échanges nous ont permis de constater que nous avions les mêmes valeurs, notamment celle du partage.

A-t-il été facile de réunir vos deux univers et de travailler ensemble ?

AM: Pour ma part, intellectuellement, humainement et techniquement, cela s’est fait très simplement ! François est un artiste sculpteur à part entière. Il m’a d’ailleurs montré en off quelques pièces. Et lorsqu’il m’a proposé de sculpter des blocs en chocolat, j’ai retrouvé dans sa cuisine les mêmes outils que j’utilise à l’atelier. Mais si les outils ne m’étaient pas inconnus, en revanche la matière, qui vit et bouge très vite, était nouvelle pour moi. J’ai dû m’y adapter. C’était hyper plaisant mais ultra-technique, des gestes que François m’a enseigné ! Je me souviens de la première fois, les blocs fondaient instantanément entre mes mains…
FD : Je ne pourrais pas dire mieux [rire]. Réunir nos deux univers a été assez simple. Lorsqu’Alex est venu au labo, je lui ai fait découvrir mon monde, la précision de la pâtisserie, la répétition des gestes… Nous nous sommes mis à sculpter les blocs de chocolat que j’avais préparés. Ensemble, nous avons fondu, creusé, gravé… un véritable échange autour de la matière.

Donc, François, vous sculptez ?

FD : Depuis quelques années déjà, je sculpte des pièces en chocolat et en sucre.

Vous partagez ainsi une passion commune pour la sculpture… Mais comment est né le concept de cet entremets ?

AM: En tant qu’artiste figuratif, j’ai imaginé placer de la figuration au centre de l’entremets. Mais lors de nos échanges, François a évoqué certains freins psychologiques pour les consommateurs: difficile de mettre un coup de cuillère dans la bouche ou le nez pour déguster un gâteau représentant un visage. Lors de nos discussions, François a prononcé le mot « Fragment», titre de certaines de mes œuvres. Et nous nous sommes dit que nous parlions de la même chose sans le savoir ! Nous sommes donc repartis sur cette nouvelle idée avec, comme source d’inspiration le fragment, la roche, le bois…
FD : « Fragment » est ainsi un morceau de roche et de matière comme arraché d’une fresque murale. J’avais une idée du volume et la forme de cette création que l’on a façonnée comme une sculpture et sur laquelle Alex a gravé son identité…
AM: … des lignes graphiques, abstraites et très naturelles…
FD: … pour un fragment de gourmandise à partager.

L’idée de partage était très importante pour vous…

FD: L’idée de partage était effectivement très importante pour nous, tant dans l’esprit, la réalisation du projet que la dégustation. Il n’a jamais été question que je réalise l’entremets et qu’Alex place uniquement son nom dessus ! Nous avons réellement avancé à deux.
AM: Tout a fait ! Il ne s’agit pas d’une collaboration entre un chef et un artiste où l’artiste vient mettre une « touche finale ». Je sais qu’il y a aujourd’hui de plus en plus de collab entre des artistes et des marques. Pour ma part, j’en fais très peu. Si je n’ai pas le feeling avec la personne ou que je ne me reconnais pas dans la marque, je refuse le projet, cela ne m’intéresse pas. Et peu importe qui me sollicite. Avec François, nous avons le même désir de partage dans la création, la même passion et c’est ce qui nous a réunis pour proposer ce gâteau à partager.

Votre projet est remarquablement abouti…

FD: Nous avons commencé à réfléchir en mars 2020 puis nous nous sommes mis sérieusement au travail mi-mai. D’emblée, nous avons imaginé un dessert de fin d’année sur un goût chocolat, cacahuètes, caramel hyper réconfortant. Et cela nous a pris pas mal de temps et d’énergie, environ 8 mois, pour aboutir à cet entremets gourmand. J’ai fait énormément d’essais pour obtenir les textures, les parfums et le goût que je souhaitais. Et il était
important pour moi que cela plaise à Alex.

AM : Je suis assez gourmand et l’entremets m’a tout de suite séduit… Le plus long du travail a d’ailleurs été réalisé par François et ses équipes.
FD : Pour un projet totalement abouti, nous avons choisi de placer l’entremets dans un coffret qualitatif signé, numéroté et réutilisable sur lequel est reproduite une œuvre d’Alex, quelque chose d’assez nouveau je crois. La réaction des gens lors du Pop-up store fut d’ailleurs un vrai plaisir…

Selon vous, quels sont les points communs entre l’art du pâtissier Daubinet et celui de l’artiste plasticien Hopare ?

AM : Le partage… la raison pour laquelle je peins dans la rue et que je veux transmettre avec ma peinture. Mes portraits qui, tous, représentent des personnes que j’ai rencontrées, sont en quelque sorte des carnets de voyages. Et pour moi, ce gâteau permet tout autant de réunir les gens.
FD : Très dur de passer après Alex [rire]… J’ajouterais cependant la notion d’émotion. Chercher à construire quelque chose par la technique pour provoquer une émotion, qu’elle soit agréable ou désagréable, est ce qui nous réunit Alex et moi. Et c’est ce que l’on a cherché à réaliser avec ce gâteau : proposer une surprise agréable, gourmande et peu sucrée…

Cette collaboration vous a-t-elle enrichis ?

AM : Absolument. Cette collaboration m’a ouvert au monde de la pâtisserie, elle m’a permis de rencontrer François, de découvrir son univers et de me mettre en danger. Une véritable aventure humaine ! Il est particulièrement agréable de travailler avec des personnes aussi passionnées que soi, on sait ce qu’elles ressentent. Et quand vous passez une journée avec François à l’écouter parler des saveurs, des goûts, des matières, de la composition… c’est à la fois passionnant et enrichissant.
FD : Je n’aurais pas dit mieux qu’Alex ! Il est bon : simple, efficace… [rire]. Cela fait bientôt dix-huit ans que je fais de la pâtisserie et cette collaboration m’a permis d’aller chercher au fond de moi quelque chose d’un peu différent. C’est hyper enrichissant de collaborer avec quelqu’un qui pense comme toi, qui est aussi passionné que toi mais dans un autre domaine et d’apprendre une autre façon de travailler. J’ai pris cette opportunité comme une vraie chance ; c’est énorme d’avoir partagé ça !

Je crois savoir que vous souhaitez continuer à travailler ensemble…

FD: L’idée n’était pas de faire un one shot mais de nouer un partenariat à long terme, en cherchant d’autres manières d’associer nos univers pour présenter notamment des expressions à la fois artistiques et gastronomiques. Nous espérons proposer ce type d’expériences en France mais aussi à l’international : Singapour, New York, Londres… dès 2021.
AM: C’est exactement ça…

Et quels sont vos projets individuels ?

FD: Continuer dans l’expression personnelle, pousser plus loin la recherche et la création, et m’exprimer pleinement sur les matières sucre et chocolat.
AM: Quelque murs à faire à Paris, Nice et Toulouse dans les prochaines semaines. Dans mon atelier, je travaille également sur une nouvelle collection d’œuvres pour une prochaine exposition prévue en 2021 hors de l’Hexagone, soit à Vienne, soit aux Émirats. Du 1er mars à fin avril, j’expose cinq sculptures monumentales place du Louvre à Paris. Enfin, il y a également une exposition «rétrospective » avec quelques nouvelles pièces au Musée Aragon-Triolet dans les Yvelines en septembre prochain.

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